En juillet 2025, à Amsterdam, une manifestation propalestinienne battait son plein. De nombreux drapeaux palestiniens flottaient mais un arborait le visage de Che Guevara en son centre. Pour quelle raison le visage du Che se retrouve-t-il imprimé sur un drapeau palestinien? Comment le Che est-il devenu une icône de la contestation et de la révolution à travers le monde?
Les origines et le voyage fondateur de Che Guevara
Ernesto Guevara de la Serna est né à Rosario en Argentine en 1928. Après des études secondaires, il entame des études de médecine à l’Université de Buenos Aires. Une année avant la fin de ses études, il décide d’aller découvrir le continent sud-américain en compagnie d’un ami, Alberto Granado.
C’est ainsi qu’il découvre la pauvreté dans laquelle vivent de nombreux Sud-Américains. C’est en partie ce voyage qui l’a poussé à devenir marxiste.
De retour au pays, il termine ses études et entame un second voyage en compagnie d’un ami. Ce voyage va cette fois le mener jusqu’au Guatemala où il va rencontrer des révolutionnaires cubains castristes.
La révolution cubaine et la naissance du « Che »
Suite au mouvement du 26 juillet 1953 à Cuba, c’est-à-dire la tentative de prise de la caserne de La Moncada menée par un certain Fidel Castro contre le régime de Fulgencio Batista, Castro et ses hommes essuient un échec et sont emprisonnés.
En 1955, Castro et ses hommes sont amnistiés à la condition de quitter le pays. Ils se rendent donc au Mexique où ils vont faire la connaissance de Guevara.
En 1958, Fidel Castro, Guevara et 80 hommes se rendent à Cuba sur un navire de fortune, le Granma. Le navire va faire naufrage sur la côte de Cuba et seule une vingtaine d’hommes survivent, y compris Castro et Guevara.
Malgré cette infortune, ils se rendent dans la forêt, la Sierra Maestra. C’est le début de la guérilla contre le régime de Batista. C’est durant cette guérilla que Guevara va officiellement être surnommé Che Guevara.
Le mot « che » est très utilisé en Argentine, en Uruguay et au Paraguay. Il signifie « eh mec » ou « eh toi ». Guevara utilisant souvent ce terme, les autres guérilleros l’appelaient ainsi, et le surnom est resté.
En 1959, Fidel Castro entame une vaste opération où lui et son frère Raúl doivent se rendre à Santiago, la deuxième plus grande ville de Cuba. Camilo Cienfuegos, ami de Guevara et commandante, part pour La Havane, et Che Guevara, qui est également commandante, se dirige vers Santa Clara, ville située à mi-chemin entre Santiago et La Havane. Le but est de s’emparer des villes et du pouvoir.
À Santa Clara, Che Guevara rencontre un obstacle : Batista est sur le point d’y envoyer un train blindé et des soldats. Le Che et ses hommes déraillent alors le train avant son arrivée et les soldats présents dans le train se rendent.
Camilo et les frères Castro étant également victorieux et Batista s’étant enfui en République dominicaine, Fidel Castro devient le nouveau dirigeant cubain.
Les responsabilités politiques de Che Guevara à Cuba
Che Guevara devient directeur de la Banque nationale de Cuba en 1959 et est envoyé à l’étranger en tant qu’ambassadeur auprès de différents dirigeants afin de vendre du sucre, production principale de Cuba. Il va alors se rendre dans plusieurs pays du Sud global (Égypte, Inde, Chine).
De son côté, Fidel Castro se rend aux États-Unis afin de pouvoir signer un accord commercial avec Washington. Cependant, devant le refus du président Eisenhower, il se tourne vers l’URSS qui accepte de signer l’accord en 1960.
La même année, alors qu’un navire en provenance de Belgique contenant des armements arrive au port de Cuba, il explose. Che Guevara, parti constater les dégâts, est pris en photo par le photographe Alberto Korda. Cette photo fera le tour du monde et demeure l’une des images iconiques les plus connues du XXe siècle.
En 1961, il devient ministre de l’Industrie.
Les tentatives de révolution en Afrique et en Amérique du Sud
Cependant, il demeure de plus en plus sceptique concernant l’URSS. Ainsi, lors d’un discours prononcé à Alger en 1965, il déclare que les pays de l’Occident s’enrichissent grâce aux richesses des pays du Sud et que les pays du bloc de l’Est sont complices de cette situation.
Suite à ce discours et à son retour à Cuba, Fidel Castro et Che Guevara s’entretiennent une nuit entière. On ignore ce qui s’est dit, mais le Che exprime le désir de quitter Cuba dans les jours qui suivent.
Avant de quitter Cuba, le Che rassemble des hommes pour l’accompagner au Congo, où il souhaite mener une guérilla. Il s’en va donc déguisé pour la Tanzanie en 1966 avec ses hommes.
Après avoir traversé le lac Tanganyika, ils arrivent à destination. La guérilla se révèle être un échec, notamment parce que les combattants congolais fuyaient en entendant les coups de feu. Il se voit alors contraint de rentrer en Tanzanie et envisage ensuite d’organiser une guérilla en Bolivie.
Il repart incognito à Cuba, où il revoit sa femme et ses enfants une dernière fois, ainsi que Fidel Castro. Par la suite, il se rend en Bolivie avec d’autres guérilleros, environ une vingtaine.
Lorsqu’il arrive déguisé en Bolivie, un homme du nom de Monje, membre du Parti communiste bolivien, vient le trouver. Le Parti est prêt à apporter son aide à la guérilla, mais en échange Monje souhaite prendre le commandement de cette dernière. Le Che refusant, tout lien est rompu avec Monje et le Parti communiste : les guérilleros devront se débrouiller seuls.
D’autres personnes les rejoignent durant la guérilla, notamment le journaliste français Régis Debray, le peintre bolivien Ciro Roberto Bustos, ou encore l’Argentine Tamara Bunke, surnommée Tania la guérillera.
Pour des raisons pratiques, le Che demande à Debray et Bustos de partir. Cependant, le 20 avril 1967, ils sont arrêtés par la police bolivienne et finissent par avouer que Che Guevara est à la tête d’une guérilla sur leur territoire.
Par la suite, les événements s’enchaînent entre batailles et désertions. Finalement, le 7 octobre 1967, les Boliviens parviennent à capturer Che Guevara et il est emprisonné dans une école située à La Higuera. Deux jours plus tard, sur ordre du président bolivien René Barrientos, il est fusillé dans cette école.
La mort du Che et la naissance d’un mythe
Suite à son décès, son corps est transporté à Vallegrande, où il est pris en photo, la posture de son corps rappelant celle du Christ. Son exécution est ensuite médiatisée jusque dans les pays occidentaux. Il devient alors le guerrillero heroico, mort en martyr.
Son corps, ainsi que ceux de plusieurs de ses compagnons, est rapidement enterré dans la même ville par les autorités boliviennes. Cependant, 30 ans après sa mort, en 1997, des fouilles sont entreprises par les services cubains qui auraient découvert les ossements du Che et de ses hommes, même si certains historiens restent prudents.
Dans tous les cas, un magnifique mausolée lui est construit à Santa Clara, à Cuba, où se trouveraient aujourd’hui ses restes, rapportés par le gouvernement cubain.
Une idéologie va également naître de ses principes : le guévarisme. Cette idéologie politique est marxiste et s’oppose donc au capitalisme. Elle se caractérise par la lutte révolutionnaire contre l’injustice sociale, l’impérialisme ainsi que le capitalisme.
Le Che est devenu le symbole de la révolution. Issu d’un milieu aisé et étant médecin, il a pourtant délaissé une vie facile pour se mettre au service des plus pauvres et des plus démunis à travers les guérillas.
L’écrivain hispano-mexicain Paco Ignacio Taibo II disait du Che : « Il a essayé de vivre selon ses propres idées, jusqu’au bout. »
La fameuse photo prise par Alberto Korda est aujourd’hui encore très utilisée, que ce soit sur des posters, des T-shirts, des badges, des casquettes, des chaussures ou des pendentifs. L’artiste Andy Warhol l’a immortalisée dans une sérigraphie de neuf portraits.
« Che Guevara était un mythe de son vivant et un martyr après sa mort. » – John Lee Anderson, biographe et journaliste
Guevara dépasse donc la simple figure historique et est devenu un symbole universel de la révolution.


