PARIS, 15 juillet (Le Parisien Matin) – Six femmes, pour la plupart de nationalité américaine, ont officiellement déposé plainte ce mercredi en France contre Gérald Marie. L’ancien dirigeant européen de l’agence de mannequins Elite se retrouve au cœur d’une nouvelle procédure judiciaire, accusé de viols et de traite d’êtres humains pour des faits remontant aux années 1980 et 1990. Ces plaignantes, aujourd’hui âgées de 45 à 65 ans, cherchent à obtenir justice dans un dossier qui secoue de nouveau le monde de la mode internationale.
Des allégations au sein de l’agence Elite
Le nom de Gérald Marie est historiquement associé à l’ascension de supermodèles emblématiques comme Naomi Campbell, Claudia Schiffer ou Cindy Crawford. Cette nouvelle série de plaintes intervient dans un contexte de dénonciations répétées contre l’ancien cadre dirigeant. Parmi les plaignantes, deux femmes ont décidé de témoigner pour la toute première fois. L’une d’entre elles affirme avoir été abusée sexuellement par l’homme, aujourd’hui âgé d’environ 75 ans, alors qu’elle était encore mineure. Selon les éléments communiqués, les agressions auraient eu lieu au domicile de Gérald Marie, profitant notamment de l’absence de sa compagne de l’époque, le mannequin Linda Evangelista.
Le mécanisme de coercition dénoncé
Les dossiers déposés par les plaignantes auprès des autorités françaises mettent en lumière une méthode opératoire récurrente. Selon les avocats, ces actes ne seraient pas isolés mais résulteraient d’un système mis en place sur plusieurs décennies. L’accusation souligne que le mis en cause aurait exploité sa position hiérarchique au sein de l’agence pour soumettre de jeunes femmes, parfois mineures, à des relations sexuelles contraintes. La plainte déposée par le groupe de victimes résume cette dynamique de pouvoir :
« Marie, alors à la tête d’une agence internationale de mannequins avec une présence majeure à Paris, aurait, sur plusieurs décennies, utilisé l’autorité, l’influence et le pouvoir conférés par son rôle pour obtenir des relations sexuelles forcées avec de nombreuses jeunes femmes, dont certaines étaient mineures. »
La défense conteste les accusations
Face à ces nouvelles plaintes, la défense de Gérald Marie a immédiatement réagi. Par la voix de son avocate, Céline Bekerman, l’ancien patron d’agence a catégoriquement rejeté l’ensemble des allégations portées à son encontre. La défense fait valoir que ces événements, datant de plusieurs décennies, ont déjà fait l’objet d’enquêtes par le passé. L’avocate estime qu’il n’existe aucune base légale pour rouvrir des dossiers qui sont, selon elle, désormais prescrits et clos depuis longtemps, insistant sur le fait que la justice ne devrait pas être sollicitée pour des faits aussi anciens.
Une quête de justice face à la prescription
Ces nouvelles démarches judiciaires s’inscrivent dans une tentative plus large de relancer les poursuites, malgré les obstacles liés à la prescription. En 2023, une précédente enquête concernant des accusations similaires de viols et d’agressions sexuelles commises durant les années 80 et 90 avait dû être classée par les autorités judiciaires, précisément en raison de l’ancienneté des faits. Parmi les précédentes accusatrices figurait notamment l’ancien mannequin Carré Otis, qui avait dénoncé des agressions similaires.
Parallèlement, des voix s’élèvent pour demander une évolution législative en France, notamment pour supprimer les délais de prescription concernant les crimes sexuels, à l’instar de ce que réclament plusieurs militantes et victimes, dont la journaliste Lisa Brinkworth. Le dossier continue d’attirer l’attention des enquêteurs, notamment en raison de possibles connexions, évoquées par les plaignantes, avec les activités de Jeffrey Epstein, le financier américain condamné pour trafic sexuel.


