Un déficit de financement international majeur
Le constat est d’autant plus amer que le Conseil de paix de Trump reposait sur une promesse de rapidité et d’efficacité managériale appliquée à la géopolitique. Cependant, la réalité du terrain est tout autre. Seuls les Émirats arabes unis, le Maroc et les États-Unis ont honoré leurs engagements financiers. Les autres donateurs, initialement enthousiastes, semblent avoir rétracté leur soutien ou du moins retardé indéfiniment leurs contributions. Ce tarissement des ressources empêche le financement des activités du Comité national pour l’administration de Gaza, l’organe de technocrates palestiniens censé remplacer l’administration du Hamas.
Sans ces fonds, il est impossible de payer les salaires des fonctionnaires, d’assurer la logistique de base ou de lancer les premiers appels d’offres pour la reconstruction des infrastructures vitales. Le manque de visibilité sur les versements futurs crée un climat de méfiance généralisée parmi les acteurs locaux qui attendent des preuves concrètes d’engagement.
L’ombre du conflit iranien sur la diplomatie
L’escalade des tensions militaires entre les forces américano-israéliennes et l’Iran a radicalement changé la donne régionale, détournant l’attention des priorités humanitaires. Cette nouvelle guerre a agi comme un catalyseur de crise pour le Conseil de paix de Trump, épuisant les réserves diplomatiques et financières des pays voisins. Les monarchies du Golfe, traditionnellement pourvoyeuses de fonds, sont désormais préoccupées par leur propre sécurité nationale et la protection de leurs infrastructures énergétiques. Cette instabilité chronique rend le plan pour Gaza secondaire dans l’ordre des priorités internationales.
Le blocage opérationnel du comité de transition
Sur le plan administratif, la situation est tout aussi bloquée. Le groupe de technocrates palestiniens, dirigé par Ali Shaath, se retrouve confiné dans un hôtel du Caire sous la surveillance des services de renseignement égyptiens et américains. Bien que le Hamas se soit déclaré prêt à céder le contrôle civil, le Conseil de paix de Trump ne peut pas garantir la sécurité de ces administrateurs ni leur fournir les moyens d’exercer une autorité réelle. Nickolay Mladenov, l’envoyé spécial du comité, a dû reconnaître officiellement devant les factions palestiniennes qu’aucun argent n’était disponible pour le moment.
Cette paralysie fonctionnelle discrédite l’idée d’une gouvernance alternative et laisse un vide de pouvoir que les groupes armés continuent d’occuper. Sans présence physique à Gaza et sans budget de fonctionnement, le comité de transition n’est qu’une entité théorique dont l’influence s’étiole à mesure que les semaines passent. La frustration monte parmi les membres du comité qui se voient incapables d’agir pour leur propre peuple, tandis que les conditions de vie dans le territoire ne cessent de se dégrader.

Le revers de la diplomatie du carnet de chèques
Cette panne sèche financière révèle une vérité brutale : la diplomatie transactionnelle de Washington se heurte désormais au principe de réalité d’un Proche-Orient en pleine mutation. Pour l’Europe et la France, cet enlisement n’est pas qu’une simple péripétie budgétaire outre-Atlantique, mais un signal d’alarme sur l’effacement des solutions multilatérales au profit d’initiatives personnelles fragiles. Si ce vide n’est pas comblé, le risque est de voir une génération entière de Palestiniens sombrer dans une précarité radicale, poussant les flux migratoires et l’instabilité sécuritaire jusqu’aux portes de la Méditerranée. Le secteur médiatique, lui, observe ici la chute d’un récit politique qui misait tout sur l’influence des pétrodollars pour acheter une paix durable.
Les défis du désarmement et de la sécurité
Le volet sécuritaire du plan constitue un autre obstacle majeur que le Conseil de paix de Trump peine à surmonter. Israël maintient sa position ferme : aucun retrait total des troupes ne sera envisagé tant que le Hamas n’aura pas déposé les armes. De son côté, le mouvement palestinien refuse tout désarmement sans des garanties internationales solides concernant l’arrêt des frappes et la levée du blocus. Les négociations, médiatisées par l’Égypte, sont dans une impasse totale.
Une reconstruction aux coûts vertigineux
Enfin, l’ampleur de la tâche dépasse largement les estimations initiales du Conseil de paix de Trump, aggravant le sentiment d’impuissance. Alors que dix-sept milliards de dollars étaient visés, les institutions mondiales comme la Banque mondiale évaluent désormais le coût total de la reconstruction entre cinquante-trois et soixante-dix milliards de dollars. Quatre-vingts pour cent des infrastructures de Gaza sont en ruines après des mois de bombardements intensifs. Les réseaux d’eau, d’électricité et les hôpitaux doivent être entièrement reconstruits. Le Conseil de paix de Trump se retrouve donc face à un abîme financier que les promesses actuelles ne suffiront jamais à combler. Cette déconnexion entre les besoins réels et les ressources disponibles fragilise la crédibilité de l’ensemble du plan « New Gaza ».


