BRUXELLES, 21 juin (Le Parisien Matin) – Le Haut-Commissaire des Nations Unies aux droits de l’homme, Volker Türk, a exprimé sa profonde préoccupation concernant l’adoption d’un nouveau règlement européen sur l’immigration.
Ce texte, voté récemment par le Parlement européen, vise à harmoniser et durcir les procédures d’expulsion des migrants et des demandeurs d’asile en situation irrégulière au sein de l’Union européenne.
Ce nouveau cadre législatif autorise les États membres à accroître le recours à la détention avant expulsion. Il permet également la création de centres de transfert, surnommés « hubs de retour », situés dans des pays tiers, à condition que ces États partenaires respectent les droits humains et le droit international.
La mise en garde des Nations Unies
Le responsable onusien a souligné que ces mesures pourraient fragiliser la protection des personnes les plus vulnérables. Il s’oppose fermement à la perspective que les pays européens se dédouanent de leurs responsabilités légales en déléguant la gestion des flux migratoires à des entités extérieures.
Volker Türk a déclaré :
« Dans ce contexte, les États membres de l’UE ne peuvent pas se contenter de déléguer leurs obligations en matière de droits de l’homme à des États tiers. La détention et le renvoi vers d’autres pays de personnes vulnérables, notamment d’enfants, constituent un exercice particulièrement sensible du pouvoir de l’État et comportent un risque élevé de violations des droits de l’homme. La protection des droits de l’homme et de la dignité doit être placée au premier plan tout au long du processus, tant dans les faits qu’en droit. ».
Un climat politique polarisé
Le vote final au Parlement européen a cristallisé les tensions politiques au sein de l’hémicycle. Alors que la mesure a été adoptée par 418 voix contre 218, la séance a été marquée par des échanges verbaux virulents entre les groupes parlementaires, illustrant une fracture profonde sur la gestion migratoire.
Parmi les durcissements notables, la législation double la durée des interdictions d’entrée sur le territoire, pouvant atteindre dix à vingt ans. De plus, les garanties entourant les recours suspensifs sont réduites, permettant désormais l’expulsion d’individus même lorsque leurs procédures judiciaires sont encore en cours.
Les critiques des organisations humanitaires
Plusieurs acteurs de la société civile, dont Human Rights Watch, ont vivement critiqué ces réformes dès leur phase de proposition. Ces organisations estiment que ces nouvelles règles ne répondent pas aux obstacles réels rencontrés lors des retours, notamment le manque de coopération des pays d’origine.
L’inquiétude porte également sur la durée de la détention, qui peut désormais atteindre deux ans dans certains cas. Les défenseurs des droits humains craignent que cette politique ne traite les migrants comme des menaces sécuritaires, au détriment d’une approche centrée sur la dignité humaine.


