Au Botswana, les diamants ne brillent plus autant qu’autrefois. Le pays, longtemps cité comme un modèle de réussite économique en Afrique grâce à l’exploitation de ses ressources minières, voit maintenant ses coffres déborder de pierres précieuses invendues. Le ministère des Finances du Botswana a précisé que les stocks de diamants atteindront 12 millions de carats d’ici fin 2025, soit près du double du seuil jugé acceptable par le gouvernement.
Cette accumulation freine toute perspective d’augmentation de la production. Tant que les réserves ne seront pas écoulées, l’extraction restera limitée.
Une chute des prix qui menace la stabilité botswanaise
La situation est d’autant plus préoccupante que l’économie botswanaise traverse une période délicate. Après un recul de 3 % en 2024, le produit intérieur brut devrait encore se contracter d’environ 1 % en 2025. En cause, l’effondrement des prix du diamant, pris en étau entre la montée en puissance des pierres synthétiques et une demande mondiale en berne.
« Le marché a changé plus vite que prévu », reconnaît un analyste du secteur minier basé à Gaborone. « Les consommateurs, notamment en Asie et aux États-Unis, sont de plus en plus sensibles aux diamants de laboratoire, moins chers et perçus comme plus éthiques. »
Debswana contrainte de lever le pied
Debswana, la coentreprise entre l’État botswanais et le géant De Beers, responsable d’environ 90 % des ventes de diamants du pays, a dû suspendre temporairement certaines activités minières l’an dernier. Une décision rare, mais révélatrice de la gravité de la situation.
Pourtant, le Botswana reste l’un des poids lourds mondiaux du secteur. Avec 18 millions de carats extraits en 2024, le pays se classe juste derrière la Russie. Une performance qui, dans le contexte actuel, contribue paradoxalement à l’engorgement des stocks.
Un pays très inquiet en 2026
Les diamants représentent environ un tiers des recettes publiques et près de 75 % des entrées de devises étrangères du Botswana. Une dépendance structurelle qui rend le pays particulièrement vulnérable aux fluctuations du marché mondial.
« Tant que le secteur non minier ne prend pas le relais, chaque choc sur les diamants se répercute immédiatement sur les finances publiques », dit un économiste local. Le ministère des Finances partage ce constat, avertissant que la marge de manœuvre budgétaire restera étroite si la diversification économique ne s’accélère pas.
Les exportations botswanaises vers les États-Unis, diamants compris, sont désormais soumises à des droits de douane de 15 %. D’éventuelles hausses tarifaires dans d’autres grands marchés, comme l’Inde, pourraient prolonger la faiblesse des prix et comprimer encore davantage les marges du secteur.


