Le 3 septembre, Nigel Farage, chef du parti britannique Reform UK, a fait une apparition remarquée au Congrès américain pour participer à des discussions sur la liberté d’expression. Sa présence a immédiatement suscité des réactions contrastées. Le représentant démocrate Jamie Raskin l’a qualifié de « valet de Trump, imposteur de la liberté d’expression et admirateur de Poutine ».
Farage, figure politique connue pour ses prises de position tranchées, avait fait le voyage aux États-Unis afin d’alerter sur ce qu’il décrit comme une « crise » de la liberté d’expression au Royaume-Uni. Il a même comparé la situation dans son pays à celle de la Corée du Nord. Pour étayer ses propos, il a évoqué l’arrestation récente de Graham Linehan, scénariste irlandais de comédies télévisées populaires, ainsi que l’incarcération de Lucy Connolly après une condamnation liée à un message sur X (ex-Twitter).
L’appel à l’intervention des américains
Dans une déclaration écrite transmise au Congrès, Farage a affirmé : « La liberté d’expression est une valeur fondamentalement britannique. Sur la question des libertés civiles, la Grande-Bretagne s’est malheureusement perdue. »
Il a invité les États-Unis à se protéger de ce qu’il considère comme des ingérences de l’autorité de régulation britannique des médias, l’Ofcom. Pour lui, Washington devrait utiliser les canaux diplomatiques et commerciaux pour contrer ces restrictions.
Cette sortie a fait réagir jusque dans l’hémicycle britannique. Le Premier ministre Keir Starmer a reproché à Farage son absence à la toute première séance de questions au gouvernement de la rentrée parlementaire. Il a dénoncé son déplacement aux États-Unis pour « salir le pays » et pour « appeler les Américains à imposer des sanctions qui frapperaient les travailleurs britanniques ».
Une figure politique clivante
Élu député en 2024 à Clacton, dans l’est de l’Angleterre, Nigel Farage est aujourd’hui le visage du parti Reform UK. Mais sa carrière politique remonte bien plus loin. Ancien eurodéputé (1999-2020), il a longtemps incarné le combat pour la sortie du Royaume-Uni de l’Union européenne. Cofondateur du parti UKIP en 1993, il s’est imposé comme l’une des voix les plus influentes du camp eurosceptique.
S’il est salué par ses partisans pour son franc-parler, il est régulièrement critiqué pour ses propos jugés populistes ou polarisants.
La controverse autour de l’Online Safety Act
Lors de son intervention, Farage a également dénoncé l’Online Safety Act, une loi adoptée en 2023 qui impose de nouvelles obligations aux plateformes numériques pour limiter les contenus dangereux, en particulier pour les mineurs. Certaines plateformes doivent désormais demander des informations d’identité pour accéder à certains services, ce qui inquiète les défenseurs de la vie privée.
Farage estime que cette loi pourrait avoir des répercussions au-delà du Royaume-Uni. Dans ses recommandations au Congrès, il a écrit : « Si une plateforme est accessible aux Britanniques, Ofcom entend imposer ses règles partout dans le monde. Les entreprises américaines devront choisir entre respecter le premier amendement de la Constitution américaine, qui protège la liberté d’expression, ou se plier aux règles britanniques. Les deux sont incompatibles. »
Il a rappelé que son parti avait déjà proposé un « Free Speech Act » à l’échelle britannique, inspiré du modèle américain, afin de garantir aux citoyens des droits similaires à ceux prévus par le premier amendement.
Un défenseur controversé
Pour ses détracteurs, cette posture est hypocrite. Jamie Raskin a déclaré à la BBC : « Farage aime se présenter comme un martyr de la liberté d’expression, mais en réalité, il défend uniquement la parole des racistes et des homophobes. »
Farage a répliqué en assurant être « ouvert à tout journaliste, quels que soient ses points de vue », contestant les accusations selon lesquelles certains reporters auraient été exclus de ses événements.


