Le 3 janvier 2026, Nicolas Maduro, président du Venezuela, aurait été arrêté avec son épouse par l’armée américaine. Afin de justifier cette intervention dans un pays étranger, considérée comme illégale au regard du droit international, le président américain Donald Trump a invoqué la doctrine Monroe. Mais qu’est-ce donc que la doctrine Monroe ?
La naissance de la doctrine Monroe et de l’Amérique latine indépendante
James Monroe, ancien secrétaire d’État américain au XIXᵉ siècle, ambassadeur en Grande-Bretagne et en France sous le Directoire, était bien conscient du penchant colonialiste des puissances européennes. En 1823, alors qu’il est le cinquième président des États-Unis, il formule une déclaration qui repose sur plusieurs principes : les États-Unis reconnaissent les nouveaux États d’Amérique latine ; ils affirment que toute intervention européenne sur le continent américain serait perçue comme une menace ; enfin, ils entendent limiter l’influence européenne dans l’hémisphère occidental.
Dans le même temps, l’Amérique latine s’émancipe de l’Espagne, notamment grâce à une figure majeure originaire du Venezuela : Simón Bolívar, surnommé El Libertador. Inspiré par les idées des Lumières et de la Révolution française, il milite pour l’indépendance du continent. Avec l’aide du général José de San Martín, actif plus au sud, une grande partie de l’Amérique du Sud accède progressivement à l’indépendance. Les États actuels se forment ensuite au fil du XIXᵉ siècle. Le Mexique obtient également son indépendance durant cette période.
Républiques bananières et dictatures : de nouveaux régimes politiques en Amérique latine
En 1899 est fondée la United Fruit Company. Cette entreprise américaine s’implante en Amérique centrale et finit par contrôler une grande partie de l’exportation de la banane, produit majeur de ces économies. Les dirigeants locaux signent avec elle des accords qui favorisent son implantation, mais qui affaiblissent la souveraineté nationale. Les paysans sont souvent dépossédés de leurs terres et se retrouvent sans ressources.
Ces petits États d’Amérique centrale, faiblement peuplés, voient ainsi leur souveraineté fragilisée par les intérêts économiques étrangers. On parle alors de « républiques bananières ». Cette expression apparaît en 1904 sous la plume de l’écrivain O. Henry, qui décrit le Honduras comme une « petite république bananière maritime » (a small maritime banana republic).
Par ailleurs, plusieurs dictatures émergent en Amérique latine au XXᵉ siècle, parfois avec le soutien ou l’influence des États-Unis, notamment dans le contexte de la Guerre froide. L’exemple le plus connu est celui d’Augusto Pinochet, arrivé au pouvoir au Chili en 1973 à la suite d’un coup d’État contre Salvador Allende, dans un contexte de tensions idéologiques et d’intervention indirecte des États-Unis.
D’autres cas existent, comme celui du Guatemala, où Jacobo Árbenz est renversé en 1954 lors d’une opération soutenue par la CIA. Ces interventions s’inscrivent dans une logique de lutte contre l’influence communiste, souvent justifiée par une interprétation élargie de la doctrine Monroe.
La seule exception est le cas de Cuba
Dans le contexte de la Guerre froide, l’objectif principal des États-Unis est d’empêcher l’expansion du communisme en Amérique latine. Cuba constitue une exception notable.
En 1959, Fidel Castro prend le pouvoir après une révolution qui renverse Fulgencio Batista, ancien dirigeant soutenu par les États-Unis. Après une tentative de rapprochement initial avec Washington, Castro se tourne vers l’Union soviétique en 1960, intégrant ainsi Cuba dans le bloc de l’Est.
En 1962, sous la présidence de John F. Kennedy, un embargo économique est instauré contre l’île. En 2008, Fidel Castro cède le pouvoir à son frère Raúl Castro. La même année, Barack Obama est élu président des États-Unis et amorce un rapprochement diplomatique avec Cuba, notamment par un assouplissement des relations. Toutefois, cette politique est en partie remise en cause lors de la présidence de Donald Trump.
La doctrine Monroe : toujours d’actualité ?
Après la fin de la Guerre froide, et notamment à la suite des guerres du Golfe et des attentats du 11 septembre 2001, l’attention stratégique des États-Unis se déplace vers le Moyen-Orient. Par ailleurs, l’ascension de la Chine comme puissance mondiale constitue désormais un enjeu majeur pour Washington.
Cependant, l’hypothèse d’une intervention américaine au Venezuela en janvier 2026, présentée comme une opération visant à lutter contre le narcotrafic, relance le débat sur l’actualité de la doctrine Monroe. Selon certaines déclarations, cette opération, baptisée Absolute Resolve, aurait été menée dans un contexte de tensions croissantes dans la région, notamment avec le déploiement de forces américaines dans la mer des Caraïbes.
Une telle intervention soulèverait d’importantes questions juridiques, notamment en matière de souveraineté et de respect du droit international. L’administration américaine justifierait son action en la présentant non comme une intervention militaire, mais comme une opération ciblée contre des activités criminelles.
Dans ce contexte, certains observateurs évoquent une réinterprétation contemporaine de la doctrine Monroe, parfois qualifiée de manière informelle de « doctrine Donroe », en référence à Donald Trump. Cette lecture plus interventionniste viserait à affirmer une influence renforcée des États-Unis sur l’ensemble du continent américain, avec des motivations à la fois sécuritaires et économiques.
Cette évolution s’inscrirait dans une stratégie plus large, notamment en lien avec les ressources énergétiques du Venezuela, dont les nationalisations passées ont conduit au départ de compagnies étrangères. Elle pourrait également raviver les tensions avec d’autres États de la région, comme Cuba, où la question du régime politique reste un point de friction avec Washington.


