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Afrique

« Le commerce et les investissements ne doivent pas servir les oppresseurs »

Suzanne LatrePar Suzanne Latrelundi, 23 févrierAucun commentaire7 Min Temps de lecture
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Isaac Pretorius (à gauche) défend l'idée d'un commerce qui sert les populations africaines à devenir plus résilientes.
Isaac Pretorius (à gauche) défend l'idée d'un commerce qui sert les populations africaines à devenir plus résilientes.
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Parler de commerce ou d’investissements éthiques n’a jamais été aussi important. Après les révélations sur les dossiers Epstein, le citoyen normal se demande « Où va mon argent? A qui profite-t-il? Faut-il que je continue à payer mes taxes? Puis-je continuer à donner à cette organisation caritiative? »

L’institut V-Dem de l’Université de Göteborg rapporte que plus de 70 % de la population mondiale vit aujourd’hui sous des régimes autocratiques. La tendance s’est inversée : les démocraties ne sont plus majoritaires. Le capital n’est pas un outil économique. Il est un acteur géopolitique.

« Le capital est neutre. Il peut initier des dynamiques démocratiques, mais il peut aussi stabiliser des régimes et des structures autocratiques », rappelle Dr. Stormy-Annika Mildner, directrice de l’Aspen Institute Germany. La promesse selon laquelle le commerce mènerait mécaniquement à la démocratie est une idée dominante après la Seconde Guerre mondiale et durant l’élargissement européen mais qui a montré ses limites. L’interdépendance n’a pas empêché les guerres. Les investissements n’ont pas systématiquement renforcé l’État de droit.

Alors une question s’impose : à qui sert réellement notre argent ?

L’Afrique: Un commerce naissant et une dépendance aux investissements étrangers

Pour Isaac Pretorius, directeur général du groupe ForAfrika, le débat ne peut être abstrait. Il est incarné.

« Je vis sur le plus grand continent du monde. Je n’ai aucun doute là-dessus. L’avenir du monde est désormais strictement lié à l’avenir de l’Afrique. »

Loin d’une rhétorique compassionnelle, il insiste sur un fait brutal : « Plus de 200 000 enfants meurent de malnutrition chaque mois sur notre continent. » Le chiffre, confirmé par les estimations de l’UNICEF sur la mortalité liée à la sous-alimentation, glace le sang.

Mais Pretorius refuse le fatalisme. Ancien travailleur humanitaire ayant vécu sous tente au Soudan du Sud en pleine guerre civile, devenu banquier d’investissement avant de revenir à l’impact social, il connaît les deux mondes : celui de l’aide et celui du capital.

« Le problème n’est pas qu’il n’y ait pas assez d’aide. Ce n’est pas non plus qu’il n’y ait pas assez d’investissement. Le problème, c’est qu’il n’y a pas de pont entre les deux. »

La tentation dangereuse de la stabilité autoritaire

Le cœur du dilemme tient en un mot : prévisibilité.

« Tout investisseur recherche la prévisibilité et la stabilité. Or, d’une certaine manière, une dictature fournit cela. Vous savez à quel animal vous avez affaire. »

La formule est crue, mais elle dit une vérité que beaucoup murmurent sans l’assumer. Dans certains environnements fragiles, un régime autoritaire peut sembler plus « gérable » pour faire du commerce qu’une démocratie instable où les alternances politiques rebattent les cartes.

Une universitaire d’Oxford, et femme d’affaires adzerbaidjanaise, Layla Aliyeva, rapporte ainsi le témoignage d’un ancien cadre du secteur pétrolier : en Azerbaïdjan, « on donne un pot-de-vin à une seule personne et l’affaire est réglée ; en Ukraine, on en donne à plusieurs et l’affaire n’est toujours pas conclue. »

Pretorius ne nie pas la réalité du terrain mais défend une limite:

« Le jour où vous payez le premier pot-de-vin est le jour où vous vous assurez que vous paierez pour toujours. »

Dans son organisation, toute compromission entraîne un licenciement immédiat. Pas par idéalisme naïf, mais par stratégie de long terme. « On enseigne aux gens comment nous traiter. » Refuser la corruption, même si cela coûte plus cher au départ, crée une réputation. Et cette réputation devient un actif.

Retrait moral ou vide stratégique des commerces ?

Les sanctions et les retraits d’entreprises et de commerciaux occidentaux sont souvent présentés comme des leviers éthiques. Mais produisent-ils toujours les effets escomptés ?

Pretorius met en garde contre un principe simple : la physique du pouvoir. « Si vous créez un vide, il sera rempli. Et la plupart du temps, il ne sera pas rempli par quelqu’un qui partage vos valeurs. »

Il évoque le nord du Mozambique, où plus d’un million de personnes ont été déplacées dans un contexte de violences extrêmes liées notamment à l’exploitation gazière et aux dynamiques djihadistes. « J’ai dormi chez des familles où des femmes m’ont raconté qu’on avait décapité leur mari devant elles et leurs enfants. »

Lorsque des acteurs se retirent sans alternative structurée, d’autres prennent la place, parfois avec moins d’exigences en matière de droits humains, de transparence ou d’environnement.

L’histoire récente des marchés énergétiques montre que les ressources ne disparaissent pas sous l’effet d’un embargo : elles changent de circuits.

Cherchons à reconstruire la démocratie économique

Pretorius défend une approche « par le bas ». Son organisation développe des chaînes de valeur agricoles structurées autour de petits producteurs.

En Ouganda, For Africa a sécurisé 40 millions de dollars d’accords annuels d’achat de lait avec de grands transformateurs, puis intégré plus de 15 000 petits exploitants commerciaux dans le dispositif. Les prêts accordés ne sont pas distribués en cash : ils passent par un système de bons utilisables uniquement auprès de fournisseurs agréés. Le capital irrigue ainsi tout un écosystème local.

« Thomas, que nous avons rencontré il y a cinq ans, ne pouvait pas nourrir sa famille. L’an dernier, il a réalisé plus de 20 000 dollars de bénéfice net. Il a construit la première maison en briques de sa lignée et envoie ses enfants à l’école. »

Pour Pretorius, multiplier les « Thomas », c’est créer une classe moyenne enracinée, capable d’exiger un leadership responsable. « Parler de démocratie ne crée pas la démocratie. Les gens doivent grandir à travers ce processus. »

Investir, mais selon quelles valeurs ?

La question centrale demeure : qu’est-ce qu’un investissement éthique ? Est-ce le respect de normes ESG ? Le retrait de certains marchés ? L’engagement patient malgré l’instabilité ?

Pretorius insiste : « Nous devons arrêter de prêcher la démocratie et commencer à avoir des conversations sur les valeurs fondamentales. » L’éthique ne peut être un simple outil marketing. Elle doit structurer les décisions, même quand cela ralentit la rentabilité.

Le paradoxe est là : à court terme, l’autoritarisme peut sembler plus simple. À long terme, il fragilise tout, à savoir les institutions, les marchés, la sécurité juridique. Les données de la Banque mondiale montrent d’ailleurs une corrélation forte entre qualité institutionnelle, confiance publique et croissance durable.

Ce que cela nous oblige à penser

La discussion ne concerne pas uniquement l’Afrique. Les chaînes d’approvisionnement européennes en minerais critiques, en énergie ou en produits agricoles posent les mêmes dilemmes. Peut-on prétendre défendre les droits humains tout en fermant les yeux sur l’origine des matières premières ? Peut-on invoquer la démocratie tout en privilégiant la stabilité autoritaire lorsqu’elle sert nos intérêts stratégiques ?

« Vous nous dites de faire ce que vous dites, pas ce que vous faites », observe Pretorius à propos de la perception occidentale en Afrique. « Quand je regarde vos actes, cela ne ressemble pas toujours au récit de la vraie démocratie. »

Le commerce comme choix moral

Le commerce n’est pas neutre dans ses effets. Il structure des équilibres de pouvoir. Il peut financer des hôpitaux ou consolider des appareils répressifs. Il peut créer une classe moyenne exigeante ou enrichir une élite prédatrice.

Refuser la facilité du cynisme est un choix coûteux. Mais comme le résume Pretorius :

« Nous ne pouvons pas nous dire gardiens de la démocratie si nous ne pratiquons pas ce que nous prêchons. »

Le commerce ne doit pas servir les oppresseurs. Il doit servir ceux qui, patiemment, bâtissent les conditions d’une liberté durable.

Afrique charité commerce philantropie régimes autoritaires
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