Depuis la fin de décembre, des manifestations spectaculaires saisissent le pays: les Iraniens ne supportent plus le pouvoir religieux. Nées de la colère face à une situation économique jugée insoutenable, les manifestations ont pris une tournure politique, certains slogans appelant explicitement à la chute du régime clérical.
L’ONG américaine HRANA recense au moins 572 personnes qui auraient été tuées depuis le début du mouvement, parmi lesquelles une majorité de manifestants, mais aussi des membres des forces de sécurité. Plus de 10 000 arrestations auraient également été comptées. Ces chiffres restent impossibles à vérifier de manière indépendante, les autorités ayant imposé un strict blackout d’Internet.
Une répression sévère en Iran
Le clergé chiite, l’armée et les forces de sécurité semblent, pour l’heure, faire bloc. L’opposition, elle, demeure fragmentée, sans leadership unifié ni stratégie commune, ce qui limite sa capacité à transformer la mobilisation en alternative politique structurée.
Les autorités iraniennes imputent les violences à des ingérences étrangères. Les médias d’État insistent sur les attaques contre les forces de l’ordre et sur les destructions d’infrastructures religieuses et publiques. Le ministère du Renseignement affirme avoir démantelé plusieurs « cellules terroristes » accusées d’avoir incendié des mosquées, attaqué des sites militaires et ciblé des volontaires paramilitaires proches du régime.
Sur le plan diplomatique, l’Iran adopte une posture ambivalente. Les dirigeants répètent être prêts à faire face à une confrontation militaire, mais ils affirment aussi maintenir des canaux de communication ouverts avec Washington.
Le ministre des Affaires étrangères Abbas Araqchi a confirmé que des échanges réguliers avaient lieu avec l’émissaire américain Steve Witkoff, notamment par l’intermédiaire de la Suisse. Il a toutefois dénoncé les « messages contradictoires » envoyés par les États-Unis, qu’il juge peu propices à un apaisement durable.
Dans le même temps, plusieurs ambassadeurs européens à Téhéran ont été convoqués par les autorités iraniennes, sommés de transmettre à leurs capitales une demande claire : cesser tout soutien politique ou médiatique aux manifestations, considérées par Téhéran comme une ingérence inacceptable dans ses affaires internes.
Trump ne se fait pas désirer
À Washington, Donald Trump souffle le chaud et le froid. Le président américain a dit être disposé à rencontrer des responsables iraniens mais il choisit aussi de multiplier les menaces. Il a confirmé être en contact avec des figures de l’opposition iranienne et n’exclut pas une action militaire si la répression devait se poursuivre.
Plusieurs scénarios sont actuellement étudiés chez les Américains. Une intervention militaire directe serait toutefois risquée puisque certaines installations stratégiques iraniennes étant situées dans des zones densément peuplées.
Les responsables iraniens avertissent que toute attaque aurait des conséquences immédiates dans la région. Le président du Parlement, Mohammad Bagher Ghalibaf, a déclaré que l’Iran se considérait déjà engagé dans une « guerre sur quatre fronts », économique, psychologique, militaire et sécuritaire. Il a explicitement menacé de viser Israël ainsi que les bases et navires américains en cas d’agression.
L’Iran sort affaibli des affrontements de l’année précédente, marqués par des frappes israélo-américaines sur ses sites nucléaires et par l’élimination de hauts responsables militaires donc le pays risque gros. Son influence régionale a également reculé avec l’affaiblissement du Hezbollah au Liban.


