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Afrique

Nigeria : écoles attaquées et faim grandissante, un pays au bord de la rupture

Ellie Franklin-CruzPar Ellie Franklin-Cruzmardi, 25 novembreMise à jour:mardi, 25 novembreAucun commentaire7 Min Temps de lecture
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Manna Academy, une école au Nigeria.
Manna Academy, une école au Nigeria.
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Au Nigeria, les images de classes désertées et de parents en larmes se superposent désormais à celles de villages asséchés et de récoltes détruites. Dans le nord du pays, la violence armée et la faim avancent de pair, et ce sont les enfants qui se retrouvent en première ligne.

Le 18 novembre 2025, 25 écolières ont été enlevées au Government Girls Comprehensive Secondary School de Maga, dans l’État de Kebbi. Le vice-principal, Hassan Makuku, a été tué. Trois jours plus tard, à Papiri, dans l’État du Niger, ce sont 303 élèves et 12 enseignants de l’école catholique Saint Mary’s qui ont disparu à leur tour. Deux attaques en quelques jours, qui ravivent un cauchemar déjà trop familier aux Nigérians.

Des enlèvements en série, des parents abandonnés à l’angoisse

Personne n’a revendiqué ces enlèvements, mais tout le monde sait ce qui se joue : des groupes armés, qualifiés de « bandits », enlèvent en masse pour obtenir des rançons. Ils s’attaquent aux écoles avec une facilité déconcertante, profitant de villages mal protégés, de routes isolées et d’un État débordé.

À Kebbi, Human Rights Watch a recueilli les témoignages de parents qui vivent chaque minute comme un supplice.
Isa Nazifi, père de Khadija, 13 ans, raconte avoir foncé à moto vers l’école après avoir entendu la nouvelle. Sur place, il retrouve sa deuxième fille, saine et sauve, qui lui explique que Khadija fait partie des captives. Depuis, il refuse de quitter l’enceinte de l’établissement : « Si je rentre sans elle, que vais-je dire à ma famille ? »

Malam Sani Zimri, dont la fille Salima a aussi été enlevée, se sent trahi. Il explique qu’une rumeur d’attaque circulait déjà une semaine avant le raid. La présence de militaires dans les environs avait rassuré les familles. Mais le jour de l’attaque, aucun agent de sécurité n’était présent dans l’école. Trois heures sans renfort, trois heures qui ont suffi aux assaillants.

Depuis 2014, les enlèvements d’élèves se succèdent, avec une régularité terrifiante. La tragédie de Chibok, quand Boko Haram avait enlevé 276 lycéennes dans l’État de Borno, reste dans toutes les mémoires. Mais le phénomène s’est élargi bien au-delà de ce groupe islamiste.

En 2015, plus de 300 enfants avaient été enlevés à Damasak. En 2020, plus de 300 garçons ont été kidnappés dans un internat à Kankara, dans l’État de Katsina. En 2021, des élèves de Kagara, Jangebe et Bethel Baptist High School ont été capturés à leur tour. Et en 2024, des attaques à Kuriga (Kaduna) et Gidan Bakuso (Sokoto) ont relancé la spirale.

Le Nigeria est dépassé par les attaques et par la peur

D’année en année, les autorités promettent d’agir, mais les mécanismes de prévention restent largement défaillants. Les systèmes d’alerte, la surveillance des zones à risque, la protection des écoles isolées : tout cela demeure très insuffisant.

Le gouvernement Tinubu assure que les élèves seront retrouvés et que les responsables seront poursuivis. Mais les familles, elles, voient surtout des schémas qui se répètent. Le président a demandé aux services de sécurité de réagir rapidement, tout en appelant les populations locales à transmettre des informations. Dans le même temps, 47 collèges fédéraux, les Federal Unity Colleges, ont été fermés, et plusieurs États ont préféré suspendre les cours ou restreindre les internats.

Sur le papier, ces fermetures protègent les enfants. Dans la réalité, des milliers d’élèves se retrouvent sans école, sans cadre éducatif, sans sociabilisation. Sans solutions alternatives concrètes, ces interruptions prolongées risquent de les faire décrocher pour longtemps, voire de les pousser vers le travail informel, le mariage précoce ou les groupes armés.

Le Nigéria a pourtant signé la Déclaration sur la sécurité dans les écoles, qui engage le pays à protéger l’éducation en période de conflit. Cela n’a pas empêché les enlèvements de se multiplier. Le Sénat a ordonné une enquête sur l’utilisation du Fonds de sécurisation des écoles, demandant où est passé l’argent officiellement consacré à la protection des élèves. Beaucoup soupçonnent un mélange de corruption, de mauvaise gouvernance et d’amateurisme.

Le Nord nigérian asphyxié par la faim

Alors que les attaques armées se multiplient, une autre menace grandit dans les mêmes régions : la faim. L’ONU estime que 35 millions de personnes au Nigéria risquent de souffrir d’insécurité alimentaire en 2026, avec une concentration dans le Nord, là où les groupes armés sont les plus actifs.

Les militants détruisent des récoltes, incendient des greniers, forcent les paysans à fuir leurs terres. La crise climatique amplifie le désastre : pluies imprévisibles, désertification, terres qui ne produisent plus comme avant. Quand la violence empêche de cultiver et que la météo tourne au cauchemar, les communautés n’ont plus de marge de manœuvre.

Il faudrait au moins 93 milliards de dollars pour mettre fin à la faim au Nigéria d’ici 2030. Une somme immense, qui suppose non seulement des aides d’urgence, mais aussi des investissements massifs dans l’agriculture, l’irrigation, l’adaptation au climat et la sécurité rurale.

Dans certains villages, parents et enfants font déjà des choix impossibles : manger moins pour payer un trajet vers un endroit jugé plus sûr, garder un enfant à la maison plutôt que de l’envoyer à l’école par peur de l’enlèvement, vendre le peu de bétail qui reste pour payer une rançon.

Des problèmes de sécurité qui inquiètent partout

Aux États-Unis, le retour de Donald Trump sur la scène politique a relancé un récit simpliste : celui d’un « génocide chrétien » au Nigéria. Le pays a été à nouveau classé comme « pays particulièrement préoccupant » pour les violations de la liberté religieuse. Trump a promis, avec sa rhétorique habituelle, de venir « armes à la main » pour sauver les chrétiens nigérians.

Ce récit séduit une partie de l’opinion conservatrice américaine, mais il déforme la réalité. En pratique, ce sont des Nigérians de toutes confessions qui se font tuer, enlever ou chasser : chrétiens, musulmans, animistes. L’insécurité touche les fermiers, les commerçants, les pasteurs, les imams. Les enlèvements de masse dans les écoles ne visent pas une seule religion, mais l’ensemble d’une population laissée sans protection.

Au Congrès américain, des experts comme Oge Onubogu ont insisté sur la complexité de la situation et mis en garde contre les récits trop simplistes. Les réseaux criminels, les conflits fonciers, l’effondrement des services publics, la corruption et l’impact du climat s’entremêlent. Réduire tout cela à une guerre de religion revient à ignorer les causes profondes.

Pendant ce temps, au Nigéria même, des voix religieuses s’opposent et se répondent. Certains responsables chrétiens dénoncent des massacres ciblés, quand d’autres figures, comme le prédicateur Sheikh Gumi, minimisent la réalité des crimes ou défendent l’idée qu’il faut ménager les groupes armés. Au milieu de ces discours, les communautés prises au piège peinent à s’y retrouver.

Le président Bola Tinubu affirme que son objectif est de faire du Nigéria un pays sûr. Cela suppose bien plus que des déclarations. Le gouvernement a annoncé le recrutement de 30 000 policiers supplémentaires, mais le problème est aussi qualitatif : formation, éthique, contrôle, déploiement sur le terrain. Trop souvent, les forces de l’ordre sont concentrées dans les grandes villes ou affectées à la protection de personnalités riches et influentes, pendant que les campagnes restent exposées aux attaques.

L’estimation de 93 milliards de dollars pour éradiquer la faim d’ici 2030 au Nigéria donne une idée de l’ampleur des moyens nécessaires. Mais le coût réel de l’inaction est bien plus vertigineux : générations d’élèves déscolarisés, jeunes recrutés par des groupes armés faute d’alternatives, exode rural massif, instabilité politique chronique.

Boko Haram enlèvements Nigeria ONU
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