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Europe

La Pologne, un pays qui a été « pris en sandwich » par ses voisins

Suzanne LatrePar Suzanne Latresamedi, 08 novembreMise à jour:samedi, 08 novembreAucun commentaire8 Min Temps de lecture
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Donald Tusk et Karol Nawrocki risquent de ne pas avancer loin dans cette Pologne tiraillée politiquement.
Donald Tusk et Karol Nawrocki risquent de ne pas avancer loin dans cette Pologne tiraillée politiquement.
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Ce n’est pas un hasard si la Pologne tremble lorsque Moscou éternue. Ni si elle regarde Berlin avec autant d’envie que de suspicion.
Depuis des siècles, ce pays vit dans un entre-deux géopolitique. Entre la Russie, qui a longtemps voulu la dominer, et l’Allemagne, qui la fascine autant qu’elle l’inquiète, la Pologne avance comme un funambule, les yeux rivés sur sa survie.

Mais aujourd’hui, cette vieille tension façonne les choix politiques quant à la guerre en Ukraine, à la sécurité énergétique et la défense européenne.

Pourquoi faut-il s’y intéresser ? Parce qu’en Pologne se joue quelque chose d’essentiel : le futur équilibre entre Est et Ouest. Ce pays qui risque de surpasser le Royaume-Uni en termes de PIB et qui n’est pas tiraillé par les débats sur l’immigration pourrait très bien devenir l’une des plus grandes puissances européennes.
Trop souvent résumée à ses débats sur l’État de droit ou son conservatisme, la Pologne est en fait le baromètre de la peur et du courage européens.

« Nous avons été pris en sandwich par la Russie et l’Allemagne »

Par cette phrase rigolote, Aleksandra, une jeune polonaise explique que la Pologne a eu un énorme sentiment d’impuissance à cause des invasions russes et allemandes. Trois fois rayée des cartes, trois fois ressuscitée.

« Être Polonais, c’est survivre à des cartes qu’on ne dessine jamais soi-même. » – Stanisław Cat-Mackiewicz, journaliste et ancien Premier ministre en exil

Dès le Moyen Âge, la Pologne occupe une position stratégique car elle se trouve entre les mondes catholique et orthodoxe, germanique et slave.
Sous les rois Jagellons (XIVe-XVIe siècles), elle forme avec la Lituanie une vaste fédération: la République des Deux Nations, une démocratie nobiliaire unique en Europe. Varsovie, Cracovie, Vilnius : ce sont alors les capitales d’un territoire qui s’étend de la mer Baltique aux confins de l’Ukraine actuelle.

Mais cette grandeur attire les convoitises. La Russie des tsars lorgne sur l’Est, la Prusse et l’Autriche sur l’Ouest et le Sud. Ce royaume ouvert et fertile, sans véritables montagnes pour le défendre, devient bientôt le théâtre d’un jeu d’échecs permanent.

Entre 1772 et 1795, la Pologne disparaît. Trois fois dépecée par ses voisins; la Russie, la Prusse et l’Autriche-Hongrie, elle cesse d’exister pendant plus de 120 ans.

  • 1772 : première partition. Catherine II de Russie, Frédéric II de Prusse et Marie-Thérèse d’Autriche s’accordent pour « stabiliser » la région. Varsovie perd le tiers de son territoire.
  • 1793 : la Russie et la Prusse avalent le reste de la Grande Pologne et de la Biélorussie.
  • 1795 : après l’insurrection de Tadeusz Kościuszko, écrasée par l’armée russe, la Pologne est rayée des cartes.

« La Pologne n’est plus », écrivent les chancelleries européennes, avec la froideur des diplomates.
Mais dans les villages, on continue de célébrer les fêtes nationales clandestinement, d’apprendre le polonais dans les granges, d’entretenir le rêve d’un retour.

Le XIXe siècle, sandwich plein de résistance et d’effacement

Pendant tout le XIXe siècle, les Polonais vivent sous domination étrangère. La Pologne se retrouve russifiée à l’Est, germanisée à l’Ouest.
Mais cette période forge un esprit de résistance farouche.

  • 1830-1831 : l’insurrection de novembre, menée contre l’armée russe à Varsovie, tourne au carnage. Des milliers de jeunes officiers polonais s’exilent à Paris, formant la fameuse « Grande Émigration ».
  • 1863 : l’insurrection de janvier est écrasée par les cosaques. La répression est brutale : pendaisons publiques, confiscations de terres, exil en Sibérie.

La Russie tsariste interdit alors l’usage du polonais, ferme les écoles, détruit les symboles nationaux.
Dans les territoires prussiens, Bismarck mène sa politique de Kulturkampf : germanisation forcée, interdiction de la langue polonaise à l’école, colonisation des terres par des familles allemandes.

Un instituteur de Poznań écrira plus tard :
« Ils ont voulu que nos enfants parlent allemand, mais ils ont appris à haïr dans toutes les langues. »

1918 : la résurrection d’un pays

La Première Guerre mondiale bouleverse la donne. L’Empire russe s’effondre, l’Allemagne capitule, l’Autriche se désintègre.
Sur ces ruines renaît, en novembre 1918, la Deuxième République de Pologne. Son chef, Józef Piłsudski, ancien révolutionnaire devenu stratège, proclame l’indépendance et rêve d’une fédération d’États libres entre la mer Baltique et la mer Noire. C’est un projet qu’il appelle Międzymorze.

Mais la paix est de courte durée. À l’Est, la Russie bolchevique veut exporter la révolution.
En 1920, les troupes soviétiques foncent sur Varsovie. La capitale est sur le point de tomber quand Piłsudski lance une contre-offensive éclair : le “miracle de la Vistule”.
Les Polonais repoussent l’Armée rouge aux portes de la Biélorussie. Ce triomphe fait de Piłsudski un héros national et sauve l’Europe de l’Ouest d’une contagion communiste.

1939 : la double invasion, l’effondrement total

Le 1er septembre 1939, la Wehrmacht envahit la Pologne avec une organisation et une efficacité redoutable grâce à son incroyable Luftwaffe, l’armée aérienne qui offre des renforts aux troupes au sol.
Deux semaines plus tard, l’Armée rouge entre par l’Est, conformément au pacte secret Molotov–Ribbentrop signé entre Hitler et Staline.
Le pays est dépecé une nouvelle fois : l’Ouest annexé par le Reich, l’Est par l’Union soviétique.
Varsovie est bombardée, puis rasée. Des centaines de milliers de civils fuient vers la Hongrie ou la Roumanie.

Sous occupation nazie, la Pologne subit un enfer sans équivalent : 6 millions de morts, dont 3 millions de Juifs.
Les ghettos de Varsovie, Lodz ou Cracovie deviennent des antichambres de la mort.
En 1943, l’insurrection du ghetto de Varsovie, menée par des jeunes à peine armés, devient un symbole mondial de résistance désespérée.
Un an plus tard, en août 1944, la résistance polonaise (Armia Krajowa) tente de libérer la capitale avant l’arrivée des Soviétiques.
L’insurrection dure 63 jours, 200 000 morts pendant que, de l’autre côté de la Vistule, l’Armée rouge reste immobile.


« Nous combattions les Allemands, mais nous savions que ceux qui viendraient ensuite ne seraient pas des libérateurs. » dit Maria S., une survivante.

1945-1989 : la liberté sous tutelle

La Pologne “libérée” par les Soviétiques devient un satellite de Moscou.
Le régime communiste s’installe, avec son lot de censure, de surveillance, de purges.
Le pouvoir communiste, dirigé d’abord par Bolesław Bierut, puis par Władysław Gomułka, prétend défendre les ouvriers, mais tire sur eux à Poznań en 1956.

Pourtant, la résistance ne s’éteint pas.
Dans les années 1970 et 1980, un syndicat indépendant, Solidarność, émerge dans les chantiers navals de Gdańsk.
Son leader, Lech Wałęsa, galvanise des millions de travailleurs.
En 1981, le général Jaruzelski impose la loi martiale, arrête les syndicalistes, fait taire la presse. Mais l’élan est trop fort.
Le pape polonais Jean-Paul II, élu en 1978, devient le symbole spirituel d’une résistance pacifique à l’oppression.

À Gdańsk, un ouvrier notera dans son journal :
« Nous avons survécu aux Allemands, aux Russes, aux communistes. Nous survivrons aussi à la peur. »

1989 : le retour à la démocratie

La chute du mur de Berlin entraîne celle du régime polonais.
En 1989, les premières élections semi-libres sont remportées par Solidarność.
La Pologne redevient un État souverain, mais à quel prix? On constate alors des infrastructures délabrées, une économie en ruine et pire encore, une méfiance viscérale envers tout ce qui rappelle l’ingérence étrangère.

Ce traumatisme forge un réflexe politique encore visible aujourd’hui. C’est la peur de dépendre, que ce soit de Moscou, de Berlin ou de Bruxelles.
C’est cette mémoire, faite d’humiliations et de renaissance, qui explique pourquoi la Pologne moderne parle de sécurité, d’indépendance énergétique, ou de frontières comme d’une question de vie ou de mort.

Et maintenant? Que se passe-t-il en Pologne?

La scène politique polonaise ressemble aujourd’hui à un orchestre où chaque pupitre joue une partition différente.

Depuis le retour de Donald Tusk aux affaires, on assiste à une tentative de recentrage pro-européen et de réparation des institutions, mais aussi à des chocs frontaux avec des réseaux établis par des années de domination du PiS : magistrats disciplinés, médias proches du pouvoir et élites locales qui ont appris à tirer parti d’un système verrouillé.

D’un côté, le gouvernement tente de ravauder la confiance avec Bruxelles et de relancer la normalité démocratique. Mais de l’autre côté, les batailles judiciaires et les manœuvres administratives laissent penser que le « rétablissement » ne sera ni linéaire ni instantané. Les rues s’animent, pleines de manifestations de soutien aux juges indépendants, de contre-manifestations des partisans du PiS.

« Nous n’avons pas encore reconquis la confiance collective, en fait, beaucoup pensent que nous allons dans la mauvaise direction », observe un jeune activiste à Varsovie.

Avec 45,2 % des citoyens qui estiment que leur situation s’est dégradée depuis 2023, selon United Surveys, l’ambiance politique est loin d’être euphorique.

La justice, autre pilier du système républicain, est encore plus fragilisée aux yeux du public : un rapport IBRiS révèle que 57 % des Polonais ne font pas confiance aux tribunaux, un record historique.

Et quand il s’agit de l’exécutif, malgré un vote de confiance passé en juin, la perspective d’une cohabitation constructive entre Tusk et Nawrocki est jugée improbable : 69 % des sondés ne croient pas à leur coopération, selon un sondage de juillet.

De fait, les appels au changement se font entendre de plus en plus fort : en novembre 2025, plus de la moitié des électeurs (52 %) estiment que Tusk devrait quitter le fauteuil de Premier ministre.

Donald Tusk Histoire polonaise Nawrocki Pologne Prusse Russie
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