ARDENAY-SUR-MERIZE, 20 août (Le Parisien Matin) – L’usine Roxane Cristal-Roc, où sont produites les bouteilles d’eau Cristaline, fut concernée par les nouvelles restrictions d’usage de l’eau imposées par la préfecture de la Sarthe à partir du jeudi 20 août. La mesure fut prise en raison de la sécheresse qui affecta les nappes et les cours d’eau du département lors d’un été caniculaire.

Le site, implanté à une vingtaine de kilomètres à l’est du Mans, se retrouva au centre des interrogations sur l’impact de la sécheresse sur l’industrie de l’embouteillage.

Une ressource présentée comme géologiquement isolée

L’eau de source exploitée par le groupe ne provient pas des nappes de surface. Elle est puisée dans des nappes souterraines profondes et captives.

Selon le service de communication du groupe, « Ces réserves sont géologiquement isolées et indépendantes des nappes phréatiques de surface ». Par conséquent, elles ne subissent pas l’impact immédiat et direct de la sécheresse ou des vagues de chaleur qui affectent les cours d’eau superficiels.

Cette configuration géologique fut avancée pour expliquer la résilience du site face aux épisodes de canicule observés en Sarthe.

Malgré cette isolation, l’activité industrielle resta soumise au droit commun. Les autorisations de prélèvement reposèrent sur des arrêtés préfectoraux stricts.

« Les épisodes de sécheresse et les restrictions sur l’eau ont des incidences variables mais strictement réglementées sur les sites de production de bouteilles d’eau Cristaline, notamment le site sarthois d’Ardenay-sur-Mérize ».

Indiqua le service de communication du groupe.

Le groupe précisa également :

« À l’instar de tous les autres usagers, le site d’embouteillage est soumis aux réglementations en vigueur et doit restreindre ses activités en cas d’alerte sur le niveau spécifique de la nappe exploitée ».

Une surveillance quotidienne de la nappe captive

Pour garantir la pérennité de la ressource, l’usine n’attendit pas les arrêtés pour agir. La productivité et la qualité de l’eau souterraine firent l’objet d’une surveillance quotidienne.

Ce suivi permit aux hydrogéologues du groupe d’anticiper la réaction de la nappe sur le long terme. En parallèle, le site appliqua des plans d’optimisation industrielle visant à réduire la quantité d’eau utilisée pour le process de nettoyage et de fonctionnement.

En France, la gestion de la sécheresse fut encadrée par quatre niveaux. Au stade de vigilance, aucune restriction ne fut imposée, seule une surveillance accrue fut demandée.

Au niveau d’alerte, des mesures administratives entraînèrent une réduction modulée des volumes prélevés selon l’arrêté préfectoral. Au stade d’alerte renforcée, la production passa sous contrainte avec des volumes officiellement réduits.

Au niveau de crise, l’eau fut réservée aux usages prioritaires. Les prélèvements non prioritaires purent être gelés, ce qui menaça directement la chaîne logistique.

La sécheresse s’accompagna de fortes chaleurs qui provoquèrent un effet contradictoire pour la marque.

« Le marché de l’eau en bouteille est fortement météo-dépendant, entraînant une consommation en nette augmentation durant ces périodes », rappela le service de communication du groupe. La demande s’envola dans les supermarchés.

Or, « Les volumes réglementaires actuellement alloués au site sarthois sont conçus pour absorber ces pics de consommation estivaux sans menacer la nappe ». Si la sécheresse s’éternisa et que la nappe captive franchit un seuil critique, l’Etat imposa une baisse des cadences, avec un risque de ruptures en rayons.

Un modèle sous tension climatique

L’affaire d’Ardenay-sur-Mérize révèle une faille dans le discours industriel de l’eau en bouteille. Le groupe met en avant l’argument géologique imparable : des nappes captives, profondes, déconnectées de la sécheresse de surface. C’est vrai sur le plan hydrogéologique à court terme, mais c’est un argument qui ne tient plus devant l’opinion publique et le droit.

Car la préfecture ne fait pas de distinction géologique quand elle décrète la crise. Le principe d’égalité devant la restriction s’applique. Un industriel qui pompe des millions de litres pendant que l’agriculteur voisin ne peut plus irriguer et que le particulier ne peut plus arroser son jardin devient politiquement intenable.

Le second enseignement est économique. Cristaline a bâti son modèle sur de gros volumes et des prix bas. Ce modèle est météo-dépendant à l’extrême.

Plus il fait chaud, plus il vend, mais plus il a besoin de pomper au moment exact où l’Etat lui demande de lever le pied. C’est l’effet ciseaux parfait.

A long terme, la question n’est plus de savoir si les nappes profondes baisseront, mais quand. Les recharges hivernales sont de moins en moins efficaces. Les autorisations préfectorales, autrefois perçues comme une formalité, deviennent un véritable risque industriel.

L’usine sarthoise est un baromètre : elle montre que même l’eau dite isolée n’échappe plus à la régulation climatique.

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