Le gouvernement français a décidé de suspendre temporairement son programme d’accueil de ressortissants palestiniens en provenance de Gaza, le temps de mener une enquête sur le cas d’une étudiante accusée d’avoir partagé des publications antisémites sur les réseaux sociaux.
Cette annonce, faite par le ministre des Affaires étrangères, Jean-Noël Barrot, le vendredi 1er août 2025, fait suite à la décision de l’université Sciences Po Lille de révoquer l’inscription de cette étudiante.
Un programme humanitaire mis en pause
Depuis le début du conflit entre le groupe palestinien Hamas et Israël, déclenché par l’attaque du 7 octobre 2023, la France a accueilli plus de 500 personnes en provenance de Gaza.
Ce programme, mis en place par le gouvernement, permet à des blessés, des enfants, des journalistes, des étudiants et des artistes de quitter la zone de guerre pour trouver refuge en France. La découverte de publications controversées attribuées à une étudiante gazaouie a conduit à une suspension immédiate de ce dispositif.
Jean-Noël Barrot a déclaré sur Franceinfo que « aucune évacuation ne sera réalisée tant que les conclusions de l’enquête ne seront pas tirées ». Il a annoncé qu’un second contrôle serait effectué sur toutes les personnes déjà accueillies dans le cadre de ce programme. Le but est d’éviter qu’un tel incident ne se reproduise.
Le ministère des Affaires étrangères, interrogé par l’Agence France-Presse, n’a pas précisé le nombre de personnes concernées par ce nouveau contrôle, pour des raisons de confidentialité.
Une étudiante qui semait la zizanie
L’étudiante, âgée de 25 ans, devait intégrer Sciences Po Lille à la rentrée dans le cadre d’une bourse accordée pour « excellence académique ».
Arrivée en France le 11 juillet 2025, elle avait été sélectionnée par le consulat général de France à Jérusalem après des vérifications de sécurité menées par les autorités françaises et israéliennes. Mais des publications qu’elle a partagées sur les réseaux sociaux en septembre 2024 ont été signalées par des comptes pro-israéliens sur la plateforme X.
Dans ces contenus, une image d’Adolf Hitler et des propos qui demandaient la violence contre les Juifs ont été mis en avant.Sciences Po Lille a réagi rapidement en annulant l’inscription de l’étudiante puisque que ces publications étaient en « contradiction frontale » avec les valeurs de l’établissement, qui condamne fermement toute forme de racisme, d’antisémitisme ou d’appel à la haine.
Le compte attribué à l’étudiante a depuis été désactivé, après une demande expresse du ministre de l’Intérieur, Bruno Retailleau. Ce dernier a également saisi la justice, tout comme le procureur de Lille, qui enquête sur des soupçons d’« apologie du terrorisme » et de « justification de crime contre l’humanité ».
Des failles dans le processus de sélection ?
Jean-Noël Barrot a reconnu que les vérifications, réalisées conjointement par les services français et israéliens, n’avaient pas permis de détecter ces publications problématiques. Une enquête interne a été ouverte pour comprendre comment une telle situation a pu se produire et pour renforcer les procédures à l’avenir.
Le porte-parole du Rassemblement National, Julien Odoul, a critiqué la légèreté du processus de sélection, puisqu’il avait suffi de « deux minutes de recherche » pour trouver les publications incriminées. Certains partis saisissent donc l’occasion pour remettre en question la gestion du programme par le gouvernement.
Arthur Delaporte, porte-parole du Parti socialiste, a exprimé son désaccord en disant que « la France ne peut suspendre sa politique d’accueil des Gazaouis évacués : notre humanité commune est en jeu ». Pour lui, cette décision risque de pénaliser des personnes vulnérables fuyant un conflit dévastateur.
De son côté, l’Union des Étudiants Juifs de France (UEJF) a vu la décision de Sciences Po Lille d’un oeil favorable. Cette union voyait les publications de l’étudiante comme des appels à « l’extermination des Juifs » et une apologie du nazisme. L’association a insisté sur le fait que de tels discours n’ont pas leur place dans les établissements universitaires français.
Le ministre de l’Enseignement supérieur, Philippe Baptiste, a réagi en saisissant la justice, tandis que la rectrice Sophie Béjean a annoncé un signalement au procureur. Ces démarches montrent la volonté des autorités de traiter cette affaire avec sérieux, tout en envoyant un message clair : les discours de haine, qu’ils viennent de Gaza ou d’ailleurs, ne seront pas tolérés en France.
En attendant les résultats de l’enquête, l’étudiante concernée devra quitter le territoire français. Des discussions sont en cours pour déterminer sa destination. Cette affaire, bien que centrée sur un cas particulier, pourrait avoir des répercussions durables sur la politique d’accueil des réfugiés en France, en particulier pour les programmes humanitaires destinés aux populations en provenance de zones de conflit.


