L’année 2026 n’aura pas attendu longtemps pour afficher ses ambitions. À peine les festivités du Nouvel An terminées que Samsung montait déjà sur scène à Las Vegas pour inaugurer le CES avec sa traditionnelle conférence « The First Look ». Une prise de parole très attendue, tant le géant sud-coréen s’est imposé comme l’un des chefs d’orchestre de cette grande messe technologique mondiale.
Sans surprise, l’intelligence artificielle a servi de fil rouge à cette présentation inaugurale. Mais assiste-t-on vraiment à une révolution tangible ou à l’extension d’un récit technologique déjà bien rodé ?
Les Téléviseurs Micro RGB s’imposent
Samsung a largement mis en avant sa technologie Micro RGB, déjà dévoilée ces derniers mois mais désormais installée comme un pilier stratégique. Le clou du spectacle au CES fut un téléviseur de 130 pouces, présenté comme une œuvre d’art plus que comme un produit de salon. Posé sur un immense chevalet métallique intégrant des haut-parleurs, l’objet impressionne vraiment.
Ce modèle relève encore davantage du manifeste technologique que du produit grand public. Aucun prix, aucune date de commercialisation n’ont été annoncés, et l’on imagine sans peine que seuls quelques clients fortunés pourront un jour s’en approcher. En revanche, Samsung semble vouloir démocratiser la gamme, avec des tailles plus classiques allant de 55 à 75 pouces, tout en conservant l’argument phare : une couverture quasi totale de l’espace colorimétrique Rec.2020, inaccessible même aux meilleurs écrans OLED actuels.
Samsung veut rester le mètre étalon du téléviseur haut de gamme, quitte à flirter avec l’expérimental.
Quand l’objet compte autant que la performance
Dans les espaces de démonstration, les visiteurs ont pu découvrir les nouvelles enceintes Music Studio 5 et 7. Ici, l’approche est différente. Le son se veut immersif, travaillé dans l’espace, mais c’est surtout le design qui frappe. Ces enceintes sans fil, compatibles Bluetooth et Wi-Fi, semblent pensées pour s’exposer autant que pour s’écouter.
Samsung revendique une expérience sonore tridimensionnelle avec le modèle Studio 7 et sa configuration multi-directionnelle. Mais s’agit surtout de séduire un public pour qui la technologie doit se fondre dans l’esthétique domestique, voire en devenir un élément central.
Le Freestyle+ : la portabilité augmentée par l’IA
Autre produit emblématique de cette vision : le Freestyle+, nouvelle version du micro-projecteur nomade de Samsung. Plus lumineux, plus intelligent, il promet une adaptation automatique à l’environnement et aux usages grâce à des algorithmes censés optimiser image et contenu.
Le discours officiel insiste sur la fluidité de l’expérience, sur la capacité de l’appareil à suivre les déplacements et les modes de vie contemporains. Reste que cette intelligence embarquée, omniprésente dans le discours, demeure souvent invisible pour l’utilisateur. L’IA devient ici une promesse de confort, plus qu’une rupture clairement perceptible.
L’IA partout, tout le temps, parfois sans nécessité
Sur scène, Samsung a multiplié les démonstrations d’usages : suppression des commentaires lors d’un match de football, recettes affichées sur la porte du réfrigérateur, lavage du linge « optimisé » par intelligence artificielle. Autant d’exemples qui traduisent une conviction assumée : l’IA doit s’inviter dans tous les gestes du quotidien.
Mais à mesure que les cas d’usage s’accumulent, un certain flottement apparaît. Certaines applications semblent répondre à de réels besoins, d’autres donnent l’impression d’un empilement fonctionnel dicté davantage par la mode que par l’utilité. L’IA, chez Samsung comme ailleurs au CES, n’est plus une option : elle devient une injonction.
Un CES 2026 qui nous fait nous interroger par rapport à nos ressources
Au-delà de Samsung, le CES 2026 s’annonce comme un concentré de tendances lourdes : robots domestiques, santé connectée, mobilité autonome, réalités étendues. L’intelligence artificielle irrigue tous les secteurs, de la création de contenus à la médecine, en passant par l’assistance aux personnes âgées ou en situation de handicap.
Mais cette fuite en avant soulève aussi des inquiétudes. Le patron de la Consumer Technology Association l’a reconnu sans détour : la question énergétique devient centrale. Alimenter cette déferlante d’IA exigera des ressources colossales, au point que certaines entreprises présentent déjà des solutions nucléaires de petite échelle pour répondre à la demande.
Derrière les écrans ultra-définis et les robots humanoïdes, c’est donc un autre débat qui s’ouvre : celui du coût réel, environnemental et politique, du monde « intelligent » que l’industrie technologique façonne.


