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Home»Afrique»À Abidjan, la jeunesse ouest-africaine prend la parole contre l’argent sale
Afrique

À Abidjan, la jeunesse ouest-africaine prend la parole contre l’argent sale

Karima YaoPar Karima Yaodimanche, 01 marsAucun commentaire4 Min Temps de lecture
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La 6ᵉ édition du concours interuniversitaire d’art oratoire sur l’impact du blanchiment de capitaux et du financement du terrorisme (BC/FT) sur les économies ouest-africaines, tenue le 28 février 2026, à Abidjan.
La 6ᵉ édition du concours interuniversitaire d’art oratoire sur l’impact du blanchiment de capitaux et du financement du terrorisme (BC/FT) sur les économies ouest-africaines, tenue le 28 février 2026, à Abidjan.
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Dans l’amphithéâtre de l’Université Félix Houphouët-Boigny, les voix ont porté plus loin que les murs du campus. Samedi 28 février, six étudiants venus de toute l’Afrique de l’Ouest se sont affrontés à coups d’arguments, de chiffres et de convictions lors de la 6ᵉ édition du concours interuniversitaire d’art oratoire organisé par le Groupe intergouvernemental d’action contre le blanchiment d’argent en Afrique de l’Ouest.

Le thème — « L’impact du blanchiment de capitaux et du financement du terrorisme sur les économies ouest-africaines » — n’avait rien d’abstrait. Selon les estimations de l’Office des Nations unies contre la drogue et le crime (ONUDC), entre 2 % et 5 % du PIB mondial serait blanchi chaque année. En Afrique de l’Ouest, ces flux illicites fragilisent les systèmes bancaires, alimentent les réseaux criminels et minent la confiance des investisseurs.

Sensibiliser avant qu’il ne soit trop tard

Représentant le ministre de l’Enseignement supérieur et de la Recherche scientifique, le Pr Arsène Kobéa a posé le décor : « Si on ne sensibilise pas la jeunesse, qui est notre avenir, dans ces questions qui portent atteinte à l’intégrité financière de nos pays, nous sommes voués à échouer. » Pour lui, la Côte d’Ivoire, engagée dans des réformes visant à renforcer la transparence financière, doit miser sur « la proactivité et l’anticipation de sa jeunesse ».

Dans les gradins, Mariam, étudiante en master de droit public, prend des notes. « On parle souvent de terrorisme ou de corruption comme de phénomènes lointains. Mais quand on comprend que cela bloque des budgets pour l’éducation ou la santé, ça devient concret », confie-t-elle à la sortie.

La représentante résidente par intérim de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest en Côte d’Ivoire, Fathma Diarre Mahan, a rappelé que le GIABA intervient dans l’ensemble des États membres pour faire de la lutte contre le blanchiment et le financement du terrorisme « une réalité auprès de notre population ». Créé en 2000 par la CEDEAO, le GIABA coordonne les dispositifs régionaux et évalue les mécanismes nationaux de prévention.

L’éloquence au service de l’économie

Sur scène, les candidats — venus du Bénin, du Cap-Vert, de la Côte d’Ivoire, de la Guinée, de la Guinée-Bissau et du Togo — ont décliné le sujet en sous-thèmes variés : fuite des capitaux, fragilisation des institutions, rôle des technologies financières, responsabilité citoyenne.

L’un d’eux a souligné que le blanchiment « déforme la concurrence et décourage l’investissement productif », citant des rapports de la Banque mondiale sur l’impact des flux financiers illicites en Afrique subsaharienne. Une autre participante a insisté sur le rôle des universités dans la formation d’experts capables d’anticiper les nouvelles formes de criminalité financière, notamment via les cryptoactifs.

Après délibération, le Bénin a remporté le premier prix, suivi de la Côte d’Ivoire et du Cap-Vert. Les lauréats ont reçu trophées, ordinateurs portables et récompenses financières — le premier prix étant doté de 1 000 dollars américains. Mais au-delà du palmarès, c’est la dimension symbolique qui domine.

Un vivier pour demain

Depuis 2013, le GIABA multiplie ce type d’initiatives pour ancrer la lutte contre le blanchiment dans les consciences étudiantes. Dans une région confrontée à l’expansion des groupes armés et à la sophistication des circuits financiers clandestins, la prévention ne peut reposer uniquement sur les autorités judiciaires ou bancaires.

Pour le chercheur ivoirien en gouvernance économique Serge Koffi (Université Alassane Ouattara), « la bataille est aussi culturelle. Former des étudiants à ces enjeux, c’est préparer des cadres capables de refuser les compromissions et d’améliorer la traçabilité des flux financiers ».

Dans un contexte où la stabilité financière conditionne le développement durable, l’initiative du GIABA mise sur une conviction simple : la jeunesse n’est pas seulement une cible de sensibilisation, elle peut devenir un rempart.

À Abidjan, samedi, les applaudissements n’étaient pas seulement destinés aux vainqueurs. Ils saluaient l’idée qu’une génération formée et informée peut peser dans la lutte contre la criminalité financière en Afrique de l’Ouest.

argent sale Côte d'Ivoire
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