SAINT-ELOI-DE-FOURQUES, 20 août (Le Parisien Matin) – Un retraité de 62 ans a été retrouvé mort à son domicile le lundi 17 août, cinq mois après son décès. Le corps fut découvert par le maire de la commune, située au nord de l’Eure, après un signalement faisant état d’une absence prolongée de mouvement autour de l’habitation.

Une alerte déclenchée par la végétation

Le maire Denis Szalkowski fut alerté par un autre élu qui souligna l’absence de tout signe de vie au domicile.

Il se rendit sur place, ouvrit la boîte aux lettres et constata qu’aucune activité n’y avait été relevée depuis plusieurs mois. Il prévint alors les pompiers.

Les secours pénétrèrent dans la maison et retrouvèrent le corps sans vie de l’occupant. Sur place, la végétation avait envahi les abords.

Denis Szalkowski déclara :

« Je me suis dit qu’il y avait quelque chose de très étrange car la végétation avait beaucoup poussé ».

La victime était un retraité de 62 ans, ancien salarié de l’industrie automobile. Il vivait dans une maison entourée d’autres habitations à quelques centaines de mètres seulement.

Selon les informations communiquées, il vivait dans un isolement total, sans aucun contact avec sa famille ni ses proches.

Avant la découverte, plusieurs indices avaient été relevés. Les voitures ne sortaient plus et une lumière restait allumée toute la nuit.

Denis Szalkowski expliqua :

« Nous avons installé non loin d’ici un piège à frelons asiatiques que nous avons relevé jusqu’au 15 mai. J’avais alors constaté que les voitures ne sortaient plus de la maison, peut-être car elles étaient en panne. Mais je me suis dit que cet habitant devait sans doute être hospitalisé. Les voisins voyaient de la lumière allumée toute la nuit ».

La consternation du maire

Trois jours après les faits, le maire, en fonction depuis 2014, restait profondément marqué. Il évoqua une culpabilité collective face à ce drame.

Denis Szalkowski affirma :

« Ça nous touche profondément. Nous avons un sentiment de responsabilité collective ».

Il rappela que des cas similaires s’étaient déjà produits, d’une ampleur moindre.

Denis Szalkowski ajouta :

« Nous avons déjà eu des cas d’hommes célibataires morts seuls. Sans commune mesure avec la situation actuelle. Mais je crois que nous n’avons pas pris la mesure de ce qui s’est passé. Nous étions convaincus qu’un tel drame ne pourrait pas se produire dans une petite commune rurale de l’Eure. Et bien si ».

Il livra une analyse plus large sur le lien social dans ce village de moins de 600 habitants.

Denis Szalkowski déclara :

« Nous sommes devenus un village dortoir. Les gens sont tellement pris par leur travail qu’ils ne s’intéressent plus à la vie locale. Il y a une accélération de la destructuration du lien social. Quand on n’est pas capable de s’occuper des morts, on n’est pas capable de s’occuper des vivants ».

Des mesures annoncées en septembre

Pour éviter qu’un tel drame ne se reproduise, le conseil municipal prévoyait de proposer dès septembre des mesures pour maintenir le lien avec les habitants les plus isolés.

Le corps devait être incinéré en huis clos au crématorium d’Évreux, sans public.

Ce drame de Saint-Eloi-de-Fourques dépasse le fait divers. Il raconte l’angle mort de la France rurale.

Pendant cinq mois, un homme a disparu sans que personne ne s’en aperçoive, alors même que sa maison n’était pas isolée dans un hameau perdu, mais entourée de voisins. La lumière allumée en permanence, les voitures immobiles, le courrier qui s’accumule, la végétation qui gagne : les signaux étaient là, visibles, mais personne ne les a reliés.

C’est le paradoxe du village dortoir décrit par le maire. Dans ces communes de moins de 600 habitants, l’imaginaire collectif veut que tout le monde se connaisse.

La réalité est inverse. Les actifs partent tôt, rentrent tard, consomment les services ailleurs. Le voisinage devient une cohabitation géographique, plus une communauté de vie. L’isolement n’est plus urbain, il est partout.

Ce cas interroge aussi la fragilité des filets de sécurité. Sans famille, sans suivi médical régulier, sans passage des services sociaux, un retraité de 62 ans peut sortir de tous les radars. Ni le facteur, ni les services municipaux, ni l’entourage n’ont de mandat formel pour alerter. On s’habitue à ne plus voir.

La réponse annoncée pour septembre – registre des personnes isolées, visites de veille – existe déjà dans beaucoup de communes pour les canicules.

Le drame montre qu’il faut l’étendre à l’année, et l’assumer comme une mission politique : frapper aux portes, même sans demande. C’est le sens de la phrase du maire sur les morts et les vivants. Une commune qui ne compte plus ses morts au quotidien a déjà perdu le lien avec ses vivants.

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