Le peso argentin a connu une nouvelle chute spectaculaire ces derniers jours. Vendredi, il a fallu 1.515 pesos pour obtenir un dollar, un record qui illustre la perte de confiance des marchés. Pour tenter d’enrayer cette spirale, la Banque centrale a dû vendre près de 678 millions de dollars de ses réserves. Une mesure d’urgence qui n’avait plus été utilisée depuis cinq mois.
Milei accuse
Javier Milei a pris la parole à Cordoba, dans l’enceinte de la Bourse du commerce. Le président argentin a parlé d’une « panique politique » qui, selon lui, ne viendrait pas de son programme mais des manœuvres de ses adversaires. Il accuse directement le camp péroniste de bloquer ses réformes et de « mettre des bâtons dans les roues » au gouvernement.
Depuis le début du mois, le peso a perdu plus de 12 % de sa valeur. Pour Milei, cette dégringolade est le résultat de l’instabilité créée par les rivalités politiques, alors que les législatives approchent à grands pas.
La nervosité s’explique aussi par un vote régional très suivi : le 7 septembre, Milei a essuyé une lourde défaite dans la province de Buenos Aires. Beaucoup y ont vu un avertissement à l’approche des élections d’octobre. Faute de majorité au Parlement, le président a déjà vu plusieurs de ses décisions annulées, notamment dans les budgets liés à la santé, à l’éducation et au handicap.
Pour calmer les inquiétudes, il a promis que le budget 2026 inclurait des hausses supérieures à l’inflation pour les retraites, la santé et l’éducation. Tout en réaffirmant que l’équilibre budgétaire resterait « non négociable ».
Une thérapie de choc pour le peso
Depuis son arrivée au pouvoir en 2023, Javier Milei a lancé un plan d’austérité brutal en supprimant massivement des postes dans la fonction publique, réduisant les dépenses sociales et arrêtant de nombreux projets d’infrastructures. Ce programme a permis de faire chuter l’inflation annuelle de plus de 200 % fin 2023 à 33,6 % aujourd’hui, un chiffre impressionnant.
Mais cette stabilisation a un coût : la récession s’installe, avec un recul du PIB de près de 2 % en 2024. Les salaires réels sont laminés, la consommation ralentit, et les ménages comme les entreprises se sentent étouffés. Beaucoup d’Argentins disent ne pas voir d’amélioration concrète dans leur quotidien, malgré les chiffres mis en avant par le gouvernement.
L’analyste uruguayen Daniel Mazzone rapporte que la dynamique est insoutenable et que les journaux dénoncent « les doutes de la part des investisseurs ». Après que « L’Argentine dépense 1 000 millions de dollars pour défendre le peso alors que la crise du président Milei s’aggrave »,En effet, la Banque centrale est intervenue sur le marché des changes pour la troisième fois cette semaine, en vendant 678 millions de dollars.
Le peso peut-il s’en sortir?
Milei continue de défendre son cap comme la seule voie possible pour sortir du cycle de dévaluations et de promesses non tenues. Dans une allocution télévisée, il a comparé la situation actuelle à un effort douloureux mais nécessaire : « Rome ne s’est pas faite en un jour », a-t-il dit, en appelant la population à « tenir bon ».
Son entourage parle en effet de « thérapie de choc » assumée. Le président se veut confiant : selon lui, « le pire est passé » et les résultats finiront par apparaître. Mais dans la rue, la grogne grandit. Les syndicats dénoncent l’appauvrissement général et les coupes dans les services publics, tandis que les marchés doutent de la capacité du gouvernement à maintenir une monnaie qu’ils jugent surévaluée.


