En février dernier, Donald Trump et Volodymyr Zelensky s’étaient quittés sur une impression glaciale, marquée par des échanges tendus et un malaise visible. Cette fois-ci, les deux présidents ont tout fait pour afficher une cordialité soigneusement travaillée.
Costume assagi pour le dirigeant ukrainien, compliments appuyés de son hôte américain : les sourires semblaient vouloir effacer le souvenir de leur confrontation passée. Zelensky a multiplié les « thank you », comme pour s’assurer de ne froisser personne dès les premiers instants.
À l’ouverture des discussions dans le Bureau ovale, il a peu parlé, peut-être par prudence, conscient que certaines de ses attentes pouvaient heurter celles de son interlocuteur.
Un désaccord poli devant les Européens
C’est plus tard, lors de la conférence de presse conjointe avec Emmanuel Macron et Friedrich Merz, que les divergences se sont fait sentir. Paris et Berlin insistaient sur la nécessité d’un cessez-le-feu immédiat, tandis que Trump défendait l’idée qu’un arrêt des combats n’était pas indispensable avant de négocier un accord de long terme. Zelensky, lui, a choisi de rester discret, s’effaçant dans le jeu diplomatique pour ne pas compromettre l’essentiel : garder Washington à ses côtés.
Derrière les portes closes, les discussions se seraient concentrées sur deux sujets sensibles : des garanties de sécurité pour l’Ukraine et la perspective d’un face-à-face entre Zelensky et Vladimir Poutine. Rien n’a filtré sur la nature exacte de ces garanties ni sur la façon dont une rencontre directe pourrait infléchir le cours de la guerre.
Zelensky a néanmoins esquissé quelques contours de ce qu’il espère obtenir : un accord colossal, estimé à 90 milliards de dollars, pour l’achat d’armes américaines – systèmes aériens, dispositifs antimissiles, équipements encore tenus secrets. Il a aussi révélé que Washington envisageait d’acquérir des drones ukrainiens, une perspective qui pourrait dynamiser l’industrie de défense du pays.
Rien n’est encore signé, mais le président ukrainien croit possible de sceller l’accord dans les dix jours.
La carte qui a changé l’humeur de Trump
Peu enclin à s’attarder sur les concessions territoriales, Zelensky a préféré insister sur une donnée qu’il juge cruciale : après mille jours de guerre, Moscou occupe moins de 1 % du territoire ukrainien. Une précision qu’il a défendue devant Trump à l’aide d’une carte, expliquant que certains documents officiels américains donnaient une image faussée de la situation.
« Je me bats pour ce qui est sur cette carte », a-t-il martelé, convaincu d’avoir touché son interlocuteur en rectifiant la perception des avancées russes.
À l’issue de la journée, Zelensky a qualifié sa rencontre avec Trump de « chaleureuse », une formule qui tranche avec le froid constaté lors de sa dernière visite. Optimisme réel ou stratégie calculée, peu importe : l’objectif était clair. Montrer une relation apaisée avec Washington et éviter de se retrouver isolé face aux pressions venues d’Europe et de Russie.
Pour le président ukrainien, l’enjeu immédiat est moins d’obtenir une paix durable que de gagner du temps. Le simple fait de repartir de Washington sans éclat, avec la perspective d’un soutien militaire et économique renforcé, constitue déjà une victoire.
Trump, de son côté, a confirmé avoir eu un entretien téléphonique avec Vladimir Poutine après la rencontre de Washington. Il a évoqué des garanties de sécurité pour l’Ukraine, en coordination avec plusieurs capitales européennes. « Tout le monde veut croire à la possibilité d’une paix », a-t-il déclaré, tout en prévenant qu’il faudrait « une semaine ou deux » pour savoir si une solution est envisageable ou si les combats se poursuivront.
Aucun cataclysme diplomatique ne s’est produit à Washington, pas plus qu’au sommet d’Alaska quelques jours plus tôt. La guerre continue, mais Zelensky a obtenu ce dont il avait besoin : un peu d’air, et quelques promesses pour renforcer son arsenal. Pour l’instant, le statu quo tient encore.


