Le 30 janvier, le Département de la Justice (DOJ) américain a dévoilé un ensemble de plus de 3 millions de pages liées à Jeffrey Epstein, le financier déchu et pédocriminel accusé d’avoir dirigé un réseau de trafic sexuel impliquant des dizaines de personnalités médiatiques et politiques. Plus de 3 millions de pages comprennent ses échanges courriels avec des figures comme Elon Musk ou Jean Luc Brunel, des formulaires « 302 » du FBI détaillant les témoignages des victimes, ainsi que des photos et vidéos prises par Epstein et son entourage.
Le lancement initial fut catastrophique : alors que les noms et les détails permettant d’identifier de nombreuses personnes potentiellement impliquées comme agresseurs furent expurgés, ce ne fut pas le cas pour les victimes. La majorité de ces victimes étaient mineures au moment des faits liés à l’affaire Epstein. Leurs noms, leurs données personnelles, et même leurs visages figurent dans les dossiers, permettant leur identification. Plus grave encore, les documents contenait des images à caractère sexuel impliquant des mineures, notamment des photos des victimes entièrement nues sans que leurs visages ou leurs corps aient été censurée.
Le Département de la Justice sur le devant de la scène médiatique
Après que les victimes et leurs avocats aient exprimé leur indignation en ligne et adressé des lettres officielles au gouvernement, le DOJ a retiré des milliers de fichiers pour ensuite les republier. La deuxième publication expurge les noms de victimes et censure les éléments sexuels des photos des mineures. Toutefois, beaucoup avaient déjà téléchargé les documents originaux.
Ces informations et photos confidentielles existent sur les ordinateurs de journalistes qui téléchargent le dossier entier le moment où le DOJ les publie ou même des internautes particulièrement investis dans l’affaire. Elles peuvent donc circuler partout et sans cesse sur Internet. Le Département de la Justice admet que la divulgation des informations concernant des victimes est une erreur humaine et technique, mais il n’explique pas pourquoi les noms de plusieurs conspirateurs d’Epstein restent expurgés.
Le Département de la Justice, peu apprécié des victimes de l’affaire Epstein
Le DOJ a donc commis une grave erreur, particulièrement envers les victimes auxquelles le Département avait promis la protection. Beaucoup d’entre elles avaient accepté de porter témoignage sous condition d’anonymat. Elles se retrouvent bouleversées et attaquées de nouveau, comme le dit Annie Farmer, l’une des premières victimes qui a dénoncé Epstein et sa complice Ghislaine Maxwell. Elles se sentent aussi maltraitées par le manque d’attention du DOJ et peut-être même par une négligence délibérée de la part du gouvernement.
Danielle Bensky, également une victime engagée, explique sa frustration et celle de toutes les victimes. “On prend le temps de supprimer et protéger les responsables, et nous laissons pour compte celles et ceux qui sont vulnérables aux yeux du public,” dit-elle à CNN. À NBC, elle dit: “J’ai pensé que c’était de l’imprudence, et ensuite de l’incompétence, mais maintenant ça me semble un peu délibérée… Je sens que le Département de la Justice nous a vraiment fait sentir en danger.” Elle dit également que toutes les victimes qui ont tenté de joindre le DOJ n’ont reçu aucune réponse.
Les conditions originales du “Epstein Files Transparency Act”
En novembre 2025, Donald Trump avait promulgué une loi exigeant la publication de dossiers Epstein, intitulée « Epstein Files Transparency Act. » Comme le gouvernement retenait ces dossiers pour quatre administrations présidentielles datant de George W. Bush, la décision de Trump fut une surprise agréable pour le public.
Cependant, le DOJ ne s’est pas conformé à plusieurs conditions de l’acte. Cet ordre législatif imposait une date limite en décembre 2025 pour tous les fichiers, mais le DOJ ne l’a pas respectée et a continué à dévoiler des documents jusqu’en janvier. La législation demande aussi une divulgation totale de tous documents, sans privilégier la protection d’aucun nom sauf ceux des victimes. Pourtant presque trois millions de pages restent en possession du DOJ, ces représentants déclarant que ce sont des pages duplicatifs de ceux qui sont déjà publiés.
Une victoire à la Pyrrhus
Suite à toutes ces fautes, la commission judiciaire de la Chambre des représentants a appelé la procureure générale Pam Bondi pour une audition le mercredi 11 février. Pendant environ cinq heures, Bondi n’a répondu à aucune question et a attaqué tout représentant qui lui adressait la parole.
L’élu démocrate Jamie Raskin l’a accusée franchement d’étouffer l’affaire Epstein pour protéger les agresseurs et non les victimes et d’utiliser le DOJ comme instrument de vengeance de Trump, et non comme corps gouvernemental qui s’intéresse à l’intérêt du peuple.
Plusieurs des élus démocrates, ainsi que le républicain Thomas Massie, ont consacré leurs questions aux rationales d’expurgation. Bondi réfuta ces questions à plusieurs reprises et réorienta la conversation pour rejeter la responsabilité sur l’administration précédente de Joe Biden. L’élue Jasmine Crockett a questionné pourquoi Bondi a continué à défendre des « pédophiles », et usé de son titre pour arrêter des journalistes. L’audience a été marquée par les cris de Bondi et par son refus de reconnaître les victimes assises derrière elle.
Quand l’élue Pramila Jayapal a demandé avec émotion que Bondi s’excuse auprès de ces femmes pour avoir exposé leurs données personnelles, Bondi a refusé en demandant plutôt que la commission judiciaire s’excuse auprès de Trump.
La situation évolue lentement : Ghislaine Maxwell, l’accomplie la plus notoire d’Epstein qui attirait et abusait des filles dans son entourage, a été auditionnée le 9 février mais refusa de parler si Trump ne lui promet pas une grâce présidentielle. Bill Clinton, ancien président et ami de Epstein, a témoigné devant le Congrès le 27 février.


