« Parler de Dieu est devenu un acte de résistance. » Voilà le genre de phrase qu’on attendrait dans un roman dystopique. Et pourtant, c’est ce que disent de milliers de croyants en Amérique latine. La juriste nicaraguayenne Martha Patricia Molina et le pasteur cubain Mario Félix Lleonart Barroso parlent de foi, de courage et d’un exil forcé à cause des régimes autoritaires qui redoutent la puissance de l’Église plus que celle des armes.
Martha Molina : La Bible devient une menace pour l’État en Amérique latine
Avocate de formation, Martha Patricia Molina aurait pu choisir le confort du silence. Mais depuis 2018, elle documente inlassablement les attaques du régime sandiniste contre l’Église catholique. Son rapport Nicaragua, une Église persécutée (plus de 400 pages) est aujourd’hui une référence incontournable.
« En avril 2018, la police et l’armée nicaraguayennes sont sorties tuer des personnes innocentes, complètement désarmées. Les prêtres ont alors ouvert les portes de leurs temples pour les protéger. » – Martha P. Molina
En dénonçant publiquement cette collusion entre pouvoir politique et violences militaires, Martha a franchi une ligne rouge. Elle a donc vécu l’exil, la perte de sa nationalité, et la surveillance constante, y compris pour les prêtres qui osent encore prier pour ceux qui sont « gênants ».
Elle évoque la mort récente de l’ancienne présidente Violeta Barrios de Chamorro, icône démocratique. Certains prêtres ont refusé de dire une messe publique pour elle, de peur des représailles du régime. Elle raconte aussi n’avoir pas pu organiser une messe pour son propre père, décédé récemment, car aucun prêtre n’osait célébrer un office en son nom.
« À mon père, on n’a pas pu offrir une messe, de peur des représailles. Même la prière est devenue un acte à risques. » – Martha P. Molina
Le régime Ortega-Murillo a transformé la foi chrétienne en cible politique. Selon elle, plus de 1 000 attaques ont été recensées contre l’Église catholique : expulsions de religieux, fermetures d’universités et de radios catholiques, torture de prêtres, interdiction de célébrer des messes.
Ce n’est pas la première fois. Lors de la visite du Pape Jean-Paul II en 1983, les sandinistes avaient transformé la messe en meeting politique, recouvrant la place de portraits de révolutionnaires et hurlant des slogans pour noyer les prières.
« La première qui veut la paix, c’est l’Église. » – Jean-Paul II, cité par Martha Molina
Le Pasteur Mario Félix : un prédicateur que la dictature n’a pas fait taire
Bien que victime de problèmes techniques le jour de la conférence, le pasteur cubain Mario Félix Lleonart Barroso a fait entendre sa voix au sens propre comme au figuré. Figure connue de la résistance religieuse cubaine, il fut arrêté plus de 20 fois avant de devoir fuir son île en 2016.
« La liberté religieuse à Cuba n’existe que par permission du pouvoir. Elle n’est ni garantie, ni protégée. » – Mario Félix L. Barroso
Fondateur de l’Institut Patmos, il milite pour que toutes les communautés religieuses , que ce soient catholiques, évangéliques, protestants, afro-cubains, puissent exercer leur foi sans craintes. Comme en témoignent ses collaborations avec des organismes comme la Commission américaine pour la liberté religieuse internationale, son combat ne s’arrête pas aux frontières de Cuba.
L’image du pasteur sur la une de Christianity Today en 2009, une Bible à la main, est restée dans les mémoires. Elle l’a aussi désigné comme cible à abattre.


