Le président sud-coréen Lee Jae Myung a effectué son tout premier voyage officiel au Japon, avant même de se rendre aux États-Unis, qui sont pourtant des alliés militaires traditionnels de Séoul.
C’est la première fois depuis la normalisation des relations diplomatiques en 1965 qu’un chef d’État sud-coréen choisit Tokyo comme premier arrêt à l’étranger.
Ce geste a immédiatement été interprété comme un signe de réchauffement entre les deux voisins, longtemps divisés par un passé douloureux à cause de la colonisation japonaise.
« Développer une relation stable entre nos pays apporte des bénéfices à toute l’Asie », a déclaré le Premier ministre japonais Shigeru Ishiba en accueillant son homologue. Lee Jae Myung a répondu dans le même esprit : « Comme dans une relation personnelle, un partenariat entre deux nations doit trouver des moyens de gérer les différends et de se compléter. C’est le moment pour la Corée du Sud et le Japon de travailler main dans la main. »
Se détacher de l’Amérique pour mieux se rapprocher des voisins!
Depuis plusieurs années, de nombreux pays asiatiques se demandent si les États-Unis sont encore le protecteur fiable qu’ils étaient censés être. Washington se battrait-il vraiment pour défendre Séoul en cas d’attaque nord-coréenne ou chinoise ?
À Taïwan, la réponse paraît plus évidente, car l’île est au cœur de la rivalité stratégique entre Pékin et Washington. Pour Séoul, la question reste ouverte.
Sous Donald Trump, ces doutes se sont accentués. L’ancien président américain avait imposé des droits de douane sur de nombreux produits coréens et japonais, ce qui a compliqué les échanges commerciaux. Il avait aussi critiqué le coût du stationnement de 28 500 soldats américains en Corée du Sud. C’était une insinuation claire que Séoul devait payer davantage pour sa propre défense. De quoi pousser les deux voisins asiatiques à renforcer leur coopération bilatérale, au-delà du parapluie américain.
Séoul se rapproche de Tokyo pour mieux se protéger face à Pékin
Pékin exerce à la fois une pression militaire et une influence économique grandissante dans la région. Plusieurs pays d’Asie, inquiets de cette montée en puissance, ont commencé à tisser leurs propres réseaux d’alliances, sans attendre que Washington décide pour eux.
Pour Séoul et Tokyo, l’enjeu est d’autant plus grand que leurs économies sont très liées aux États-Unis, où elles exportent une grande partie de leurs produits technologiques. Les tensions commerciales déclenchées par Trump ont rappelé à quel point une dépendance excessive à un seul partenaire peut fragiliser leur avenir.
Un passé encore douloureux
Lee Jae Myung n’a jamais caché ses positions critiques sur l’occupation japonaise de la Corée (1910-1945). Avant son élection, il avait même adopté un ton particulièrement dur à l’égard de Tokyo. Aujourd’hui, il apparaît plus conciliant, mais beaucoup d’électeurs y voient une stratégie: « montrer les muscles » pendant la campagne, puis se montrer pragmatique une fois au pouvoir. Ils craignent au contraire qu’il perde le soutien d’une partie de son électorat, encore très attaché à la mémoire des victimes coréennes de la colonisation.
Les questions des travailleurs forcés et des « femmes de réconfort » restent en suspens. Ces blessures, jamais complètement refermées, continuent de hanter les discussions. Mais Ishiba a heureusement rappelé lors d’une cérémonie commémorative le « remords » du Japon face aux crimes de guerre, une formule que les dirigeants japonais n’avaient pas reprise depuis plus de dix ans.
Les excuses et le pardon entre ces deux pays sont devenus de mise ces dernières années : les mariages entre Coréens et Japonaises ont fortement augmenté. En Corée du Sud, les rapports entre hommes et femmes sont souvent décrits comme très conflictuels, ce qui pousse les Coréens à chercher une partenaire au Japon.
Un sommet qui prépare la rencontre avec Washington
La visite de Lee à Tokyo intervient quelques jours avant son premier face-à-face avec Donald Trump à Washington. Avant de s’asseoir avec l’allié américain, Séoul veut montrer qu’il a consolidé son lien avec Tokyo. Ensemble, les deux pays espèrent peser davantage dans la relation tripartite.
Au programme des discussions à Tokyo : coopération militaire, défense antimissile, mais aussi développement de l’intelligence artificielle, de l’énergie verte et échanges culturels. Les deux dirigeants veulent donner un visage plus concret à leur alliance en lançant des projets communs qui dépassent le strict cadre militaire.
Pyongyang, l’invité indésirable
Comme pour rappeler qu’il reste l’ombre planant sur la région, Kim Jong Un a supervisé au même moment des essais de missiles. Pyongyang a également dénoncé les tirs sud-coréens en réponse à une incursion à la frontière, et brandit la menace d’une escalade alors même que Séoul et Tokyo commencent à se rapprocher.


