Jeudi 15 janvier 2026, le tribunal correctionnel de Saint-Brieuc a condamné un agriculteur retraité de 66 ans à douze mois de prison avec sursis pour avoir provoqué plusieurs départs de feu, en août dernier, dans des champs exploités par son locataire à Plémy (Côtes-d’Armor). Une vengeance mûrie sur fond de rancœur financière, qui lui coûtera près de 10 000 euros.
Deux incendies en pleine nuit, en plein été
Les faits remontent à la nuit du 5 au 6 août 2025. Vers 22h50, les pompiers sont appelés pour un incendie dans un champ de paille. Le locataire des terres se rend immédiatement sur place avec son tracteur, tandis que les gendarmes et soldats du feu interviennent. Rapidement, plusieurs foyers sont identifiés.
Moins de trois heures plus tard, un second incendie se déclare dans un autre champ. En regagnant la zone, les gendarmes repèrent un véhicule stationné à proximité du nouveau départ de feu. L’homme à bord est interpellé en flagrant délit. À l’intérieur de la voiture : un briquet, un couteau et une lampe torche.
Le dépistage de l’alcoolémie révèle un taux de 0,77 mg par litre d’air expiré, soit environ 1,6 g d’alcool par litre de sang.
« Je voulais me venger » dit l’agriculteur
Placé en garde à vue, l’agriculteur interpellé reconnaît immédiatement les faits. À la barre, l’ancien agriculteur, aujourd’hui retraité et domicilié à Plœuc-L’Hermitage, explique agir par vengeance. Il mentionne un conflit ancien avec son locataire, à qui il louait les terres depuis 2008.
« Il ne me réglait pas le fermage comme il devait », affirme-t-il.
Face à la présidente du tribunal, le prévenu tente de minimiser le danger :
« J’avais réfléchi, il n’y avait pas de forêt ni de maisons autour », assure-t-il.
Une justification balayée par la magistrate, qui rappelle qu’il y a eu deux incendies déclenchés en moins de trois heures, au cœur de l’été, alors que la sécheresse était marquée.
L’audience révèle également des antécédents de dégradations liées au même conflit. Le prévenu finit par reconnaître ses torts :
« J’aurais dû prendre un avocat plutôt que de faire justice moi-même. »
Un risque de récidive pointé par l’expert psychiatrique
L’expertise psychiatrique conclut à l’absence de trouble mental ou de profil pyromane, mais montre un risque de récidive, dans un contexte de consommation d’alcool. L’homme avait déjà été condamné en 2008 et en 2021 pour des faits liés à l’alcool et un refus d’obtempérer.
La procureure insiste sur la gravité des faits : « Une dizaine de foyers, des conséquences qui auraient pu être dramatiques. »
Elle requiert douze mois de prison avec sursis, assortis d’interdictions de paraître et de détenir une arme.
Près de 10 000 euros à payer pour cet agriculteur retraité
Le tribunal suit les réquisitions. L’agriculteur retraité est condamné à un an de prison avec sursis, avec interdiction de se rendre au domicile de la victime et sur ses parcelles pendant trois ans, ainsi qu’une interdiction de porter ou détenir une arme durant cinq ans.
Sur le plan civil, le locataire obtient 3 781 euros pour le préjudice matériel et 1 500 euros pour le préjudice moral. Le Service départemental d’incendie et de secours (SDIS) se voit quant à lui accorder 4 348 euros pour le coût de l’intervention.
Au total, cette vengeance par le feu coûtera près de 10 000 euros au retraité.
Avant le délibéré, l’homme conclut, amer :
« Je regrette. Je n’aurais jamais dû louer mes terres à ce monsieur. Je n’ai eu que des histoires. »


