Bruxelles, 23 février 2026 – Le Parisien Matin, Le Parlement européen a décidé lundi de suspendre le vote crucial sur l’Accord commercial UE-USA de 2026, suite à la décision de Donald Trump d’imposer une taxe d’importation globale de 15 %. Ce report, le deuxième en quelques mois, intervient alors que la commission du commerce devait valider la suppression des droits de douane sur de nombreux produits américains, pilier central de l’accord conclu à Turnberry en juillet dernier.
Les législateurs européens jugent l’Accord commercial UE-USA 2026 de plus en plus déséquilibré, dénonçant un protectionnisme américain persistant malgré les concessions de Bruxelles. Cette nouvelle impasse jette un froid sur les relations transatlantiques, les eurodéputés exigeant désormais des garanties plus fermes et des clauses de sauvegarde face à l’imprévisibilité de la politique commerciale de Washington.
Une riposte parlementaire face à l’unilatéralisme
La décision de la commission du commerce international du Parlement européen de reporter son vote, initialement prévu ce mardi, n’est pas qu’un simple contretemps technique. C’est une réponse directe à l’imposition d’un droit de douane global de 15 % par le président américain. Cette mesure fiscale a été instaurée après que la Cour suprême des États-Unis a invalidé de précédents tarifs mondiaux, poussant l’exécutif américain à adopter une stratégie de taxation « aveugle » touchant tous ses partenaires.
Pour les eurodéputés, voter l’Accord commercial UE-USA dans ce contexte reviendrait à accepter une négociation sous la contrainte. L’assemblée européenne, qui doit impérativement donner son feu vert aux côtés des gouvernements des États membres, refuse de valider un texte qui semble désormais caduc face à la réalité des barrières douanières actuelles.
Les piliers de l’entente de Turnberry en péril
L’Accord commercial UE-USA reposait sur un équilibre fragile conclu en Écosse l’été dernier. Le projet législatif prévoyait la suppression de la majorité des droits de douane de l’Union européenne sur les marchandises américaines. En contrepartie, les États-Unis s’engageaient à maintenir des conditions favorables pour certains produits sensibles, comme les homards, dont les droits de douane sont nuls depuis un accord préliminaire en 2020.
Cependant, la nouvelle taxe de 15 % rend ces concessions européennes disproportionnées. De nombreux élus soulignent que l’UE se retrouverait à ouvrir totalement son marché alors que les exportations européennes vers les États-Unis resteraient lourdement taxées. Ce déséquilibre flagrant est le point de friction majeur qui empêche toute avancée législative immédiate.

Une méfiance exacerbée par les crises passées
Ce n’est pas la première fois que l’Accord commercial UE-USA se heurte à des obstacles politiques majeurs. Les travaux avaient déjà été interrompus lorsque des tensions ont éclaté au sujet de propositions américaines jugées provocatrices, notamment concernant l’intérêt de Washington pour l’acquisition du Groenland ou les menaces de sanctions contre les alliés européens sur des dossiers énergétiques.
« On ne peut pas signer un traité de paix commerciale pendant que l’autre camp continue de bombarder nos industries avec des taxes arbitraires », a déclaré Bernd Lange, président de la commission du commerce du Parlement européen, soulignant l’impossibilité de poursuivre le dialogue sans un retrait préalable des tarifs américains.
L’impact sectoriel d’un échec des négociations
Si l’Accord commercial UE-USA n’est pas ratifié, les conséquences pour l’économie réelle seront immédiates. Le secteur de la pêche, particulièrement celui du homard, se retrouve en première ligne. Les accords de 2020, qui garantissaient des droits nuls, pourraient être remis en question si l’Europe décide d’appliquer des mesures de rétorsion.
De même, l’industrie manufacturière et technologique européenne, qui espérait une réduction des coûts d’exportation, doit désormais intégrer une taxe de 15 % dans ses prévisions budgétaires pour 2026. Cette situation favorise une incertitude qui freine les investissements transatlantiques, poussant de nombreuses entreprises à chercher des alternatives sur les marchés asiatiques ou sud-américains.
Les mécanismes de protection européenne en question
L’Union européenne avait pourtant tenté d’intégrer des clauses de sauvegarde dans l’Accord commercial UE-USA. Parmi elles, une clause de « sunset » de 18 mois permettait de mettre fin au traité si les promesses n’étaient pas tenues, ainsi que des mécanismes de surveillance pour contrer d’éventuels pics d’importations américaines déstabilisant le marché intérieur.
Ces outils de défense sont aujourd’hui jugés insuffisants par une partie de la classe politique européenne. Les critiques estiment que l’UE doit adopter une posture plus offensive, calquée sur le principe de réciprocité stricte. Le report du vote est donc perçu comme une opportunité de renégocier ces protections pour les rendre plus automatiques et plus contraignantes pour Washington.
Vers un bras de fer diplomatique prolongé
L’avenir de l’Accord commercial UE-USA dépend désormais de la capacité des deux blocs à entamer une désescalade. Bruxelles attend un geste clair de la Maison Blanche, notamment une exemption pour les produits européens concernant la taxe de 15 %. Sans ce signal, le Parlement européen pourrait maintenir le gel des discussions pendant plusieurs mois, voire jusqu’aux prochaines échéances électorales.
La Commission européenne, de son côté, continue de défendre la nécessité d’un accord pour stabiliser l’économie mondiale, mais elle se retrouve prise entre deux feux : l’agressivité tarifaire américaine et la fermeté croissante des législateurs à Strasbourg et Bruxelles.
Une remise en cause de la dépendance au marché américain
Le blocage de l’Accord commercial UE-USA force l’Europe à accélérer sa stratégie de diversification. L’idée d’une « autonomie stratégique ouverte » gagne du terrain. En 2026, l’UE ne peut plus se permettre d’être l’otage des revirements de la politique intérieure américaine ou des décisions de la Cour suprême des États-Unis.
Cette crise pourrait marquer le début d’un pivot européen vers d’autres zones de libre-échange, renforçant les discussions avec le Mercosur ou les puissances du Pacifique. L’objectif est clair : réduire la vulnérabilité de l’économie européenne face aux chocs transatlantiques.
La souveraineté économique face au test américain
L’Accord commercial UE-USA reste un outil théoriquement bénéfique, mais son application pratique semble de plus en plus incompatible avec la doctrine actuelle de « America First ». Le report du vote n’est pas une fin en soi, mais un rappel que l’Union européenne dispose d’un pouvoir de négociation réel grâce à son marché unique.
La suite des événements déterminera si l’Accord commercial UE-USA finira par être ratifié dans une version amendée ou s’il rejoindra la liste des traités commerciaux ambitieux mais avortés par manque de confiance mutuelle.



