Israël possède une immense “moitié bleue”, qui couvre près de 25 000 km² de zones marines. C’est là que se cachent des écosystèmes fascinants et encore largement méconnus, appelés forêts animales marines. Ces structures complexes, construites par des animaux plutôt que par des plantes, jouent un rôle crucial dans la biodiversité et la santé écologique de nos océans.
C’est Alon Rothschild, directeur de la biodiversité et de la division marine de la Société pour la Protection de la Nature en Israël (SPNI), qui a présenté ce concept. Il affirme que « la majorité du fond marin mondial est constitué de sable ou de boue, des milieux peu complexes. Mais les forêts animales créent des oasis sous-marines, riches en vie et en interactions écologiques ».
Les coraux, bâtisseurs de villes sous-marines
Dans le golfe d’Aqaba, en mer Rouge, les récifs coralliens israéliens se distinguent par leur étonnante résistance au réchauffement climatique. « Les coraux du nord de la mer Rouge peuvent supporter des hausses de température de 5 à 6 °C sans blanchir, c’est exceptionnel à l’échelle mondiale », explique Rothschild. Les récifs mésophotiques, situés entre 30 et 200 mètres de profondeur, vivent dans des conditions de faible luminosité et restent encore largement inexplorés, offrant un écosystème unique et fragile.
En Méditerranée, les jardins d’éponges offrent des habitats colorés et complexes, abritant étoiles de mer, poulpes et autres habitants marins. Plus profondément, certains écosystèmes chimiques exploitent le méthane pour produire de l’énergie, avec des vers vivant en symbiose avec des bactéries. Rothschild insiste : « Ces écosystèmes sont complexes, fragiles et souvent âgés de plusieurs siècles ; certains coraux peuvent avoir plus de 1 000 ans. »
Une moitié bleue qu’Israël souhaite conserver
Ces forêts animales sont aujourd’hui fortement menacées par l’activité humaine. La pêche de fond détruit physiquement ces structures et capture des centaines de milliers d’espèces protégées chaque année. L’exploration pétrolière et gazière, les pollutions et l’eutrophisation modifient la transparence de l’eau, indispensable à la photosynthèse des coraux symbiotiques. « La protection de ces écosystèmes ne peut se limiter à des espèces individuelles », prévient Rothschild. « Nous devons fermer des zones entières à l’extraction et à la pêche pour préserver ces forêts. »
Israël se positionne parmi les leaders de la conservation marine en Méditerranée. Depuis 2016, les zones interdites à la pêche de fond ont été multipliées par deux et des unités de surveillance marine ont été créées. La réserve marine du Palm Disturbance, au large de Tel-Aviv, couvre 450 km² de récifs profonds et de coraux noirs, la première du genre en Israël.
Des applications de suivi citoyen et des expériences de réalité virtuelle permettent d’explorer ces forêts marines et de comprendre leur fragilité. Rothschild résume cette approche : « Parfois, montrer la beauté et la complexité de ces écosystèmes est plus efficace que donner des chiffres économiques. La narration et l’émerveillement ouvrent les consciences. »


