Vendredi 19 septembre, les fidèles de la salle de prière Eugénie-Cotton, à Fontaine, près de Grenoble, ont eu une mauvaise surprise en arrivant devant leur lieu de culte provisoire. Sur le sol, des morceaux de porc, du saucisson et un tag « Islam dehors ». L’affaire a immédiatement été signalée, et l’Association culturelle des musulmans de Fontaine (ACMF) a déposé plainte.
Dans un communiqué, l’association parle de « gestes abominables, d’une lâcheté inqualifiable » qui visent alors un espace de recueillement ouvert depuis plus de vingt ans. Elle rappelle que ses activités sont tournées vers le « bien commun » et dénonce une attaque contre les valeurs de la République elle-même. Une enquête a été ouverte par le parquet.
La Grande Mosquée de Paris alerte sur la montée des actes islamophobes
Quelques jours après les faits, le recteur de la Grande Mosquée de Paris, Chems-eddine Hafiz, a lancé un appel solennel à « un sursaut face à la musulmanophobie ». Pour lui, il ne s’agit pas d’un problème réservé aux musulmans, mais d’une menace qui fragilise la cohésion du pays : « La lutte contre la musulmanophobie est un enjeu de sécurité nationale », insiste-t-il.
Un sondage Ifop commandé par la Grande Mosquée de Paris confirme ce ressenti. Réalisé fin août et début septembre, il révèle que 82 % des musulmans vivant en France considèrent que la haine à leur égard est aujourd’hui « répandue ». Plus de la moitié déclarent avoir déjà été discriminés en raison de leur religion lors d’une recherche d’emploi, et près d’un sur deux disent avoir vécu la même chose pour trouver un logement.
À titre de comparaison, seuls 7 % des adeptes d’autres religions évoquent de telles discriminations dans le travail, et 6 % dans l’accès au logement. Des écarts considérables, qui traduisent une expérience quotidienne bien différente selon la religion perçue.
Le poids de l’islamophobie dans le quotidien
Toujours selon cette enquête, deux musulmans sur trois affirment avoir été victimes d’actes ou de paroles racistes au cours des cinq dernières années. Dans la population générale, ce chiffre tombe à 20 %. Ces écarts chiffrés donnent chair à des récits souvent entendus : entretiens d’embauche écourtés, refus de location injustifiés, ou insultes dans la rue.
Chems-eddine Hafiz demande des mesures plus fermes : contrôles dans les entreprises, sanctions en cas de discriminations répétées, mais aussi formations pour les agents publics. La lutte contre l’islamophobie doit devenir une priorité politique. Il met également en garde contre des « influences étrangères » qui utiliseraient ce climat de haine pour fragiliser la société française.
Ce n’est pas un cas isolé. Début septembre, neuf têtes de porc ont été retrouvées devant plusieurs mosquées d’Île-de-France. D’après le parquet, elles auraient été déposées par des étrangers qui ont rapidement quitté le territoire. Ces provocations choquent, car le porc est considéré comme impur dans l’islam, et son utilisation dans des actes hostiles renvoie à une volonté explicite de blesser et d’humilier.


