ANTANANARIVO, 28 avril (Le Parisien Matin) – Un diplomate français a été expulsé de Madagascar pour déstabilisation présumée. Sur fond de tensions politiques et de soupçons de complot contre le leader Michael Randrianirina, l’ambassadeur Arnaud Guillois a été sommé de renvoyer ce membre du personnel, aggravant une crise bilatérale sans précédent.
Une expulsion pour ingérence et déstabilisation
Les motifs précis de cette éviction restent officiellement protégés par le secret d’État, bien que les termes employés par le ministère malgache soient dénués de toute ambiguïté diplomatique. On reproche à ce diplomate français une conduite incompatible avec son statut international, une formulation codée qui dissimule souvent des soupçons d’espionnage ou d’immixtion directe dans la politique intérieure du pays hôte. Selon des sources proches du dossier à Antananarivo, l’individu évincé appartiendrait aux services de sécurité de l’ambassade. Cette mesure de rétorsion intervient alors que le pouvoir en place mène une enquête de grande envergure sur une tentative d’assassinat visant le chef de la transition. Pour les autorités insulaires, l’implication de réseaux étrangers est une certitude, et ce diplomate français se retrouve au cœur des suspicions.
Le contexte d’une instabilité politique chronique
Le pays vit sous une tension permanente depuis que le colonel Michael Randrianirina a pris les rênes du pouvoir à l’automne dernier. Ce changement de régime, survenu après l’éviction d’Andry Rajoelina sous la pression de manifestations populaires, n’a pas apporté la stabilité promise. Au contraire, les critiques se multiplient contre l’administration actuelle, jugée trop lente à engager des réformes structurelles contre la corruption. Dans ce contexte électrique, chaque diplomate français est perçu par le pouvoir comme un relais potentiel de l’opposition exilée. Amnesty International dénonce un climat de peur instauré pour faire taire la dissidence, tandis que les rumeurs persistantes d’arrivée de mercenaires étrangers alimentent la paranoïa sécuritaire du régime de transition.

Les vieux démons de la Françafrique
Au-delà de l’incident technique, c’est l’influence historique de la France qui est remise en question. Les griefs s’accumulent, allant du dossier ultrasensible des îles Éparses à l’exfiltration controversée de l’ancien président Rajoelina vers Paris. Le gouvernement de transition fustige le rôle de la France, l’accusant de protéger des opposants politiques malgaches sur son sol. Ces derniers utiliseraient la capitale française comme une base arrière pour déstabiliser l’île via les réseaux sociaux. L’expulsion d’un diplomate français agit donc comme un symbole de résistance pour un régime qui cherche à s’émanciper d’une tutelle jugée coloniale. Cette décision s’inscrit dans une volonté globale de dénoncer les réseaux de la Françafrique encore actifs dans la région.
Un basculement géopolitique vers de nouveaux alliés
Le colonel Michael Randrianirina ne cache plus son intention de diversifier ses partenariats stratégiques. Face au retrait progressif de l’influence française, Madagascar se tourne vers des puissances émergentes. Comme le souligne un expert en géopolitique africaine basé dans la région :
« L’expulsion de ce diplomate français est le signal clair que Madagascar souhaite désormais s’appuyer sur la Russie pour sa sécurité et sur la Chine pour ses besoins en infrastructures. »
Cette stratégie de balisage compétitif vise à réduire la dépendance historique envers le Quai d’Orsay. En isolant ainsi un diplomate français, Antananarivo teste la résilience de Paris. Si la France devrait répondre par une mesure de réciprocité en renvoyant des fonctionnaires malgaches, le fossé diplomatique n’a jamais semblé aussi profond entre les deux nations.
Une rupture qui redessine les alliances africaines
Cette éviction marque un tournant symptomatique d’un basculement géopolitique plus vaste dans l’Océan Indien. En s’attaquant au maillon sécuritaire de l’ambassade, Antananarivo valide la fin du pacte tacite de la Françafrique et s’aligne sur la stratégie de rupture déjà observée au Sahel. Pour Paris, cet affront est un revers majeur qui fragilise sa souveraineté sur les îles Éparses et menace ses intérêts stratégiques face à l’appétit croissant de Moscou et Pékin dans la région. Ce divorce diplomatique pourrait bien servir de catalyseur à d’autres nations africaines cherchant à renégocier leurs accords de défense, poussant l’Union européenne à repenser urgemment sa présence diplomatique pour éviter un isolement total sur le continent.


