Il y a 10 jours, le Premier ministre Keir Starmer et le président Donald Trump concluaient une journée marquée par des accords commerciaux et d’investissement majeurs avec une conférence de presse à Chequers, la résidence de campagne du Premier ministre. Selon Starmer, ces accords feront circuler des milliards « des deux côtés de l’Atlantique », ce qui créera des emplois et apportera un souffle bienvenu à l’économie britannique.
La conférence de presse avait tout pour créer des divergences, étant donné les désaccords entre les deux dirigeants sur l’énergie, la politique migratoire et la polémique autour du limogeage de Lord Peter Mandelson en raison de ses liens avec Jeffrey Epstein.
Le sujet le plus sensible restait toutefois leur opposition concernant le conflit entre Israël et Gaza et la décision du Royaume-Uni de reconnaître l’État de Palestine. Trump et Starmer ont également parlé de la relation spéciale entre les États-Unis et le Royaume-Uni, de leurs nouveaux accords, ainsi que de la guerre en Ukraine.
Cette rencontre marque la fin du deuxième voyage d’État de Trump au Royaume-Uni, qui a inclus un banquet officiel et une visite royale au château de Windsor.
Quels accords ont été signés ?
L’« Accord de prospérité technologique » conclu aujourd’hui met l’accent sur le développement d’infrastructures d’intelligence artificielle au Royaume-Uni, ainsi que sur une coopération entre Londres et Washington dans les domaines du quantique et du nucléaire. Starmer l’a décrit comme « le plus important de l’histoire britannique, et de loin », avec des investissements annoncés par Microsoft, Google et Nvidia.
Le patron de Nvidia, Jensen Huang, a déclaré que l’accord allait faire du Royaume-Uni une « superpuissance de l’IA ». Microsoft a promis le plus gros investissement de son histoire en dehors des États-Unis (22 milliards de livres). Mais l’ancien vice-Premier ministre Nick Clegg, également ancien président des affaires mondiales chez Meta, a dénoncé des « restes de la Silicon Valley », regrettant que le Royaume-Uni dépende toujours plus des technologies américaines au lieu de renforcer ses propres capacités.
Par ailleurs, un plan d’investissement de 150 milliards de livres a été présenté, dont 90 milliards proviennent du fonds d’investissement Blackstone. On ignore encore comment la majorité de cette somme sera utilisée, mais le gouvernement assure que 7 600 emplois seront créés. Concernant les fonds alloués au nucléaire, le secrétaire au Trésor James Murray a déclaré que cela signifiait « plus d’emplois, une énergie moins chère et une amélioration du niveau de vie ».
Ce qu’il faut retenir de la conférence de presse
Tout au long de la journée, les deux dirigeants ont insisté sur la solidité du lien américano-britannique. « L’amitié entre nos pays est unique », a affirmé Trump. Mais les « amis pour toujours » ont affiché une divergence majeure, selon lui : la décision prochaine du Royaume-Uni de reconnaître l’État de Palestine. Starmer a précisé que le Hamas, organisation considérée comme terroriste, « n’aurait aucun rôle » dans un futur État palestinien. Les deux hommes se sont néanmoins accordés sur la nécessité de mettre fin à la guerre.
Sur l’Ukraine, Starmer a appelé à renforcer la pression et les sanctions contre la Russie, estimant que Vladimir Poutine avait montré son « vrai visage » avec « encore plus de sang versé ». Trump a reconnu que Poutine l’avait « vraiment déçu ». Tous deux ont condamné l’agression russe mais ont souligné qu’il fallait que les autres membres de l’OTAN cessent d’acheter du pétrole russe pour que de nouvelles sanctions puissent être mises en œuvre.
Trump s’est aussi exprimé sur l’immigration clandestine au Royaume-Uni : « Peu importe si vous appelez l’armée, peu importe les moyens utilisés. »
Il a comparé la situation avec celle des États-Unis, affirmant que son pays avait auparavant accueilli illégalement des personnes issues de « prisons, d’institutions psychiatriques et de gangs », mais que désormais « zéro » migrant illégal n’entrait sur le territoire.
Sur l’énergie, les positions divergeaient également. Starmer, déterminé à faire baisser les coûts, a défendu un mix énergétique incluant pétrole et gaz. Trump, lui, a qualifié l’éolien offshore de « blague très coûteuse » et a insisté sur l’importance d’exploiter la mer du Nord, reprenant son slogan « drill, baby drill » (« forons, forons »).
Interrogé sur la liberté d’expression, Starmer a rappelé qu’elle était une « valeur fondatrice » du Royaume-Uni, mais a posé des limites au nom de la protection des enfants face à la pédophilie et au suicide. Trump, lui, n’a pas réagi.
Enfin, à propos du limogeage de Lord Mandelson, Trump a botté en touche : « Je ne le connais pas », a-t-il dit, laissant Starmer rappeler que la décision avait été prise après de nouvelles révélations sur les liens de Mandelson avec Jeffrey Epstein, délinquant sexuel condamné.


