Au moins six des onze migrants ouest-africains expulsés des États-Unis et débarqués au Ghana ont finalement été transférés vers le Togo. Une décision qui a surpris leurs avocats, en plein recours judiciaire pour empêcher leur éloignement.
Un recours balayé par les expulsions
Le groupe, composé de ressortissants du Nigeria, du Togo, du Liberia et de la Gambie, avait entamé une procédure contre le gouvernement ghanéen pour contester son rôle dans leur expulsion. Mais la justice n’a pas eu le temps d’examiner le dossier : les expulsés ont déjà été envoyés vers d’autres pays.
« Six d’entre eux ont été transférés au Togo. Les autres ont été répartis ailleurs, mais je ne peux pas dire où », a confié à la BBC l’avocat principal, Oliver Barker-Vormawor.
Fait marquant : parmi les six transférés, seuls trois sont Togolais. L’identité et la nationalité des autres n’ont pas été précisées.lence des autorités ghanéennes et togolaises
Ni le gouvernement du Ghana, ni celui du Togo n’ont fait de déclaration publique. Les avocats des migrants ont donc retiré leur première action en justice, estimant que la procédure était devenue caduque.
Cependant, ils poursuivent un autre dossier, axé cette fois sur la violation des droits fondamentaux de leurs clients. Ils affirment que les expulsions empêchent les autorités de justifier devant un tribunal les raisons de leur détention.
Une détention illégale, selon la défense
Les migrants avaient été retenus dans un camp militaire au Ghana, après avoir été expulsés des États-Unis à bord d’un avion militaire et menottés pendant le trajet.
« Ils n’avaient enfreint aucune loi ghanéenne. Leur détention était donc illégale », avait plaidé M. Barker-Vormawor la semaine précédente.
Mardi, l’avocat s’est dit amer face à ce qu’il perçoit comme une faillite du système judiciaire ghanéen : « La cour aurait pu intervenir et empêcher leur expulsion. Elle ne l’a pas fait. »
Un accord controversé entre Accra et Washington
Le rapatriement vers le Ghana s’appuie sur un accord conclu récemment entre Washington et le président ghanéen John Mahama. Selon ce texte, le Ghana accepte d’accueillir des ressortissants de plusieurs pays d’Afrique de l’Ouest expulsés des États-Unis, au nom de la libre circulation régionale.
Le ministre des Affaires étrangères, Samuel Okudzeto Ablakwa, a précisé que son pays ne recevait aucune compensation financière en échange. Il a ajouté que 40 autres expulsés devaient encore arriver dans les prochains jours.
Cette coopération a provoqué une levée de boucliers au Parlement. L’opposition exige la suspension immédiate de l’accord tant qu’il n’a pas été ratifié par la loi et réclame une transparence totale sur ses modalités.
Trump ne fait pas de cadeaux
Depuis son arrivée à la Maison-Blanche en janvier, Donald Trump a fait des expulsions une priorité de son mandat. Il promet des chiffres records et n’hésite pas à renvoyer des migrants vers des pays où ils n’ont parfois aucun lien familial ou culturel.
L’affaire des onze expulsés vers le Ghana illustre cette politique : des hommes et des femmes déplacés de force, sans considération pour leur sécurité ni pour leur appartenance nationale.


