À l’Épiphanie, certains gourmands peuvent se réjouir sans arrière-pensée médicale. À Darnétal, près de Rouen, un fabricant spécialisé dans les produits sans gluten a mis au point une galette des rois qui ouvre droit à un remboursement partiel par la Sécurité sociale. Cela intrigue, amuse parfois, et énerve peut-être certains.
Vendue à 18,95 euros, cette galette sans gluten permet un remboursement de 3,81 euros pour les personnes concernées. Le produit est signé Le Petit Minotier, une entreprise normande labellisée par l’Association française des intolérants au gluten (Afdiag). Pour son président, Anthony Roy, c’est une réponse à une demande de patients contraints à un régime strict, souvent coûteux.
La maladie cœliaque, encore peu connue en France
En France, près de 700 000 personnes seraient atteintes de la maladie cœliaque, mais seules 100 000 environ ont été officiellement diagnostiquées. Une pathologie encore mal connue, souvent confondue avec une simple « sensibilité » alimentaire, alors qu’elle relève d’une maladie chronique auto-immune.
Chez les personnes concernées, la consommation de gluten déclenche une réaction immunitaire qui attaque la paroi de l’intestin grêle. Les symptômes, progressifs et durables, vont bien au-delà de l’inconfort digestif. L’anémie, l’amaigrissement et la fatigue chronique peuvent s’installer. À ce jour, aucun traitement médicamenteux n’existe. Le seul remède reste un régime strict sans gluten, à vie.
Comment se faire rembourser cette galette?
Contrairement à certaines idées reçues, la Sécurité sociale ne rembourse pas de produits « de confort » ni des choix alimentaires personnels. La prise en charge est strictement réservée aux patients atteints de maladie cœliaque confirmée médicalement, par biopsie digestive.
Le mécanisme est encadré. Les produits doivent appartenir à des catégories bien définies comme les farines, pains, pâtes ou biscuits et être agréés via la LPPR, la Liste des produits et prestations remboursables. Dans le cas de la galette du Petit Minotier, seule une fraction du produit est éligible, ce qui correspond au coût des ingrédients sans gluten entrant dans la pâte.
Concrètement, 60 % du montant éligible est remboursé, dans la limite d’un plafond mensuel de 45,73 euros par adulte et de 33,54 euros pour les enfants de moins de 10 ans. Les démarches se font via Ameli ou par courrier, avec transmission des justificatifs et codes-barres.
La galette des rois devient alors la galette de la colère
Galette encore emballée à la main, le président du groupe LR à l’Assemblée nationale a dénoncé ce qu’il considère comme une dérive des priorités de la Sécurité sociale. Si la prise en charge des maladies chroniques est légitime, elle ne devrait pas s’étendre à ce type de produits, qu’il juge symboliquement déplacés.
Mais cette critique repose en partie sur une confusion. Il ne s’agit pas d’un remboursement accordé à de simples « allergiques » au gluten, ni d’un geste généralisé. Le dispositif concerne exclusivement des patients atteints d’une pathologie reconnue, pour qui l’alimentation sans gluten n’est ni une mode, ni un choix, mais une nécessité médicale.
Vivre sans gluten reste un parcours semé d’embûches. Le gluten est omniprésent dans l’alimentation industrielle, et les alternatives coûtent souvent plus cher. À titre de comparaison, une frangipane classique se vend généralement moins cher que sa version sans gluten, malgré des volumes de production moindres et des ingrédients spécifiques.
Le remboursement, plafonné et partiel, ne couvre donc qu’une infime partie des dépenses réelles engagées par les patients. Il s’agit davantage d’un soutien symbolique que d’une compensation financière complète.


