Pour la première fois de son histoire, la dette publique du Royaume-Uni s’apprête à dépasser les 3 000 milliards de livres sterling. Selon les projections de l’Office for Budget Responsibility (OBR), ce seuil symbolique sera franchi dès cette année, reflet d’années de crises successives et de choix budgétaires coûteux.
À titre de comparaison, la dette du Royaume-Uni s’élevait à 350 milliards de livres au début des années 2000. En un quart de siècle, elle a donc été multipliée par près de dix.
Une facture d’intérêts qui étouffe les finances publiques
Le problème n’est pas seulement le niveau de la dette, mais son coût. En 2026-2027, le Trésor britannique prévoit de consacrer 135 milliards de livres au seul paiement des intérêts. Un montant supérieur au budget de la défense et presque équivalent à celui de l’éducation.
Sur les cinq prochaines années, les contribuables devront absorber plus de 600 milliards de livres d’intérêts, alors même que les services publics restent sous tension. Concrètement, près d’une livre sur dix dépensée par l’État servira uniquement à rembourser le passé, et non à financer l’avenir.
Cette dérive n’est pas le fruit d’un seul gouvernement. La crise financière de 2008, la pandémie de Covid-19 puis la flambée des prix de l’énergie ont entraîné des vagues de dépenses d’urgence successives. Résultat : la dette publique frôle désormais 100 % du revenu national.
Les projections de l’OBR sont sans appel : la dette pourrait dépasser 3 500 milliards de livres d’ici 2030-2031, confirmant une trajectoire jugée préoccupante par de nombreux économistes.
Le chancelier de l’Échiquier prévoit d’emprunter plus de 430 milliards de livres supplémentaires sur les cinq prochaines années pour combler les déficits. En parallèle, le gouvernement a lancé la plus forte hausse d’impôts depuis au moins soixante ans, représentant environ 75 milliards de livres de recettes annuelles supplémentaires.
Les dépenses sociales, notamment, continuent de progresser : les aides sociales devraient passer de 333 milliards cette année à plus de 400 milliards en 2030-2031, tandis que certaines réformes prévues ont été abandonnées ou édulcorées.
Un problème britannique, des problèmes mondiaux…
Sur le terrain économique, les signaux se dégradent. La croissance marque le pas, plombée par la pression fiscale sur les ménages et les entreprises. Depuis l’arrivée des travaillistes au pouvoir, le taux de chômage est passé de 4,1 % à 5,1 %, nourrissant les critiques de l’opposition.
Les conservateurs dénoncent une politique de l’endettement « sans précédent », avertissant que les jeunes générations hériteront d’un fardeau record, dans un contexte de marché du travail déjà fragilisé.
La situation du Royaume-Uni s’inscrit dans un cadre bien plus large. Pour le FMI, la dette publique mondiale approche les 100 000 milliards de dollars et pourrait dépasser la taille de l’économie mondiale dès 2029.
L’OCDE alerte également sur un risque imminent : 42 % de la dette publique mondiale arrivera à échéance d’ici 2027, obligeant les États à refinancer à des taux bien plus élevés qu’à l’époque de l’argent quasi gratuit.
Le Royaume-Uni, comme la France, dépend fortement des investisseurs étrangers pour financer sa dette. Or, les rendements des obligations britanniques restent élevés, autour de 4,5 %, malgré les baisses de taux de la Banque d’Angleterre. Une situation qui renchérit encore le coût du crédit public et limite les marges de manœuvre budgétaires.


