Si l’agriculture biologique était une série Netflix, elle serait pleine de rebondissements : des surfaces cultivées qui explosent comme dans un blockbuster, des ventes qui jouent les drama queens avec des chutes inattendues, et des consommateurs tiraillés entre idéaux écolos et porte-monnaie en berne.
Dans ce feuilleton grandeur nature, l’Europe tient un rôle majeur, mais peine à convaincre jusqu’au dernier épisode… Alors, le bio : héros ou mirage ?
La position de l’Europe dans le bio mondial selon Vincent Chatellier
Vincent Chatellier dresse un état des lieux précis du poids de l’Europe dans la production biologique à l’échelle mondiale et des tendances récentes en matière de consommation.
« Les surfaces en bio, c’est à peu près 100 millions d’hectares : c’est un peu l’équivalent de trois fois la surface agricole de la France. Et effectivement, depuis 2000, on a multiplié par 6 ou 7 la surface dédiée au bio à l’échelle planétaire. […] L’Australie représente 55 % des surfaces bio mondiales, l’Union européenne 17 %, la France environ 3 %. »
Il y a donc une importance relative de l’Europe dans le paysage mondial du bio : si l’Union européenne affiche de belles ambitions, elle reste loin derrière l’Australie qui écrase les statistiques avec ses vastes étendues certifiées bio (principalement des pâturages peu intensifs). La France reste modeste avec ses 3 % des surfaces mondiales, bien qu’elle figure parmi les pays leaders européens.
Chatellier souligne aussi l’hétérogénéité entre pays européens, avec une Autriche en tête de peloton (près de 25 % de ses surfaces agricoles en bio) quand la France plafonne à 10 %, un chiffre qui, s’il dépasse la moyenne européenne (10,4 %), reste bien en deçà des objectifs du Green Deal fixés par l’UE (25 % des surfaces agricoles en bio d’ici 2030).
Le paradoxe du bio : croissance des surfaces, recul des ventes
Si les surfaces dédiées au bio ne cessent de s’accroître depuis vingt ans, la consommation, elle, marque le pas. En France, la part du bio dans les achats alimentaires est passée de 6 % en 2022 à 5,6 % en 2023, confirmant une tendance au recul amorcée dès 2021. Le bio souffre d’un double phénomène :
- La hausse des prix alimentaires qui freine les consommateurs, même si l’inflation a été moins marquée pour les produits bio (+7 % contre plus pour le conventionnel).
- Un désintérêt progressif pour certains produits bio, surtout les viandes (avec des baisses de ventes allant jusqu’à -30 % pour la viande porcine bio).


