À la fin du XIXᵉ siècle, la ville de Benin City était la capitale du puissant royaume du Royaume du Bénin, situé dans l’actuel Nigeria.
Contrairement à l’image longtemps véhiculée par la propagande coloniale, ce royaume possédait une administration complexe, une cour structurée autour de l’Oba, le souverain , et un réseau commercial actif reliant l’intérieur de l’Afrique aux marchands européens installés sur la côte.
L’un des aspects les plus remarquables de cette civilisation était son art. Depuis le XIIIᵉ siècle, les artisans du royaume produisaient des sculptures en bronze, en ivoire et en laiton d’une sophistication remarquable, destinées à décorer le palais royal et à honorer les ancêtres de la dynastie.
Pour l’historien de l’art Dan Hicks, conservateur au Pitt Rivers Museum d’Oxford, ces œuvres constituent « l’un des ensembles artistiques les plus importants jamais produits en Afrique précoloniale ».
L’expédition britannique qui change tout pour Bénin City
En janvier 1897, une délégation britannique tente de pénétrer dans le royaume malgré l’interdiction du souverain, l’Oba Ovonramwen Nogbaisi. La mission est attaquée par des guerriers locaux, et plusieurs membres sont tués.
L’événement sert immédiatement de justification à une expédition punitive organisée par l’administration coloniale britannique.
Quelques semaines plus tard, une force de plus de mille soldats marche sur Benin City. La ville est incendiée et largement détruite. Le palais royal est pillé, et l’Oba est capturé puis exilé.
Selon l’historien nigérian Philip Igbafe, spécialiste du royaume : « L’expédition de 1897 n’était pas simplement une représaille militaire. Elle visait à briser un pouvoir politique africain qui résistait encore à l’expansion coloniale. »
Le pillage de milliers d’objets
Au cours de l’expédition, les soldats britanniques saisissent des milliers d’objets d’art comme des plaques en bronze, sculptures, défenses d’ivoire gravées.
Ces œuvres, aujourd’hui connues sous le nom de “Bronzes du Bénin”, sont ensuite vendues ou distribuées à des musées et collectionneurs européens afin de financer l’expédition.
On en trouve aujourd’hui dans plusieurs institutions majeures, notamment au British Museum à Londres ou au Ethnologisches Museum à Berlin. Pour l’historien de l’art nigérian Peju Layiwola, descendante de la dynastie royale :
« Ces objets n’étaient pas simplement décoratifs. Ils étaient des archives historiques, religieuses et politiques du royaume. »
Un traumatisme encore vivant au Nigeria
Plus d’un siècle après les événements, le sac de 1897 reste un traumatisme majeur dans l’histoire culturelle du Nigeria. Dans les années 2010 et 2020, la question de la restitution des bronzes du Bénin est devenue un débat international. Plusieurs pays européens ont commencé à restituer certaines pièces.
L’Allemagne a ainsi annoncé en 2022 la restitution d’une partie importante de ses collections, tandis que d’autres institutions étudient des solutions de partage ou de prêt à long terme.
Pour l’historien britannique Barnaby Phillips, auteur d’un ouvrage consacré à l’expédition :
« L’histoire des bronzes du Bénin montre que les musées occidentaux ne sont pas seulement des lieux de conservation. Ils sont aussi les héritiers de la violence coloniale. »
L’histoire qui ressurgit dans les musées
Aujourd’hui, un nouveau musée doit être construit à Benin City pour accueillir les œuvres restituées.
Ce projet vise non seulement à rapatrier des objets d’art, mais aussi à reconstruire une mémoire historique longtemps fragmentée par la colonisation.
Car derrière les bronzes du Bénin se cache une histoire plus large : celle d’un royaume africain puissant, détruit en quelques semaines par une expédition coloniale, et dont les trésors continuent aujourd’hui de circuler dans les musées du monde entier.


