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Europe

Défendre la démocratie à Prague : comment un président et 100 000 manifestants ont mis le camp illibéral en échec

Jan RovnyPar Jan Rovnymardi, 10 févrierAucun commentaire8 Min Temps de lecture
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A Prague, les manifestations ont réuni plus de 100 000 personnes.
A Prague, les manifestations ont réuni plus de 100 000 personnes.
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La République tchèque vit depuis octobre 2025 une cohabitation tendue entre le président (aux pouvoirs constitutionnellement réduits) Petr Pavel et le gouvernement illibéral conduit par le milliardaire Andrej Babiš. Cette tension vient de connaître un épisode dont les leçons vont au-delà du seul cas tchèque : appuyé par l’opinion publique, le président a réussi à tenir bon et à empêcher la nomination au gouvernement d’un politicien particulièrement extrémiste.

La semaine dernière, la République tchèque a été le théâtre d’une confrontation politique intense entre le président et le gouvernement, qui a finalement conduit quelque 100 000 personnes dans les rues de Prague.

Ces événements, déclenchés par la tentative de nomination d’un politicien controversé à un poste ministériel, ont incarné un clivage politique typique entre des illibéraux cherchant sans scrupules à dominer la scène politique et des défenseurs de l’ordre démocratique libéral – un clivage qui se décline aujourd’hui sous des dizaines de formes dans les démocraties développées. Les événements de Prague sont remarquables en ce qu’ils montrent comment les démocrates libéraux peuvent l’emporter.

Que s’est-il passé ?

Le cœur du différend réside dans le refus du président tchèque Petr Pavel de nommer Filip Turek, président d’honneur du parti des Motoristes – membre junior de la coalition gouvernementale – au poste de ministre de l’environnement. Turek, homme d’affaires et pilote automobile, est connu pour avoir vendu des médicaments alternatifs contre le Covid, pour collectionner des objets du Troisième Reich et banaliser le nazisme, ainsi que pour une longue série de propos racistes, sexistes et homophobes. Dans sa déclaration de rejet de la candidature de Turek, le président a invoqué l’incompatibilité des opinions et des actes de Turek avec les principes fondamentaux de la Constitution et de l’ordre juridique de la République tchèque.

Le différend s’est intensifié lorsque le chef des Motoristes, le ministre des affaires étrangères Petr Macinka, a critiqué le président Pavel et laissé entendre que lui-même et son parti cesseraient toute communication avec la présidence, limitant ainsi la capacité du chef de l’État à participer aux activités de politique étrangère.

Après une levée de boucliers de l’opposition, l’organisation civique « Un million de moments pour la démocratie » a réagi en appelant à une manifestation de soutien au président Pavel et contre le chantage politique de Macinka. Celle-ci a rassemblé environ 100 000 personnes dans la vieille ville de Prague, le 1er février 2026.

Des sondages d’opinion antérieurs indiquent que plus de 60 % des Tchèques considèrent Turek comme un candidat inapproprié à un poste ministériel, tandis que le président Pavel demeure le responsable politique le plus digne de confiance, avec 58 % de soutien dans l’opinion publique.

Peu après, Petr Pavel a rencontré le premier ministre milliardaire Andrej Babiš qui, sensible à l’opinion publique, a accepté la position du président et appelé à une nouvelle proposition de nomination ministérielle, mettant de facto les Motoristes et le ministre des affaires étrangères Macinka sur la touche.

Quel est le contexte ?

Comme tant de démocraties aujourd’hui, la République tchèque est traversée par un fossé entre, d’un côté, des forces politiques illibérales qui remettent en question les bénéfices de la démocratie libérale, de la coopération internationale et de l’intégration européenne, et, de l’autre, un camp libéral convaincu du caractère irremplaçable de l’ordre démocratique libéral fondé sur l’État de droit et la protection des droits humains et des libertés civiles.

Après les élections législatives d’octobre 2025, un nouveau gouvernement composé de trois partis illibéraux disparates est arrivé au pouvoir — en République tchèque, c’est le gouvernement qui dispose de l’essentiel des leviers de l’exécutif. Toutefois, le président Petr Pavel, général à la retraite qui a battu Andrej Babiš lors de l’élection présidentielle de 2023, constitue un important correctif constitutionnel.

Mais ce gouvernement est un mariage de convenance qui représente déjà un casse-tête pour Babiš. Comme je l’ai soutenu précédemment, son succès électoral pourrait encore s’avérer une victoire à la Pyrrhus. Les trois partis au pouvoir partagent certes une critique illibérale du statu quo ; mais ils divergent sur des points importants.

Le principal parti gouvernemental, ANO (Action des citoyens mécontents), formation technocratique de Babiš, est organisé pour servir de manière opportuniste les intérêts économiques de son dirigeant. Compte tenu des diverses procédures judiciaires visant Babiš, le rôle actuel d’ANO est de garantir le maintien de son immunité parlementaire. Son illibéralisme est donc avant tout stratégique. Sa critique sélective de l’Europe, ses allusions à la migration illégale ou son opposition à la régulation climatique se combinent à un soutien social ciblé à certains segments de la population. Cet illibéralisme modéré mobilise l’électorat d’ANO parmi les votants moins diplômés et ruraux, sans heurter directement les intérêts économiques ouest-européens de Babiš, ses contacts au sein de l’Union européenne (qui incluent le président Macron) ni son modèle économique fondé sur les subventions de l’État et de l’UE.

Le second parti gouvernemental, le SPD (Liberté et démocratie directe), classé à l’extrême droite, est plus dogmatiquement centré sur l’opposition à la migration, à l’internationalisme — en particulier à l’UE, qu’il souhaite quitter — et de plus en plus, aussi, au soutien tchèque à l’Ukraine. Son chef, Tomio Okamura, récemment désigné président de la Chambre basse du Parlement, appelle à donner la priorité aux citoyens tchèques avant tout. Son discours du Nouvel An, dénonçant les initiatives tchèques de soutien à l’Ukraine, qualifiant le gouvernement ukrainien de « junte autour de Zelensky » et affirmant que l’UE se dirige vers une « troisième guerre mondiale », a constitué une gêne pour le gouvernement. Le SPD combine ses appels nativistes avec un soutien social ciblé aux groupes défavorisés dans des domaines tels que les retraites, l’accès au logement abordable et le contrôle du coût de la vie.

Les Motoristes constituent la troisième composante du gouvernement. Fondés par un groupe de conservateurs de droite désabusés, ils combinent des positions économiques libertariennes avec un traditionalisme masculiniste. Ils aiment les gros moteurs thermiques et les faibles impôts. Cette dernière position, toutefois, peut les mettre en porte-à-faux avec leurs partenaires de coalition, dont les politiques sociales nativistes exigent des niveaux de dépenses plus élevés.

Répartition des partis tchèques sur le spectre politique. Chapel Hill Expert Survey

La figure ci-dessus, fondée sur les travaux de l’équipe du Chapel Hill Expert Survey présente les positions des partis gouvernementaux (triangles) et d’opposition (cercles) tchèques en matière de soutien à la démocratie libérale (axe vertical) et de positionnement économique gauche-droite (axe horizontal). Elle montre que l’espace politique tchèque est relativement resserré sur les questions économiques, mais plus dispersé sur la question démocratique. Alors que les formations d’opposition soutiennent clairement les principes constitutionnels libéraux — particulièrement un exécutif contraint et une justice indépendante — du pays (nombre de leurs dirigeants se sont exprimés en faveur du président Pavel), les trois partis gouvernementaux se situent du côté illibéral du spectre — les Motoristes étant en tête sur ce plan (notons que ces données ont été collectées début 2025, avant les dernières élections).

La figure met également en évidence les divisions du gouvernement sur les questions économiques. Alors qu’ANO et le SPD se situent à l’extrémité gauche de l’espace politique tchèque, les Motoristes — qui oscillent entre libertarianisme économique et autoritarisme culturel — comptent parmi les plus à droite.

La fragilité de cette coalition gouvernementale, divisée entre hommes d’affaires en quête de profits, radicaux nativistes et marginaux fascinés par le nazisme, ainsi que sur des priorités économiques fondamentales, a conduit Andrej Babiš à minimiser le conflit politique avec la présidence et à rechercher une remise à zéro politique.

Pourquoi cela importe-t-il ?

Les récents événements à Prague constituent une scène mineure dans le drame des luttes démocratiques qui se jouent aujourd’hui dans la plupart des démocraties développées. La semaine écoulée met toutefois en lumière la manière dont la démocratie peut se protéger contre des tentatives sans scrupules de contournement des normes libérales. La position inébranlable, guidée par la Constitution, des forces politiques de contre-pouvoir, combinée à une mobilisation civique organisée, a laissé les challengers illibéraux sur la touche.

Le président Pavel est resté fidèle à sa ligne tout au long du conflit de nomination, tout en précisant qu’il ne céderait que sur injonction de la Cour constitutionnelle. Son argumentation claire, se référant explicitement à la Constitution et à la jurisprudence constitutionnelle, a rendu toute riposte difficile pour les partisans des Motoristes. Parallèlement, l’organisation civique « Un million de moments pour la démocratie », désormais un groupe aguerri qui avait mené les grandes manifestations contre Babiš en 2019, a développé un maillage efficace et maintenu une large audience à travers le pays. Cela lui a permis de mobiliser 100 000 manifestants à un moment clé, offrant un important soutien populaire au président et forçant la main au premier ministre.

Ce n’est certainement pas le dernier acte de ce drame démocratique, mais un acte qui devrait être étudié par tous les responsables politiques et les citoyens qui continuent de penser que la démocratie libérale — la séparation des pouvoirs politiques et la protection des droits et libertés individuels — est préférable aux alternatives disponibles.

 

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