À Manille, des dizaines de milliers de personnes ont manifesté contre le président des Philippines, Ferdinand Marcos Jr, accusé d’être au cœur d’un vaste scandale de corruption lié à des projets d’infrastructures anti-inondations surnommé le « Trillion-Peso scandal ». Un ancien député a dit qu’une partie colossale des fonds publics aurait été détournée vers des projets fictifs ou bâclés, avec des rétrocommissions allant jusqu’aux plus hauts sommets de l’État.
Aux Philippines, une rue encadrée par 12 000 policiers
Le mouvement, coordonné notamment par le collectif Kilusang Bayan Kontra-Kurakot (Mouvement populaire contre la corruption), a démarré au parc national de Luneta avant de se diriger vers le palais présidentiel. Les manifestants brandissaient des pancartes « Marcos Resign » et « Jail all the corrupt », et une énorme effigie de Marcos et de la vice-présidente Sara Duterte représentés en crocodiles, symbole classique de la corruption politique aux Philippines.
Les autorités philippines ont déployé plus de 12 000 policiers, bloqué l’accès au palais avec barbelés et conteneurs, et contenu les manifestants à un pâté de maisons des grilles présidentielles. Dans un autre cortège, soutenu par l’Église catholique, environ 5 000 personnes ont participé à une « Trillion Peso March » sur l’avenue EDSA, réclamant au minimum la démission de la vice-présidente Duterte.
Que s’est-il donc passé aux Philippines?
Des milliards de pesos alloués à des projets de contrôle des inondations ont été surfacturés, mal réalisés, voire jamais construits. Deux typhons récents, particulièrement meurtriers (plus de 250 victimes), ont montré l’inefficacité de ces ouvrages, alimentant le sentiment d’un détournement massif de fonds au détriment de la sécurité des populations.
Des ministres ont déjà démissionné, et le cousin du président, Martin Romualdez, a quitté la présidence de la Chambre des représentants après avoir été cité dans l’affaire, même s’il nie toute implication. Le scandale pèse désormais sur la confiance des marchés et sur les perspectives économiques du pays, au point que le FMI a révisé à la baisse sa prévision de croissance pour 2025.
Ferdinand Marcos Jr rejette les accusations, et dit que les dénonciations d’un ancien député en fuite ne valent rien tant qu’il ne revient pas témoigner devant la justice. En parallèle, le président met en avant la création d’une Commission indépendante pour les infrastructures (ICI) chargée d’enquêter sur les projets frauduleux, ainsi qu’un audit national des ouvrages de prévention des inondations
Pour l’instant, toutefois, l’ICI ne s’est pas saisie des accusations visant directement le chef de l’État, ce qui entretient le soupçon d’une enquête à géométrie variable. Des universitaires et militants dénoncent un pouvoir qui « perd son crédit » à mesure que les révélations se multiplient et que la répression des manifestations alimente le sentiment d’injustice.


