Nous avons reçu l’annonce du décès en détention d’Anicet Ekane, figure historique de l’opposition camerounaise. Âgé de 74 ans, l’avocat et leader du Manidem (Mouvement Africain pour la Nouvelle Indépendance et la Démocratie) est mort cinq semaines après son arrestation, dans des circonstances étranges.
La mort d’Anicet Ekane dans le cadre d’une détention illégale
Ekane est décédé dans un centre médical militaire après une rapide dégradation de son état de santé d’après son parti. Sa famille dit avoir été appelée uniquement pour récupérer sa dépouille, sans explications.
Le ministère de la Défense affirme au contraire qu’il souffrait de pathologies chroniques et qu’il avait bénéficié de soins adéquats. Aucune autopsie ni rapport médical détaillé n’a pour l’instant été rendu public.
Ekane avait été accusé d’« hostilité contre l’État » et d’incitation à l’insurrection, mais ses avocats disent qu’il n’a jamais été présenté à un juge. Son arrestation intervenait dans un climat post-électoral tendu, où plusieurs figures d’opposition avaient contesté les résultats. La victoire avait été remportée par le président Paul Biya, au pouvoir depuis plus de quarante ans.
Son parti avait demandé à plusieurs reprises la preuve qu’il était encore en vie, face aux rumeurs persistantes de décès.
Le Cameroun en deuil?
Anicet Ekane avait soutenu Maurice Kamto avant de rejoindre une coalition menée par Issa Tchiroma Bakary, qui revendique toujours la victoire à l’élection présidentielle.
Sa mort arrive durant une crispation du champ politique. Plein de candidatures politiques sont rejetées, des figures sont exilées, dont Tchiroma Bakary parti en Gambie, et le discours devient de plus en plus polarisé entre pouvoir et opposition.
Des sympathisants se sont rassemblés au siège du Manidem à Douala, où la présence de forces de sécurité a été signalée.
Au-delà du Cameroun, on constate la fragilité démocratique de l’Afrique centrale, déjà éprouvée par des contestations électorales au Gabon, au Tchad ou en Guinée équatoriale.
En France, où vit une importante diaspora camerounaise, des organisations réclament une enquête indépendante et une pression diplomatique accrue en faveur des droits politiques. Le dossier pourrait à nouveau alimenter les débats sur le rôle de Paris dans la Francophonie et dans le soutien aux transitions démocratiques africaines.


