Le Niger vient de faire un choix clair : pour relancer son secteur de l’uranium, il ne s’appuiera plus sur ses partenaires historiques. Le pays, riche en ressources naturelles, amorce une collaboration active avec la Russie. Le Niger écarte progressivement la France du paysage minier.
Depuis plusieurs mois, la société française Orano est en conflit ouvert avec le gouvernement nigérien. Cette entreprise, présente dans le pays depuis l’époque où elle s’appelait Areva, a longtemps géré les extractions d’uranium dans le nord du territoire. Mais les relations se sont dégradées, au point que certains estiment la coopération au bord de la rupture.
La Russie promet monts et merveilles
Le ministre russe de l’Énergie, Sergueï Tsiviliov, s’est rendu à Niamey à la fin juillet. Son déplacement a servi à sceller un partenariat d’envergure avec les autorités nigériennes. Ce que Moscou propose, c’est un projet de fond, qui combine exploitation de l’uranium et mise en place d’une véritable industrie du nucléaire civil.
« Notre tâche est non seulement de participer à l’extraction de l’uranium, mais de créer tout un système de développement du nucléaire civil« , a déclaré Tsiviliov. La Russie ne cache pas ses ambitions en Afrique, et ce partenariat avec le Niger lui permet d’élargir sa présence sur un marché très convoité. Pour Niamey, c’est aussi une manière de diversifier ses alliances, de s’émanciper d’une dépendance économique jugée trop ancienne, et d’espérer accélérer sa transformation énergétique.
Des zones d’extraction de l’uranium encore gardées secrètes
Aucun site d’extraction n’a encore été publiquement identifié. La question de savoir si la Russie pourrait reprendre les anciens sites d’Orano, comme ceux d’Arlit ou d’Imouraren, reste sans réponse. Il est possible que les autorités nigériennes souhaitent négocier sans trop médiatiser les changements en cours, ou qu’elles attendent la résolution du contentieux juridique avec l’entreprise française avant d’avancer plus concrètement.
L’uranium n’est pas une matière première comme les autres. Elle se trouve au cœur des choix stratégiques de nombreux pays, qu’il s’agisse de produire de l’électricité ou de développer des capacités militaires. Le Niger, en se rapprochant de la Russie, bouscule l’équilibre des forces, et compte tirer profit de ses ressources selon ses propres règles.
Les dernières statistiques montrent que l’uranium représentait encore récemment près de 5% des exportations du Niger, même si ce chiffre a fluctuaté en fonction des volumes extraits et des cours internationaux. Avec une production relancée et un soutien logistique russe, ce chiffre pourrait remonter rapidement, donnant un souffle nouveau à l’économie locale.
Uranium ou amitié?
Ce que cherche le Niger, ce n’est pas seulement de vendre de la roche brute, mais de gagner en savoir-faire. La promesse russe porte aussi sur la construction d’une filière nationale de production d’énergie nucléaire. Il ne s’agit pas encore de centrales, mais de poser les bases d’une capacité technologique sur le long terme. Cela passe par la formation d’ingénieurs, la mise en place d’institutions locales capables de gérer l’ensemble du cycle de l’uranium, et un accompagnement sur les plans réglementaires et industriels.
Dans un pays qui fait face à de grands défis en matière d’accès à l’électricité, ce type de coopération pourrait changer la donne pour des milliers de foyers. Si le projet aboutit, il pourrait permettre au Niger de ne plus dépendre uniquement de l’importation d’électricité ou de sources fossiles.
Une fracture assumée avec Paris
Depuis le changement de pouvoir à Niamey, les relations diplomatiques entre les deux pays se sont refroidies. Pour certains responsables nigériens, les années de collaboration avec la France n’ont pas permis au pays de tirer un bénéfice suffisant de ses richesses minières.
Le choix de la Russie n’est pas anodin. Plusieurs pays du Sahel, membres de l’AES (Alliance des États du Sahel), redéfinissent leurs partenariats internationaux. L’arrivée de Moscou dans ce secteur clé du Niger est donc un signal de plus de cette recomposition.


