Le bras de fer budgétaire se durcit à l’Assemblée nationale. Les débats parlementaires sont suspendus jusqu’à mardi, tandis que le gouvernement envisage désormais ouvertement le recours au 49.3 ou aux ordonnances pour faire adopter le budget 2026. En quête d’un compromis fragile, le Premier ministre Sébastien Lecornu a multiplié les annonces ces derniers jours, espérant désamorcer une censure toujours possible.
Vendredi, il a présenté une série de mesures pour rassurer à la fois les parlementaires et l’opinion publique. Samedi, la ministre des Comptes publics Amélie de Montchalin et le ministre de l’Économie Roland Lescure sont venus préciser les contours d’un budget sous haute tension.
Un déficit à 5 % : l’objectif affiché, le casse-tête en coulisses
Le gouvernement assure vouloir ramener le déficit public à 5 % du produit intérieur brut en 2026, contre 5,4 % l’année précédente. Un objectif ambitieux, tant la marge de manœuvre paraît étroite. Pour y parvenir, l’exécutif assume désormais une inflexion nette : la dépense publique sera contenue, voire réduite.
« Pour la première fois, les dépenses des ministères en euros courants seront inférieures à celles de l’année dernière », a affirmé Sébastien Lecornu. Une déclaration qui tranche avec le discours tenu à l’automne, lorsque l’État évoquait encore une hausse de 20 milliards d’euros de ses dépenses.
À Bercy, le ton est grave. « Les efforts vont être très importants », reconnaît Roland Lescure. Si certains ministères sanctuarisés – Armées, Éducation, Justice, Intérieur, Agriculture – échappent au rabot, d’autres administrations devront composer avec des budgets serrés. Les collectivités territoriales seront également mises à contribution, à hauteur de 2 à 2,5 milliards d’euros nets.
La Fiscalité, une promesse de stabilité pour les ménages
Sur un terrain politiquement explosif, le Premier ministre se veut catégorique. « Il n’y aura aucune augmentation de la fiscalité sur les ménages, directe ou indirecte », promet-il. Une ligne que reprend Amélie de Montchalin, qui dit que l’effort budgétaire ne doit pas reposer sur les particuliers.
Concrètement, toutes les tranches de l’impôt sur le revenu seront indexées sur l’inflation. Le gel du barème, un temps envisagé et qui aurait fait entrer près de 200 000 foyers supplémentaires dans l’impôt en 2026, est abandonné. De même, la réforme de l’abattement de 10 % accordé aux retraités est écartée.
Autre annonce marquante, la prime d’activité sera augmentée d’environ 50 euros par mois pour plus de trois millions de ménages modestes, pour un coût estimé à 2 milliards d’euros. Les allocations pour les personnes en situation de handicap seront maintenues, tout comme les bourses étudiantes. Le repas à un euro au restaurant universitaire sera généralisé à partir de mai.
Ces concessions pourraient suffire à éviter une censure venue du Parti socialiste, qui a indiqué ne pas renverser le gouvernement si les avancées annoncées ne sont pas financées « sur le dos des Français ».
Logement : recul sur les APL, soutien aux bailleurs sociaux
L’exécutif tente également de rectifier le tir au niveau des logements. L’idée d’une « année blanche » pour les aides personnalisées au logement est abandonnée. Le budget prévoit en revanche une augmentation de 400 millions d’euros des moyens alloués aux bailleurs sociaux, afin de soutenir la construction et la rénovation de logements abordables.
Sébastien Lecornu souhaite aussi relancer l’investissement locatif privé, avec la création d’un statut spécifique de bailleur privé. Le dispositif MaPrimeRénov’ est quant à lui maintenu à hauteur de 3,5 milliards d’euros pour 2026, selon Amélie de Montchalin.
Les entreprises mises à contribution, avec prudence
Le gouvernement exclut toute remise en cause des allégements de charges. « Augmenter les charges, c’est augmenter le coût du travail et menacer l’emploi », insiste le Premier ministre. En revanche, la contribution exceptionnelle sur les bénéfices des grandes entreprises pourrait être reconduite.
Cette surtaxe, qui avait rapporté 8 milliards d’euros l’an dernier, fait toujours débat. Un amendement visant à porter son rendement à 6,3 milliards d’euros a été rejeté cette semaine à l’Assemblée. « On est encore en train de caler les derniers chiffrages », reconnaît Roland Lescure. Les entreprises de taille intermédiaire devraient toutefois être épargnées.
Du côté du patronat, l’inquiétude est palpable. Le Medef dénonce une surtaxe jugée « toxique pour l’investissement et l’attractivité de la France ».
Un Parlement mis à l’écart ?
Alors que l’exécutif envisage le 49.3, la frustration grandit dans l’hémicycle. « Nous n’avons parlé que de taxes, de recettes supplémentaires », regrette la présidente de l’Assemblée nationale Yaël Braun-Pivet, déplorant que les députés ne puissent « pas aller au bout de l’examen » du budget.


