Pendant que l’hydrogène monopolise une partie du discours politique européen, un autre matériau façonne déjà, concrètement, l’avenir énergétique mondial : le lithium. Et contre toute attente, l’un de ses piliers historiques se trouve en Afrique australe. Longtemps marginalisé dans les grands récits énergétiques, le continent abrite pourtant un géant silencieux qui pèse lourd dans la transition en cours.
Avec plus de 11 millions de tonnes de lithium, le Zimbabwe s’impose comme un acteur central d’un marché devenu stratégique pour les batteries, l’électrification et les technologies du quotidien.
Le Zimbabwe, colonne vertébrale oubliée du lithium mondial
Le cœur de cette puissance minérale bat à Bikita, dans la province de Masvingo. La mine de Bikita Minerals n’est pas un projet émergent : elle exploite du lithium et de la pétalite depuis plus d’un siècle. Dans un pays fragilisé par des décennies de crises politiques, d’instabilité économique et d’exode de population, le secteur minier a tenu bon là où beaucoup d’autres se sont effondrés.
Alors que certains pays africains misent aujourd’hui sur des partenariats autour de l’hydrogène vert, le Zimbabwe, lui, n’a jamais cessé de produire du lithium, devenant progressivement un maillon essentiel de la chaîne mondiale des batteries.
Pourquoi le lithium a gagné la bataille face à l’hydrogène
Téléphones, ordinateurs, voitures électriques, équipements médicaux : tout ce qui stocke de l’énergie repose sur le lithium. Sa densité énergétique, sa fiabilité et sa maturité industrielle en font un pilier immédiat de la transition, là où l’hydrogène reste encore coûteux, complexe à stocker et dépendant d’infrastructures lourdes.
L’Afrique, nouveau terrain de la bataille des chaînes d’approvisionnement
Le cas zimbabwéen illustre la repolitisation des matières premières. Lithium, cuivre, nickel, cobalt, graphite, terres rares… Ces ressources ne sont plus de simples marchandises. Elles sont devenues des leviers de souveraineté économique.
L’Afrique, longtemps cantonnée au rôle de fournisseur brut, se retrouve au centre d’une compétition mondiale pour sécuriser l’accès à ces matériaux indispensables à la décarbonation.
La Chine
Si les minerais sont extraits en Afrique, en Amérique latine ou en Australie, leur transformation passe très souvent par la Chine. Raffinage, chimie, composants intermédiaires, batteries : Pékin contrôle les étapes où se crée la valeur stratégique.
Cette domination n’a rien de spectaculaire, mais elle est redoutablement efficace. Elle influence déjà les décisions d’investissement, les choix industriels et les dépendances technologiques des grandes puissances occidentales.
États-Unis et Europe
Aux États-Unis, l’approche varie selon les administrations. Vision industrielle structurée sous Biden, plus protectionniste et transactionnelle sous Trump : cette alternance crée une incertitude majeure dans un secteur où les projets s’inscrivent sur plusieurs décennies.
L’Union européenne, elle, a pris du retard, mais tente de le rattraper avec le Critical Raw Materials Act. L’objectif est clair : réduire la dépendance extérieure, développer le raffinage, la transformation et le recyclage sur le sol européen. Une reconnaissance tardive, mais lucide, que la souveraineté industrielle ne s’arrête pas à l’extraction.
Le Canada et le Québec face à leur propre paradoxe
Riche en ressources critiques et politiquement stable, le Canada pourrait jouer un rôle clé. Mais son modèle historique, exporter la matière brute et importer la valeur ajoutée, devient une faiblesse.
Le cas de la Fonderie Horne à Rouyn-Noranda montre bien ce dilemme. Infrastructure stratégique pour le cuivre, elle se heurte à des exigences environnementales et sanitaires légitimes, mais coûteuses. L’annonce du retrait de Glencore met brutalement en lumière une question centrale :
comment concilier transformation locale, acceptabilité sociale et attractivité industrielle ?


