L’Espagne a enregistré en 2025 une chute des arrivées de migrants en situation irrégulière. Les chiffres officiels du ministère de l’Intérieur indiquent que 36 775 personnes sont entrées illégalement sur le territoire l’an dernier, principalement par la mer. Cela représente une baisse de plus de 40 % par rapport à 2024, où plus de 64 000 arrivées avaient été comptabilisées.
Pays de première ligne aux portes de l’Europe, l’Espagne subit depuis plusieurs années la pression de ses partenaires européens pour endiguer les flux migratoires sur les routes maritimes les plus dangereuses.
La route des Canaries en net recul
La diminution est particulièrement marquée sur la route de l’Atlantique, longtemps considérée comme l’une des plus mortelles au monde. Les arrivées aux îles Canaries ont chuté de 62 %, avec moins de 18 000 migrants recensés en 2025. Une évolution notable, tant cet archipel était devenu ces dernières années un point d’entrée majeur vers l’Europe.
À l’inverse, la Méditerranée occidentale montre une tendance différente. Les arrivées aux Baléares, principalement depuis l’Algérie, ont augmenté de près de 25 %, et atteignent ainsi plus de 7 300 personnes.
Des morts toujours trop nombreuses
L’ONG espagnole Caminando Fronteras estime que plus de 3 000 personnes ont perdu la vie durant leur quête pour rejoindre l’Espagne en 2025, dont 437 mineurs. Ces chiffres sont établis à partir de témoignages familiaux et de données sur les sauvetages.
Moins de bateaux atteignent les côtes espagnoles, mais les traversées restent tout aussi périlleuses, voire plus longues et plus risquées.
Une meilleure stratégie de diplomatie migratoire en Espagne
Cette baisse est largement attribuée à l’amélioration des relations entre Madrid et Rabat. Depuis que l’Espagne a soutenu en 2022 le plan marocain d’autonomie pour le Sahara occidental, les deux pays ont intensifié leur coopération. On observe maintenant une surveillance maritime accrue, des échanges de renseignements et une lutte renforcée contre les réseaux de passeurs.
Le rôle de la Mauritanie est également central. Les autorités espagnoles et l’agence européenne Frontex pensent que les mesures préventives mises en place dans les pays de départ après la signature en 2024 d’un accord entre l’Union européenne et Nouakchott, assorti d’un financement de 210 millions d’euros, ont eu un grand impact.
Prévenir à la source, à quel prix ?
Le ministre espagnol de l’Intérieur, Fernando Grande-Marlaska, parle d’une stratégie fondée sur la « prévention à la source ». Il veut renforcer des partenariats durables avec les pays africains. Une approche qu’il présente comme la seule capable de réduire durablement l’immigration irrégulière.
Human Rights Watch accuse toutefois les autorités mauritaniennes de violences systématiques à l’encontre des migrants puisque l’on recense tout de même des détentions arbitraires et qu’on y constate des conditions de détention peu salubres. L’ONG dit que ces pratiques se seraient aggravées depuis la signature de l’accord avec l’UE.


