PARIS, 12 juillet (Le Parisien Matin) – L’armée de Terre a présenté publiquement un système mobile de lancement de drones FPV monté sur un véhicule Ford Ranger. Cette démonstration constitue une première pour l’OTAN, marquant l’intégration d’équipements mobiles pour essaims de drones au sein d’une structure de brigade permanente. Le système a été présenté par le 1er régiment d’infanterie de marine (1er RIMa).
La plateforme utilise un véhicule utilitaire modifié pour accueillir un système de lancement vertical capable de déployer des essaims de drones d’attaque coordonnés. Ce déploiement sert de modèle institutionnel articulé en trois pelotons pour intégrer la saturation et la reconnaissance par drones FPV dans les forces terrestres alliées.
Ce lanceur applique les enseignements du front ukrainien, où les drones FPV ont transformé la guerre de tranchées en conflit asymétrique. Le système applique des doctrines axées sur la saturation de masse et l’hypermobilité, protégeant les opérateurs via une coordination centralisée. Les agences d’approvisionnement de la défense des pays baltes et de l’OTAN étudient ce modèle français comme référence pour la guerre robotique.
Organisation du modèle à trois pelotons
Le 1er RIMa a structuré son escadre de drones autour de trois pelotons spécialisés exécutant l’intégralité du cycle de détection et de frappe sans appui extérieur. Le premier peloton gère l’acquisition d’objectifs et la surveillance grâce à des drones à voilure fixe eBee Vision, offrant une portée supérieure à 20 kilomètres et une autonomie de 40 minutes. Ces vecteurs explorent le terrain, repèrent les cibles et transmettent les données au peloton de commandement qui traite le renseignement et autorise le tir.
Le troisième peloton exécute la frappe. Ses véhicules transportent des conteneurs hébergeant des quadricoptères FPV d’attaque unidirectionnelle et des munitions kamikazes lancés verticalement depuis le camion en mouvement. Les communications transitent par la constellation de satellites en orbite basse Starlink de SpaceX, offrant une connectivité globale et une bande passante indépendante du relief.
Les autorités militaires reconnaissent que cette dépendance envers une plateforme américaine représente une vulnérabilité à moyen terme nécessitant une alternative européenne. L’architecture repose sur une asymétrie financière nette. Un missile antichar Akeron MP coûte environ 200 000 euros par tir, contre 3 000 à 5 000 dollars pour un drone FPV. Lors de l’exercice Hedgehog 2025 en Estonie, le peloton du 1er RIMa, représentant 5 % des effectifs tactiques, a causé 20 % des pertes ennemies simulées en neutralisant deux véhicules de combat Bradley américains sans tirer aucun missile Akeron MP.

Limites et vulnérabilités du système
L’architecture conserve des limites face à la guerre électronique. Les drones FPV contrôlés par radiofréquence demeurent vulnérables au brouillage et au leurrage GPS. La Russie déploie depuis le printemps 2024 des drones guidés par fibre optique, déroulant un câble en vol afin de créer une liaison indétectable et insensible aux contre-mesures.
Les équipements du 1er RIMa ne disposent pas encore de guidage filoguidé. Selon des données d’experts publiées en décembre 2025, la France se situe à deux ans du déploiement de drones autonomes capables de poursuivre leur mission après une perte de liaison. La dépendance au réseau Starlink constitue également un point critique identifié par le commandement militaire.
Défilé aérien et présence ukrainienne
Le programme aérien a mobilisé 98 avions et 32 hélicoptères au-dessus de Paris, contre 65 avions et 29 hélicoptères en 2025. Le survol a débuté par la Patrouille de France encadrée par deux chasseurs Mirage 2000B armés par des équipages franco-ukrainiens, réunissant instructeurs français et élèves pilotes ukrainiens. L’un des avions arborait une livrée spéciale aux couleurs ukrainiennes.
Cette présence marque l’intégration de pilotes ukrainiens formés sur les bases de Nancy-Ochey et Cazaux, suite au transfert de chasseurs Mirage 2000-5F décidé en juin 2024 et concrétisé en février 2025. Le passage aérien nommé Entrée en Premier: Intervention a rassemblé des avions de chasse allemands, grecs, suédois et britanniques aux côtés de Rafale B des Forces aériennes stratégiques. La composante aéronavale a aligné 13 Rafale M et un avion E-2C Hawkeye.
Ressources financières et commandes
La révision de la loi de programmation militaire du 8 avril 2026 fixe le budget de défense à 449 milliards d’euros pour la période 2024-2030. Les dépenses annuelles de 57,1 milliards d’euros en 2026 atteindront 76,3 milliards d’euros en 2030, soit 2,5 % du produit intérieur brut. Le volet réservé aux drones totalise 8,4 milliards d’euros d’ici 2030, intégrant 2 milliards d’euros ajoutés en avril pour accélérer la robotisation.
La France a commandé 10 000 drones de combat pour 2026, avec 5 000 unités supplémentaires programmées. La loi prévoit une hausse de 400 % des stocks de munitions téléopérées d’ici 2030. La France a annulé le drone tactique Safran Patroller et sa participation au projet Eurodrone MALE, qualifié de « le drone d’hier » par le chef d’état-major de l’armée de l’Air et de l’Espace. Les crédits sont réorientés vers des systèmes souverains moins coûteux. Le rapport des députés Thomas Gassilloud et Damien Girard préconise la formation FPV obligatoire pour tous les élèves officiers. La DGA a livré 1 000 micro-drones de reconnaissance à l’armée de Terre avant l’exercice ORION 2026, l’objectif atteignant 20 000 drones.


