Tout est parti d’un message posté sur les réseaux sociaux par l’eurodéputée roumaine d’extrême droite Diana Șoșoacă. Dans son texte, elle affirme que le vice-président des États-Unis, J.D. Vance, aurait demandé aux Roumains de « se libérer de la domination française par une révolution ». Pour appuyer son propos, elle joint une capture d’écran qui ressemble à un article de presse d’Europa Liberă, la branche roumaine de Radio Free Europe.
On peut y lire un titre spectaculaire : « Sénateur J.D. Vance : Nous ne pouvons pas nous impliquer dans l’État roumain. La Roumanie était un pays démocratique ! Ce n’est plus le cas ! Seul le peuple peut rendre la justice, personne d’autre ! Vous êtes une colonie française ! ».
Si un tel propos avait vraiment été tenu par l’un des hommes les plus influents de Washington, il aurait immédiatement fait la une des médias internationaux. Mais en y regardant de plus près, tout s’effondre : ni Vance ni aucun responsable américain n’a jamais parlé d’une « colonie française » en Roumanie, et encore moins appelé à une révolution.
Les signes d’un faux grossier
À première vue, la capture d’écran reprend les codes d’un article journalistique. Mais les détails ne trompent pas. La typographie, la mise en page et le style ne correspondent pas du tout à ceux du vrai site d’Europa Liberă.
Autre indice : le texte appelle JD Vance « sénateur », alors qu’il est aujourd’hui vice-président des États-Unis aux côtés de Donald Trump. Certes, Vance avait été élu sénateur de l’Ohio en 2023, mais il a abandonné ce siège lorsqu’il a rejoint la Maison Blanche.
Une simple recherche en ligne suffit à confirmer qu’aucune déclaration de ce genre n’existe, ni en anglais ni en roumain. Le seul contenu qui circule est une vidéo YouTube où Diana Șoșoacă reprend les mêmes accusations, en évoquant une mystérieuse vidéo TikTok attribuée à Vance. Problème : aucune trace d’un tel contenu sur ses comptes officiels.
Plus clair encore, la directrice d’Europa Liberă, Elena Tănase, a elle-même confirmé que tout cela était inventé de toutes pièces. « Oui, nous connaissons ce faux depuis longtemps. Il ne fait aucun doute que c’est une fabrication », a-t-elle déclaré.
La réponse de Șoșoacă : libre de dire n’importe quoi ?
Contactée pour réagir, l’eurodéputée ne s’est pas justifiée. Elle a préféré accuser Euronews d’être « soumise à un système corrompu et trompeur ». Elle a poursuivi en affirmant : « Je poste ce que je veux parce que, contrairement à vous, je suis une personne libre. Ne touchez pas à la Roumanie. »
Cette sortie n’a rien de surprenant. Diana Șoșoacă s’est déjà fait un nom en multipliant les déclarations polémiques, souvent proches de la rhétorique pro-russe. Les observateurs de la vie politique roumaine la connaissent pour ses exagérations et ses accusations sans fondement.
Du côté du Parlement européen, on a préféré rester prudent : « Nous ne commentons pas les publications individuelles des eurodéputés », a indiqué son service de presse. Mais l’institution assure qu’elle prend « très au sérieux » la question des fausses informations diffusées par ses membres.
Un rappel du discours de Munich
Faut-il en conclure que J.D. Vance n’a jamais critiqué la Roumanie ? Pas exactement. En février dernier, lors de la Conférence sur la sécurité de Munich, il avait évoqué l’annulation du premier tour des élections présidentielles de novembre 2024, une décision justifiée par la Cour constitutionnelle roumaine en raison d’allégations d’ingérence russe.
Vance avait mis en doute la solidité d’une démocratie qui peut vaciller face à quelques campagnes en ligne : « Si votre démocratie peut être détruite par quelques centaines de milliers de dollars de publicité achetée par une puissance étrangère, c’est qu’elle n’était pas très solide », avait-il déclaré.
Ces propos sont critiques, mais jamais il n’a parlé de colonisation française ou de révolution.
D’où vient l’idée de la « colonie française » ?
Șoșoacă a également affirmé que l’État roumain avait « disparu » le 5 octobre 2024. On peut supposer qu’elle faisait référence à un discours de l’ancien président Klaus Iohannis lors du Sommet de la Francophonie ce jour-là.
La Roumanie fait partie de l’Organisation internationale de la Francophonie depuis plusieurs années. Le français reste la deuxième langue étrangère enseignée. Mais cela n’a évidemment rien à voir avec un statut de colonie.
L’amalgame entre francophonie et colonisation relève donc d’une interprétation volontairement trompeuse.


