Les menaces de Moscou et les bases désignées
Le Service des renseignements extérieurs de la Russie a pris la mesure inhabituelle de nommer publiquement cinq installations militaires lettones, dont les bases d’Adazi et de Lielvarde, où il affirme que des équipes d’UAV ukrainiennes se sont déployées pour frapper le nord-ouest du territoire russe. Les autorités de Moscou ont explicitement déclaré que les coordonnées des centres de décision en Lettonie étaient bien connues et que l’adhésion à l’Alliance atlantique ne constituerait pas un bouclier contre ce qu’elles considèrent comme un juste châtiment. Selon le diplomate russe, en autorisant ces lancements, l’État balte devient un complice actif du terrorisme et représente donc une cible militaire légitime pour la Russie.
L’ambassadeur a insisté sur le fait que la protection de l’OTAN ne s’appliquerait pas en cas de riposte ciblée. Les avertissements incluent des menaces de frappes de décapitation contre les ministères et les quartiers généraux militaires situés à Riga.
Les démentis de la Lettonie et de l’Ukraine
L’envoyé de l’Ukraine auprès de l’ONU, Andriy Melnyk, a rejeté en bloc les affirmations de la Russie, les qualifiant de contes de fées. Il a noté que les attaques russes contre les civils ukrainiens avaient fait de la première moitié de mai l’une des périodes les plus meurtrières depuis le début de l’invasion à grande échelle. Un porte-parole du ministère ukrainien des Affaires étrangères a également présenté ses excuses à l’Estonie pour un incident distinct, tout en insistant sur le fait que Kiev n’utilisait pas les territoires baltes pour mener des opérations militaires contre la Russie.
« Les services de renseignement étrangers russes ont clairement indiqué que les coordonnées des centres de décision en Lettonie sont bien connues, et l’appartenance à l’OTAN ne vous protégera pas des représailles, même si vous êtes membre de l’OTAN », a déclaré Vassili Nebenzya par l’intermédiaire d’un interprète.

Une stratégie russe pour diviser l’Europe élargie
Cette offensive sémantique contre Riga marque un tournant dangereux dans la stratégie de déstabilisation des frontières de l’Union européenne. En ciblant délibérément le maillon central des États baltes au moment précis où ses institutions vacillent, Moscou tente d’épuiser les opinions publiques occidentales et de paralyser les processus décisionnels européens. Pour la France et ses partenaires, cette manœuvre va bien au-delà de la simple rhétorique diplomatique. Elle représente un test grandeur nature de la solidarité européenne et de la dissuasion globale. Face à la multiplication de ces provocations hybrides, qui oscillent constamment sous le seuil du conflit ouvert, l’Europe se retrouve contrainte de repenser urgemment la résilience de ses infrastructures face aux interférences technologiques et politiques.
Forte condamnation des États-Unis à l’ONU
La représentante adjointe des États-Unis à l’ONU, Tammy Bruce, a fermement condamné la rhétorique utilisée par la Russie lors de la séance. Elle a averti que les Nations unies n’étaient pas un lieu pour proférer des menaces contre un membre du Conseil et a réitéré l’engagement total de Washington envers l’article 5 du traité de l’OTAN, qui stipule qu’une attaque armée contre un membre est considérée comme une attaque contre tous.
Cette escalade verbale survient après que l’Ukraine a accusé la Russie d’avoir redirigé un drone vers l’espace aérien de l’Estonie, où un avion de l’OTAN l’a abattu. Cet incident frontalier a provoqué de vives alertes de menace aérienne en Lettonie, poussant les autorités à mobiliser les avions de la police du ciel de l’OTAN et à demander aux résidents proches de la frontière de rester confinés.


