À la Maison Blanche, Donald Trump n’a jamais caché son obsession pour les chiffres de l’emploi. Mais en août, le président est allé plus loin qu’à l’accoutumée : il a brutalement renvoyé Erika McEntarfer, directrice du Bureau of Labor Statistics (BLS), l’agence fédérale chargée de mesurer l’état du marché du travail. La raison invoquée ? Selon lui, les statistiques publiées auraient été « truquées » pour nuire à son image, une accusation répétée sans preuve.
En s’en prenant à la responsable d’un organisme réputé indépendant, Trump a déclenché un débat sur la confiance que l’on peut accorder à l’un des indicateurs les plus scrutés au monde.
Des révisions sur le chômage qui sèment le doute
Tout est parti du dernier rapport officiel, qui avait revu à la baisse les créations d’emplois des mois précédents. Au lieu d’un marché du travail robuste, comme le laissait croire la communication présidentielle, les données révisées ont révélé une dynamique plus fragile.
Deux secousses ont suivi. La première a concerné les investisseurs et les économistes, inquiets de découvrir que la première puissance mondiale génère moins d’emplois qu’attendu. La seconde est venue de la Maison Blanche, où Trump a choisi de faire porter la responsabilité sur la cheffe du BLS, l’accusant d’avoir manipulé les chiffres.
Un successeur aligné sur la Maison-Blanche
Le président entend désormais installer à la tête de l’agence un économiste acquis à sa cause : EJ Antoni, issu d’un think tank conservateur. Sa nomination doit encore être confirmée par le Sénat, contrôlé par les républicains, mais elle alimente déjà la crainte que l’institution perde son indépendance.
« Le danger, c’est que le thermomètre soit cassé », alerte Dan North, économiste chez Allianz Trade. « Si l’on ne peut plus faire confiance aux données, comment juger de la santé réelle de l’économie ? »
En attendant, les prochains chiffres sont attendus avec fébrilité. Selon le consensus des analystes, le taux de chômage pourrait grimper à 4,3 % en août, tandis que les créations d’emplois tomberaient autour de 75.000, un chiffre très bas pour un pays de plus de 330 millions d’habitants.
La Réserve fédérale, qui doit décider le 17 septembre de l’évolution de ses taux directeurs, scrutera ces résultats avec une attention particulière. Un affaiblissement durable du marché du travail pourrait l’inciter à relancer l’économie en abaissant ses taux.
Des données imparfaites mais précieuses
Les économistes interrogés rappellent que les chiffres du BLS, même critiqués, restent parmi les plus fiables de la planète. Leurs révisions fréquentes s’expliquent par les délais de réponse des entreprises sondées, pas par une manipulation politique.
« Je n’y vois pas une main invisible, mais plutôt des difficultés méthodologiques », explique Kathy Bostjancic, cheffe économiste chez Nationwide. « Cela ne remet pas en cause la valeur de ces publications. »
Pour elle comme pour d’autres, le vrai sujet est ailleurs : le taux de chômage reste bas en apparence parce qu’un grand nombre de personnes quittent purement et simplement le marché du travail.
Quand travailler devient trop risqué
Des Américains découragés cessent de chercher un emploi. Ils ne sont donc plus comptés comme chômeurs, mais ne gagnent pas pour autant de revenus. D’autres, en particulier des immigrés, renoncent à se présenter sur le marché de peur d’être arrêtés ou expulsés.
« Cela fausse l’image d’un plein-emploi », souligne Gregory Daco, économiste chez EY. « Le pays ne manque pas de bras, mais beaucoup choisissent de se retirer. »


