Le 27 juillet 2025, après des semaines de négociations, les États-Unis et l’Union européenne ont conclu un accord-cadre sur les tarifs douaniers, juste avant une nouvelle série de discussions commerciales entre Washington et la Chine.
Cet accord s’est scellé lors d’une rencontre en tête-à-tête entre le président américain Donald Trump et la présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen à Turnberry, en Écosse. Décrit comme un moment historique pour le commerce mondial, il montre encore une fois la logique protectionniste de Trump et a offert à l’UE une issue moins coûteuse que prévue.
Le compromis tarifaire a dû se faire très vite
Après des mois de bras de fer, Trump a enfin arrêté d’essayer d’imposer des tarifs de 30 % sur les importations européennes le 1er août.
Finalement, un tarif plus sympathique de 15 % s’appliquera à la plupart des exportations européennes vers les États-Unis, y compris les voitures et les produits pharmaceutiques.
Ce taux, bien que plus élevé que les 1,2 % en vigueur avant l’arrivée de Trump, est une concession par rapport aux 25 % imposés sur les voitures depuis avril ou aux 50 % sur l’acier et l’aluminium, qui restent inchangés. En contrepartie, l’UE s’engage à ouvrir ses marchés à certains produits américains à 0 % de droits de douane dans l’aéronautique, les produits chimiques et certains secteurs agricoles.
L’UE s’est également engagée à acheter pour 750 milliards de dollars de produits énergétiques américains (pétrole, gaz, combustible nucléaire) sur trois ans et à investir 600 milliards de dollars supplémentaires aux États-Unis dans l’industrie et l’armement.
Cet accord devrait générer environ 90 milliards de dollars de recettes douanières pour les États-Unis, et réduira le déficit commercial américain avec l’UE, qui s’élevait à 236 milliards de dollars en 2024.
Une victoire symbolique pour Trump
Pour l’administration Trump, cet accord est une réussite éclatante. Le président a célébré un « moment historique » qui renforce l’économie américaine. Le vice-président JD Vance a dit que « la presse européenne chante les louanges du président« , tandis que les médias américains pourraient titrer « Trump n’a obtenu que 99,9 % de ce qu’il voulait« .
Pour l’UE, l’accord est une forme de contrôle des dégâts. Ursula von der Leyen le voit comme un « accord majeur » qui apporte « stabilité et prévisibilité » à une relation commerciale évaluée à 1,4 trillion d’euros. Bien que le tarif de 15 % soit supérieur aux 10 % obtenus par le Royaume-Uni, il évite une guerre commerciale qui aurait été désastreuse pour une économie européenne déjà fragile.
Le chancelier allemand Friedrich Merz croit aussi que cet accord protège l’industrie automobile, durement touchée par les tarifs précédents. L’Italie, par la voix de Giorgia Meloni, a dit qu’il garantit une certaine stabilité, bien que des détails restent à clarifier.
Une discussion sur les tarifs qui n’est pas si amicale que l’on pourrait le croire
Les discussions n’ont pas été simples. L’UE, confrontée à un Trump inflexible, a dû jouer serré. Pendant des semaines, Bruxelles a brandi la menace de contre-tarifs sur des produits américains comme le bourbon, les pièces d’avion ou le bœuf, pour protéger ses industries clés, comme l’automobile et les spiritueux. La France, jugeait cette négociation comme trop conciliante. Le ministre du Commerce Laurent Saint-Martin a déclaré que « Trump ne comprend que la force » et que l’UE aurait dû se montrer plus ferme.
Mais l’UE était en position de faiblesse. Elle dépend fortement des États-Unis pour sa sécurité via l’OTAN et les livraisons d’armes à l’Ukraine. John Clarke, ancien négociateur européen, dit que « l’UE n’avait pas le choix » face à un Trump déterminé. Une guerre commerciale aurait aggravé les incertitudes signalées par la Banque centrale européenne, qui pointait déjà les tensions commerciales comme un frein à la croissance.
The Winner Takes It All
Cet accord profite aux deux parties, mais de manière inégale. Pour les États-Unis, il renforce les recettes fiscales et stimule les exportations, tout en répondant à la vision de Trump d’un commerce « équilibré ».
Les constructeurs automobiles européens, comme Volkswagen ou Mercedes, bénéficient d’un tarif réduit à 15 %, contre 27,5 % précédemment, un soulagement pour l’Allemagne. Les tarifs élevés sur l’acier (50 %) et les incertitudes sur les produits pharmaceutiques, comme ceux de Novo Nordisk ou Sanofi, inquiètent l’Irlande et le Danemark. Les consommateurs américains, eux, pourraient subir une hausse des prix car les importateurs répercutent souvent les coûts des tarifs.
De nombreux détails restent encore à finaliser. Les négociations sur les spiritueux, l’acier ou les semi-conducteurs se poursuivront dans les semaines à venir. Par ailleurs, Trump maintient la pression sur d’autres partenaires, comme le Mexique, le Canada et la Chine, avec des discussions prévues d’ici le 12 août. Une pause de 90 jours sur les tarifs avec la Chine semble envisageable, mais Pékin adopte une posture plus dure que l’UE.


