Quelle est la pire erreur à commettre sur les réseaux sociaux comme TikTok ? Être non-relatable.
Un rapport de Forbes a montré que la « relatabilité », c’est-à-dire la capacité de se rendre sympathique aux autres, est devenue un facteur clé pour qu’un influenceur réussisse.
Nous voulons consommer des contenus dans lesquels nous nous reconnaissons, qui reflètent notre vision du monde. Mais voilà le piège : des chercheurs ont observé un phénomène inquiétant.
Quand nous sommes constamment entourés de contenus qui ne remettent jamais en cause nos idées, nous perdons peu à peu notre capacité à penser de façon critique. Faut-il accuser les algorithmes des réseaux sociaux de cette érosion ?
TikTok et son fameux algorithme
TikTok, la plateforme de vidéos courtes, se vante de son algorithme innovant. Elle affirme que chaque For You Page (FYP) est totalement personnalisée selon les préférences de l’utilisateur.
Les géants du numérique scrutent vos paramètres et vos interactions pour deviner ce qui vous attire. Ils prétendent prôner la diversité et encourager à explorer de nouveaux horizons, mais dans les faits, il est rare qu’un contenu extérieur à votre bulle apparaisse sur votre fil. Rien d’étonnant : l’objectif est de vous garder accroché. Si vous vous désintéressez du football, TikTok sait que vous ne passerez pas votre temps à balayer trente vidéos de matchs. Dans la bataille pour votre attention, la stratégie est claire : vous montrer exactement ce que vous voulez.
La théorie de la soupe aux haricots
Mais parfois, une vidéo inattendue fait surface. Et c’est souvent mal reçu. La tiktokeuse Sarah Lockwood (@sarahthebookfairy) a baptisé ce phénomène la « Bean Soup Theory ». Récemment, un utilisateur a publié une recette de soupe aux haricots. Dans les commentaires, des internautes demandaient : « Et si je n’aime pas les haricots ? » ou « Par quoi puis-je les remplacer ? ».
Évidemment, pour une soupe aux haricots, les haricots sont indispensables. Si vous n’aimez pas ça, vous passez à autre chose. Pourtant, beaucoup d’utilisateurs semblaient incapables de comprendre que cette vidéo ne leur était tout simplement pas destinée. Pourquoi ? Parce qu’elle apparaissait dans leur FYP, censée être taillée sur mesure. Ce décalage met en lumière l’échec de TikTok à réellement élargir les horizons de ses utilisateurs.
Pour Lockwood, cela reflète une montée de l’hyper-individualisme, en particulier aux États-Unis. Mais d’autres y voient une conséquence plus inquiétante : une génération qui perd l’habitude d’exercer son esprit critique.
TikTok a-t-il rendu l’esprit critique inutile ?
Définir l’esprit critique à l’ère numérique n’est pas simple. Deux chercheurs, Machete et Turpin, le résument ainsi : « l’esprit critique (…) permet d’évaluer les contenus en ligne, par exemple en cherchant des preuves pour étayer une affirmation ou en analysant la solidité d’un argument ».
Cela implique de se poser quelques questions avant d’avaler un contenu : qui l’a posté ? Pour quel public ? Or, pendant « l’affaire Bean Soup », ces réflexes ont disparu. TikTok filtre déjà ce que nous voyons en fonction de ce qui nous a plu auparavant. Résultat : l’effort critique semble inutile. Si le contenu arrive sur mon écran, c’est qu’il est pour moi. Pourquoi remettre ça en question ?
Mais quand l’algorithme dérape, comme une soupe aux haricots pour des gens qui détestent ça, certains ne savent tout simplement pas comment réagir.
TikTok n’est pas la seule cause, mais aggrave le problème
Les menaces qui pèsent sur l’esprit critique ne datent pas d’hier. Les humains ont toujours eu tendance à rechercher ce qui confirme leurs croyances. Mais TikTok exploite cette faiblesse à l’extrême.
Des auteurs comme O’Brien ou Fukuyama alertent sur la « vérité qui se délite » (truth decay) : les faits importent de moins en moins, puisque chacun peut trouver sur internet quelqu’un qui pense comme lui. L’algorithme de TikTok alimente ce cercle vicieux.
Peu importe ce que vous croyez, il y a une vidéo qui dira exactement ce que vous pensez. Vous la likez ? Parfait. L’appli vous en propose une autre, puis une autre, jusqu’à construire une bulle confortable où rien ne vient bousculer vos certitudes.
Un problème qui dépasse TikTok
Certains pourraient juger ce phénomène anodin. Mais les utilisateurs sont de vraies personnes, et leur perte d’esprit critique a des conséquences concrètes.
D’après la Reboot Foundation, 94 % des gens estiment que l’esprit critique est essentiel, mais 86 % pensent qu’il disparaît. C’est inquiétant, car de faibles capacités d’analyse conduisent à de mauvaises décisions. Or, la majorité des utilisateurs de TikTok ont entre 18 et 24 ans, l’âge où l’on sort de l’école et où l’on entre dans la vie active. Ce n’est pas seulement leur problème : leurs futurs employeurs en subiront aussi les effets.
Une enquête de la NACE auprès des entreprises a révélé que près de 70 % des employeurs placent l’esprit critique comme compétence prioritaire. Mais si notre dépendance aux réseaux sociaux continue à croître, cette compétence pourrait bien s’éteindre.


