La Première ministre japonaise Sanae Takaichi a offert à son Parti libéral-démocrate (PLD) une victoire écrasante lors des élections législatives qu’elle a convoquées peu après son arrivée au pouvoir.
Maintenant qu’elle a consolidé son autorité au sein du Parlement japonais, la Diète, la grande question est de savoir ce qu’elle compte faire de ce pouvoir.
Depuis son accession au poste de Première ministre à l’issue d’un vote parlementaire en octobre, l’ultraconservatrice Takaichi a profondément bousculé un système politique japonais habituellement très policé.
Grâce à une utilisation habile des réseaux sociaux, à un sens aigu du style et à une aisance diplomatique remarquée, elle a su capter l’attention des jeunes électeurs comme aucun dirigeant japonais récent. Dans un moment digne d’une rock star au sens littéral, elle a même montré ses talents de batteuse lors d’une session improvisée avec le dirigeant sud-coréen.
Takaichi a habilement profité de la période d’état de grâce qui accompagne le début d’un mandat en convoquant des élections anticipées, afin d’accroître son pouvoir à la Diète avant que sa popularité ne commence à s’éroder.
Mais les électeurs attendent désormais un retour sur investissement, et la tâche qui attend la Première ministre est bien plus redoutable : tenir ses promesses. Améliorer le niveau de vie dans un pays confronté à une main-d’œuvre en rapide diminution et à un vieillissement accéléré de la population, sans recourir à une immigration de masse, mettra ses compétences politiques bien plus à l’épreuve qu’une victoire électorale.
Une victoire électorale inattendue
Bien que le PLD de Takaichi ait gouverné le Japon pendant la majeure partie de l’après-guerre, le parti a récemment enchaîné les mauvais résultats électoraux.
En 2024, il a perdu la majorité à la Chambre basse qu’il détenait avec son partenaire de coalition de l’époque, le Komeito, à la suite d’une série de scandales de corruption. L’année suivante, la coalition a également perdu sa majorité à la Chambre haute, laissant le gouvernement dans une situation extrêmement fragile.
Le spectaculaire redressement du parti a commencé après la démission du Premier ministre Shigeru Ishiba en septembre, consécutive à ces revers électoraux.
De nombreux sondages réalisés avant le scrutin prévoyaient une large victoire du PLD et de son nouveau partenaire de coalition, Nippon Ishin, le Parti de l’innovation du Japon. Takaichi a également bénéficié du soutien public du président américain Donald Trump. Bien que Trump soit perçu négativement par l’opinion japonaise, les électeurs savent aussi que les États-Unis constituent le principal garant de la sécurité du Japon face à la Chine, tout en étant son premier marché d’exportation.
Malgré tout, certains doutaient que la popularité de Takaichi, notamment auprès des jeunes, se traduise réellement dans les urnes.
Finalement, son aura électorale a bénéficié à l’ensemble de son parti. Malgré des températures glaciales et des chutes de neige record dans certaines régions, le PLD a été confortablement reconduit au pouvoir avec une majorité largement renforcée à la Chambre basse. La coalition dispose désormais d’une supermajorité des deux tiers, ce qui permet à Takaichi de contourner la Chambre haute pour faire adopter son programme législatif.
Une posture plus offensive face à la Chine ?
Depuis son arrivée au pouvoir, la très ferme Takaichi a adopté une position résolument plus offensive à l’égard de la Chine.
En novembre, elle a provoqué la colère de Pékin en déclarant que le Japon pourrait intervenir militairement pour défendre Taïwan en cas d’invasion chinoise. Cette déclaration a déclenché de virulentes attaques chinoises contre Takaichi, qui se sont poursuivies jusqu’au début de l’année.
Si l’opinion publique japonaise reste divisée sur l’éventualité d’une aide militaire à Taïwan en cas de conflit avec la Chine, le soutien est désormais massif en faveur de l’engagement de Takaichi d’augmenter le budget de la défense à 2 % du PIB d’ici mars, soit deux ans plus tôt que prévu.
En décembre, le Cabinet a approuvé une hausse de 9,4 % des dépenses militaires pour atteindre cet objectif, avec un accent mis sur la production nationale et sur des capacités avancées, notamment dans les domaines du cyberespace, de l’espace et des frappes à longue portée.
Face à la montée des menaces en provenance de la Chine, de la Corée du Nord et de la Russie, le gouvernement de Takaichi prévoit également de réviser cette année les principales stratégies de sécurité et de défense du Japon.
Les difficultés économiques au premier plan
Aussi importantes que soient les questions de défense, c’est avant tout sur le terrain économique que Takaichi sera jugée par l’opinion publique.
Les Japonais s’inquiètent de plus en plus de la hausse de l’inflation et de la stagnation des salaires, qui entraînent une baisse du niveau de vie.
Un exemple frappant illustre cette situation : le prix du riz a doublé depuis 2024, atteignant un nouveau record le mois dernier. La colère suscitée par cette flambée des prix avait même conduit à la chute du ministre de l’Agriculture l’an dernier.
L’inflation dépasse l’objectif de 2 % fixé par la Banque du Japon depuis 45 mois consécutifs. Et si les salaires nominaux ont récemment progressé, les revenus réels diminuent depuis quatre ans.
Takaichi a fait de la lutte contre le coût de la vie une priorité. Elle s’est engagée à suspendre pendant deux ans la taxe alimentaire de 8 %. L’an dernier, son gouvernement a également annoncé un plan de relance massif de 135 milliards de dollars américains, comprenant notamment des subventions pour les factures d’électricité et de gaz.
Ces mesures devraient toutefois creuser le déficit budgétaire, aggravant encore un niveau de dette publique déjà extrêmement élevé.
Le mois dernier, les prix des obligations d’État japonaises se sont effondrés après l’annonce des élections anticipées par Takaichi, les marchés anticipant qu’une victoire du PLD conduirait à une politique budgétaire plus souple et à un endettement accru.
La Banque du Japon est peu susceptible d’intervenir pour soutenir le marché obligataire lors d’une éventuelle crise future, ce qui exposerait le gouvernement à des coûts d’emprunt plus élevés et alourdirait encore la dette publique.
Le Japon est également confronté à des défis majeurs liés au déclin de sa population et de sa main-d’œuvre.
Il est encore trop tôt pour savoir si Takaichi détient les réponses à ces problèmes. Mais elle dispose désormais du pouvoir, de l’autorité et de la liberté nécessaires pour mener résolument son programme politique. Il lui faudra maintenant apporter les changements que l’électorat attend.



