Qamichli, 8 mars 2026 – Le Parisien Matin, L’histoire bégaie au Kurdistan. Alors que les frappes américano-israéliennes ébranlent Téhéran, les milices kurdes d’Iran, basées dans le nord de l’Irak, hésitent à franchir le pas d’une Alliance avec les États-Unis. La raison de cette frilosité ? Un avertissement cinglant venu du nord-est de la Syrie. À Qamichli, les Kurdes syriens, qui ont vu leur zone autonome s’effondrer en janvier sous les coups de la nouvelle armée d’Ahmed al-Sharaa sans que Washington ne lève le petit doigt, appellent leurs cousins à la plus grande prudence. « Ils vous abandonneront dès qu’un accord sera conclu avec les Iraniens », prévient un habitant.
Bien que Donald Trump ait récemment découragé une attaque kurde directe contre les forces de sécurité iraniennes, les insurgés exigent des garanties que Washington semble incapable ou peu disposé à fournir. Cette Alliance avec les États-Unis, autrefois perçue comme un rempart, est désormais vue comme un piège diplomatique où les forces locales servent de « fer de lance » avant d’être sacrifiées sur l’autel de la realpolitik.
Les leçons amères du nord-est syrien
La méfiance actuelle trouve ses racines dans la décennie passée. Les combattants kurdes de Syrie, autrefois partenaires privilégiés de Washington dans la lutte contre l’État islamique, ont vu leur influence s’effriter rapidement. Selon les témoignages recueillis sur place, l’idée d’une Alliance avec les États-Unis est désormais perçue comme un pari risqué dont le coût humain et politique peut s’avérer dévastateur lorsque les priorités diplomatiques mondiales évoluent.
« J’espère que les Kurdes d’Iran ne s’allieront pas à l’Amérique, parce qu’ils les abandonneront. » – Saad Ali
Une coordination militaire sous haute tension
Des sources concordantes indiquent que des milices iraniennes installées dans la région semi-autonome du Kurdistan irakien ont intensifié leurs échanges avec les conseillers américains. L’objectif affiché serait de déstabiliser les forces de sécurité dans l’ouest de l’Iran, profitant du contexte de pressions militaires exercées par Israël et les États-Unis. Pourtant, même au sein de l’administration américaine, des voix s’élèvent pour freiner cette escalade, craignant un embrasement régional incontrôlable.
Pour de nombreux analystes, une Alliance avec les États-Unis dans ce contexte précis place les Kurdes iraniens en première ligne d’un conflit qui les dépasse. La dépendance envers un soutien logistique et aérien étranger crée une vulnérabilité structurelle. Si les lignes de communication ou les intérêts politiques de Washington venaient à changer, ces forces se retrouveraient isolées face à une armée iranienne aguerrie et déterminée.
Le spectre de l’abandon politique
Le souvenir de janvier dernier, lorsque l’armée syrienne sous le commandement du président Ahmed al-Sharaa a repris le contrôle de vastes territoires autrefois tenus par les Kurdes, reste une plaie ouverte. À l’époque, les appels à l’aide lancés vers Washington sont restés sans réponse concrète, les États-Unis préférant encourager une fusion avec les forces régulières syriennes plutôt que de s’opposer frontalement à la nouvelle administration de Damas.

Prudence diplomatique et intérêts régionaux
Ahmed Barakat, figure politique respectée au sein du Parti démocratique progressiste kurde en Syrie, prône une retenue absolue. Selon lui, bien que la décision finale appartienne aux leaders kurdes iraniens, s’engager dans une Alliance avec les États-Unis pour servir de « fer de lance » contre Téhéran est une erreur stratégique. La priorité devrait être, selon lui, la recherche de solutions politiques internes plutôt que l’internationalisation d’une lutte armée aux conséquences incertaines.
Parallèlement, des rapports font état de discussions parallèles entre Israël et certains groupes insurgés iraniens depuis plus d’un an. Cette multiplication des acteurs extérieurs complexifie davantage la situation. Pour les Kurdes de Syrie, plus il y a d’acteurs internationaux impliqués, plus le risque de voir les intérêts locaux sacrifiés sur l’autel de la grande diplomatie est élevé. Une Alliance avec les États-Unis dans un tel imbroglio pourrait diluer les revendications légitimes du peuple kurde dans un agenda de changement de régime global.
La voix d’un peuple en quête de stabilité
Au-delà des calculs des états-majors, c’est la survie des communautés qui est en jeu. Les familles de Qamishli et des environs ont payé un lourd tribut pour la sécurité de la région. Elles estiment aujourd’hui que leur sacrifice a été mal récompensé par leurs anciens alliés. Pour elles, envisager une nouvelle Alliance avec les États-Unis sans garanties fermes et à long terme relève de l’imprudence.
Cette déclaration de Saad Ali, citoyen de Qamishli, résonne comme un avertissement pour toute la région. Elle illustre le fossé croissant entre les aspirations des populations locales et les manœuvres des puissances mondiales. La méfiance à l’égard de toute nouvelle Alliance avec les États-Unis est devenue un sentiment partagé par ceux qui ont vécu les soubresauts de la politique étrangère américaine au cours de la dernière décennie.
L’urgence d’une réflexion stratégique autonome
Les leaders kurdes iraniens se trouvent désormais à la croisée des chemins. D’un côté, la tentation d’obtenir des ressources modernes via une Alliance avec les États-Unis est forte. De l’autre, l’exemple syrien montre que ces ressources peuvent être retirées à tout moment, laissant les forces locales exposées. La question de la souveraineté et de l’autonomie reste au cœur des débats dans les camps de réfugiés et les quartiers généraux politiques du Kurdistan.


