L’étau économique et énergétique se resserre
Face aux ambitions occidentales affichées par le Premier ministre Nikol Pachinian, le Kremlin a déjà activé de puissants leviers de représailles. La Russie a récemment imposé des restrictions ciblées sur l’importation de produits agricoles issus de l’Arménie, notamment les eaux minérales. Plus inquiétant encore, Moscou menace de suspendre ses livraisons de gaz et de pétrole hautement subventionnés, dont le pays dépend à hauteur de 82 %. Une exclusion définitive de l’Union économique eurasiatique provoquerait un choc financier immédiat pour l’Arménie.
Selon les données douanières, la Fédération de Russie représente environ 35 % du commerce extérieur global de l’Arménie, tandis que l’Union européenne n’en pèse pour l’instant que 11 %. De plus, la centrale nucléaire de Metsamor, qui génère près de 40 % de l’électricité nationale, fonctionne exclusivement grâce au combustible fourni par le géant d’État russe Rosatom, accentuant cette vulnérabilité structurelle.
Un scrutin législatif aux allures de référendum
Cette pression régionale coordonnée intervient à un moment politique charnière. Des élections législatives cruciales se tiendront le 7 juin prochain. Ce scrutin oppose le parti Contrat civil de Nikol Pachinian, en tête avec 30 % des intentions de vote, à une coalition de dix-huit partis d’opposition majoritairement prorusses.
Les vifs débats illustrent la fracture profonde de la société civile face à ce dilemme existentiel. L’opposition, portée par des figures comme le milliardaire Samvel Karapetian ou l’ex-président Robert Kotcharian, qualifie la diplomatie occidentale du gouvernement de pari suicidaire pour l’Arménie. De son côté, le Premier ministre tente de rassurer les électeurs en qualifiant les menaces eurasiatiques de manœuvres d’ingérence politique, affirmant qu’il résoudra la crise par le dialogue direct avec ses partenaires après le vote.
Le casse-tête des alternatives logistiques
Pour s’affranchir de la tutelle russe, l’Arménie explore de nouvelles voies d’approvisionnement, mais les obstacles physiques restent immenses. L’extension de l’accord de troc gaz contre électricité avec l’Iran constitue une piste, tout comme le projet de transit TRIPP soutenu par les États-Unis. Toutefois, toute marchandise ou ressource alternative doit obligatoirement transiter par la Géorgie, véritable goulet d’étranglement logistique de la région.
À Bruxelles, l’Union européenne réaffirme le droit souverain de l’Arménie à choisir ses partenaires commerciaux et déploie une équipe de réponse rapide face aux cybermenaces. Néanmoins, les experts européens reconnaissent qu’un pays ne peut techniquement pas respecter les tarifs douaniers de l’UEE tout en s’alignant sur le marché unique européen. À Erevan, les petits partis pro-occidentaux de la capitale se préparent à jouer les faiseurs de rois pour exiger une rupture définitive avec Moscou. La stabilité économique de l’Arménie dépend désormais de ce choix historique.
« Quoi qu’il advienne, cela n’endommagera pas nos liens humanitaires ni nos liens politiques ; tout doit être pesé, soigneusement considéré, et une décision doit être prise. » – Vladimir Poutine, Président de la Fédération de Russie.


