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Home»Politique»Écocide : et si les États devaient enfin répondre de leurs crimes contre la Terre ?
Politique

Écocide : et si les États devaient enfin répondre de leurs crimes contre la Terre ?

Suzanne LatrePar Suzanne Latredimanche, 22 févrierAucun commentaire7 Min Temps de lecture
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Au World Forum 2026, le constat est concret : il faut une reconnaissance de l’écocide comme crime international. © Suzanne Latre via Le Parisien Matin
Au World Forum 2026, le constat est concret : il faut une reconnaissance de l’écocide comme crime international. © Suzanne Latre via Le Parisien Matin
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Peut-on traduire en justice des dirigeants pour avoir sciemment aggravé le chaos climatique ? Peut-on considérer la destruction massive du vivant comme un crime international au même titre que le génocide ou les crimes contre l’humanité ?

Dans une magnifique salle éclairée par des chandeliers en crystal dans l’hôtel Adlon à Berlin se rassemblent des juristes internationaux, des militants, des juges, des économistes et défenseurs des droits humains qui ont affronté la question sans détour lors du World Forum 2026. Pour eux, il faut une reconnaissance de l’écocide comme crime international.

Et derrière les mots, une réalité brutale. Le dernier rapport du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (2023) montre que la planète a déjà atteint environ 1,1 à 1,4 °C de réchauffement par rapport à l’ère préindustrielle. Au-delà de 1,5 °C, les impacts deviennent exponentiels. On voit des vagues de chaleur mortelles, l’effondrement des rendements agricoles et la montée des eaux qui cause des déplacements massifs, comme par exemple au Kenya.

Mais pour certains intervenants, le problème n’est plus seulement scientifique. Il est juridique. Et surtout moral.

« Il n’existe pas de lois efficaces pour protéger la planète »

Sue Miller, représentante de Stop Ecocide International, ouvre la session sans détour :

« Il y a une raison pour laquelle la planète est dans un état périlleux : il n’existe pas de lois efficaces pour la protéger. »

Les traités climatiques existent. Les COP se succèdent. L’Accord de Paris fixe des objectifs. Mais rien n’est réellement contraignant. Les États peuvent manquer leurs engagements sans sanction pénale.

Or, dans le système actuel, explique-t-elle, les multinationales et décideurs opèrent dans un cadre hérité d’une époque où l’on croyait la nature infinie.

« Les entreprises ont le devoir de maximiser les profits pour leurs actionnaires. Les décisions sont prises dans le Nord global, tandis que les conséquences sont subies dans le Sud global, souvent là où l’État de droit est plus faible. »

Les amendes deviennent un simple coût d’exploitation.

L’écocide, en revanche, introduirait une responsabilité pénale personnelle devant la Cour pénale internationale. Non plus une amende, mais une accusation criminelle visant les décideurs eux-mêmes.

Les États sur le banc des accusés d’Écocide

Stephen Rapp, ancien procureur du Tribunal pénal international pour le Rwanda et ex-ambassadeur américain pour la justice pénale internationale, prend la parole avec la gravité de celui qui a poursuivi des crimes de masse.

Il rappelle que lors du Tribunal citoyen sur l’écocide, cinq États. Les États-Unis, la Chine, la Russie, l’Arabie saoudite et l’Argentine sont mis en cause pour leurs politiques incompatibles avec la neutralité carbone.

« Si chaque pays suivait la politique actuelle des États-Unis, le monde serait sur une trajectoire de 4 à 5 degrés de réchauffement d’ici la fin du siècle. »

Nous sommes déjà à environ 1,4 °C. À 2 °C, les impacts seraient catastrophiques. À 4 °C, les rétroactions climatiques pourraient provoquer la fonte des calottes arctiques et du Groenland, avec plusieurs mètres d’élévation du niveau de la mer.

Pour Rapp, il ne s’agit plus d’erreurs politiques, mais d’actes potentiellement criminels :

« Des actes illégaux ou inconsidérés, commis en connaissance d’une probabilité substantielle de dommages graves, étendus ou durables à l’environnement. Ces actes justifient des poursuites pénales. »

Allemagne : quand la jeunesse gagne devant les juges

Luisa Neubauer, jeune femme politique  figure de Fridays for Future en Allemagne, apporte un témoignage concret.

En 2021, elle et d’autres militants ont poursuivi l’État allemand devant la Cour constitutionnelle. Ils ont gagné.

« La Cour a reconnu un droit intergénérationnel à la liberté. Si nous retardons l’action climatique, nous privons les générations futures de leur liberté. »

Quelques mois après cette victoire judiciaire, des inondations historiques frappaient l’Allemagne : plus de 150 morts, 30 milliards d’euros de dégâts.

Une étude citée à l’époque estimait qu’un tel événement pourrait se produire toutes les deux semaines d’ici 2070.

Neubauer pose la question essentielle :

« Comment rêver de démocraties stables, d’économies stables, quand ces catastrophes deviennent la norme ? »

Kenya, Afghanistan, Amazonie : quand l’écocide devient une question de survie

Elizabeth Wathuti, fondatrice de la Green Generation Initiative au Kenya, rappelle que la crise n’est pas abstraite : « Plus de 6,5 millions de personnes font face à l’insécurité alimentaire dans la Corne de l’Afrique. Au Kenya seul, près de 2 millions vivent une situation d’urgence extrême. »

Sécheresses, effondrement des cultures, conflits liés à la rareté de l’eau : le climat devient un multiplicateur de violence.

En Afghanistan, Sima Samar, femme politique, témoigne de l’exploitation minière incontrôlée, de la pollution des eaux, de maladies liées aux produits chimiques.

Au Brésil, Priscilla Aquino, avocate, rappelle que l’écocide touche directement les peuples autochtones :

« Quand nous parlons d’écocide, nous parlons aussi de la fin de communautés et de cultures. »

Le cas de la réserve Chico Mendes, où déforestation et violences ont ciblé les populations locales, illustre le lien étroit entre destruction écologique et atteintes aux droits humains.

70 % de la faune mondiale disparue : un massacre légal ?

Le constat ne concerne pas que le climat.

Le World Wide Fund for Nature, via son Rapport Planète Vivante 2024, indique que les populations mondiales de vertébrés sauvages ont chuté d’environ 70 % en 50 ans.

Le cinéaste Abraham Joffe dénonce l’illusion de  l’« utilisation durable », aussi appelée sustainable use en anglais.

« On peut légalement commercialiser une espèce jusqu’à sa disparition. »

Les conférences biodiversité attirent peu de médias comparées aux COP climat. L’indignation reste sélective et les actions ne sont pas assez concrètes.

Les économistes ont-ils minimisé la catastrophe ?

Le professeur Steve Keen, économiste iconoclaste, accuse frontalement une partie de la discipline :

« On nous a expliqué que 3 ou 4 degrés de réchauffement ne réduiraient le PIB mondial que de 10 à 20 %. C’est une négligence criminelle. »

Il vise notamment les travaux de William Nordhaus, prix Nobel d’économie, qui ont longtemps estimé que la majorité de l’économie serait peu affectée par le climat.

Selon Keen « Si les dommages sont catastrophiques, ceux qui nous ont induits en erreur doivent en répondre. »

La question devient explosive : l’écocide pourrait-il inclure la négligence intellectuelle ?

L’Europe avance… puis recule ?

Marine Yzquierdo, avocate française, rappelle que la Belgique a déjà intégré l’écocide dans son code pénal. L’Union européenne introduit des infractions environnementales renforcées.

Mais Toni Vidan, président du Bureau européen de l’environnement, alerte :

« Avec la montée de l’extrême droite au Parlement européen, on tente de démanteler le Green Deal. »

Le combat est politique autant que juridique.

L’écocide, solution miracle pour responsabiliser?

Non, répond Sue Miller : « Ce n’est pas une baguette magique. Ce n’est pas seulement une question de droit, mais de volonté. »

Gabriel Vincent Tese, avocat américain, met en garde contre la polarisation : « Si cela reste partisan, cela échouera. Il faut rassembler. »

Luisa Neubauer conclut sur une note à la fois lucide et déterminée :

« En 2017, cela semblait impossible. Pourtant, des gens ont travaillé sans voir le sommet de la montagne. C’est à nous de faire ce travail aujourd’hui. »

L’introduction de l’écocide dans le Statut de Rome constituerait une révolution juridique comparable à la reconnaissance des crimes contre l’humanité.

Mais au-delà des tribunaux, une question demeure :
sommes-nous prêts à considérer la destruction du vivant non plus comme une externalité économique, mais comme une atteinte fondamentale à l’humanité elle-même ?

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