CASTELLANE, 16 août (Le Parisien Matin) – Le 17 août 1944, plus de 200 résistants encerclèrent la commune dès l’aube pour la libérer de l’occupation allemande, trois jours avant l’arrivée des troupes alliées prévue le 20 août.

L’assaut à l’aube depuis les hauteurs du Roc

L’offensive débuta au petit matin dans le sillage du Débarquement de Provence du 15 août. Les maquisards de la vallée du Verdon convergèrent vers Castellane et prirent position autour du village et sur les hauteurs du Roc.

Trois axes furent verrouillés. Des barrages furent installés sur la route de Digne-les-Bains au nord, à la sortie vers Grasse à l’est et sur la route de Draguignan au sud, pour empêcher toute fuite ou renfort.

Au cœur du village, les soldats allemands s’étaient retranchés dans la Poste, le cinéma et l’Hôtel du Levant. Depuis le Roc, les résistants bénéficièrent d’une position dominante.

Après environ trois heures d’affrontements, la garnison se rendit. Castellane fut libérée par la seule force de la Résistance, sans attendre l’armée américaine qui remontait du littoral.

Cinq résistants tombés pour la liberté

Cinq résistants perdirent la vie durant la matinée. D’autres avaient été tués les jours précédents, notamment lors des embuscades au col des Lèques. Les maquis rassemblaient des jeunes, agriculteurs, artisans et réfractaires au Service du Travail Obligatoire.

Issus des Francs-Tireurs et Partisans Français et de l’Organisation de Résistance de l’Armée, ils comptaient la figure de Marcel Sauvaire, dont le nom fut donné à la place centrale. Le Parcours des silhouettes retrace leur mémoire.

Pour ce 82e anniversaire, la matinée fut consacrée aux commémorations. Le départ du tour mémoriel fut fixé à 8 h 30 à la salle des fêtes. Les plaques d’Yves Nativi, François Sibilli, Mario Vettoretti, Marcel Sauvaire et Léon Victor furent honorées.

Une cérémonie avec dépôt de gerbes se tint au monument aux morts.

« Le devoir de mémoire reste au cœur de cette commémoration, afin de transmettre aux nouvelles générations l’histoire de celles et ceux qui se sont battus pour la liberté ».

Explique le maire Bernard Liperini.

Résistants positionnés sur les hauteurs du Roc dominant Castellane à l'aube

Véhicules d’époque, pétanque et bal populaire

Des véhicules militaires avec le Groupe de reconstitution de la Libération du Dauphiné et Libération des Alpes 44 s’installèrent sur la place. Ils participèrent à la première remontée historique de Saint-Raphaël le Dramont jusqu’à Grenoble.

Après les cérémonies, un apéritif fut offert par la municipalité sur la place Marcel-Sauvaire. L’après-midi se poursuivit à 14 h avec un concours de boules en doublettes, puis une démonstration à 18 h et le Grand bal de la Libération à 20 h 30 animé par Guinguette Chic.

En raison des défilés prévus à 11 h 00, 12 h 30 et 18 h 00, la circulation dans le centre fut modifiée. La Place Marcel Sauvaire et le boulevard Saint-Michel furent interdits aux véhicules de 07 h 00 à minuit.

L’axe Digne-Grasse, RD 4085, fut alterné ou brièvement coupé au passage des convois. Les parkings du Roc et de la Salle des Fêtes furent recommandés, avec signalisation temporaire aux entrées.

La force d’une libération sans attendre

L’histoire de Castellane n’est pas celle d’une ville délivrée, mais d’une ville qui se délivra elle-même. C’est ce qui rend le 17 août 1944 si particulier dans la chronologie de la Libération de la Provence.

Ailleurs, les communes attendirent la remontée des colonnes américaines débarquées à Saint-Raphaël. À Castellane, le vide laissé par le Débarquement fut une fenêtre, pas une attente.

Les maquis du Verdon avaient compris que la Wehrmacht, coupée de ses voies de communication, était vulnérable pendant 48 à 72 heures. Les trois barrages de Digne, Grasse et Draguignan ne furent pas de simples postes de contrôle : ce furent des verrous psychologiques.

Cette auto-libération explique la persistance du rituel. À Castellane, la mémoire n’est pas déléguée à une armée extérieure. Elle porte des noms de rues, de places, de voisins.

Marcel Sauvaire n’est pas une figure nationale, c’est une figure de proximité, et c’est pour cela que le parcours des plaques fonctionne encore. On ne célèbre pas une victoire militaire abstraite, on honore cinq jeunes tombés à quelques centaines de mètres de leurs maisons.

Le choix de mêler recueillement le matin et bal populaire le soir n’est pas anodin non plus. Il reprend exactement le schéma de 1944 : le combat à l’aube, l’exultation le soir.

La reconstitution avec le Groupe de reconstitution de la Libération du Dauphiné n’est pas une mise en scène folklorique. Elle fait le lien physique entre le Débarquement de Provence et la route Napoléon jusqu’à Grenoble, rappelant que Castellane fut le premier bouchon qui sauta sur cet axe.

À l’heure où les derniers témoins disparaissent, l’enjeu n’est plus de raconter la bataille, mais de faire comprendre pourquoi des agriculteurs et des réfractaires au STO prirent le risque d’attaquer une garnison retranchée dans une poste. C’est cette bascule du civil au résistant que la commune tente de transmettre, et qui donne à cette commémoration son poids actuel.

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